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 L'IMPRESARIO in ANGUSTIE Chef-d'oeuvre de Cimarosa

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Piero1809
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MessageSujet: L'IMPRESARIO in ANGUSTIE Chef-d'oeuvre de Cimarosa   Ven 23 Jan - 17:51

L'Impresario in Angustie (L'Imprésario dans les angoisses) (commedia per musica) de Domenico Cimarosa fait partie d'un tryptique comportant également Il Credulo et Le Trame Deluse, tous trois composés en 1786 sur des livrets du même Giuseppe Maria Diodati. Ces trois opéras furent représentés al Teatro Nuovo di Napoli. L'Impresario in Angustie et Il Credulo furent montés par Joseph Haydn en 1790 et représentés ensemble à Eszterhazà (1).
Ces trois opéras eurent un grand succès. Rossini disait qu'Il Trame Deluse était supérieur au Matrimonio segreto (1792) et Goethe était enthousiasmé par l'Impresario in Angustie qu'il avait entendu en Italie en 1787. Il entreprit ensuite de le faire représenter en Allemagne à Weimar (1791) dans une traduction en allemand effectuée par lui-même.

Synopsis. L'impresario Don Crisobolo est en butte aux récriminations de ses chanteuses: Doralba, terza donna veut être prima Donna, Merlina, seconda donna veut "l'aria obbligata col fagotto e l'oboe", Gelindo lui poursuit ses vocalises et fait admirer sa belle voix. Sur ces entrefaites Don Perizonio accompagné de Fiordispina, la primadonna, fait son entrée. Don Perizonio, un poète napolitain, propose à la troupe un opéra seria: "Le interne convulsioni di Pirro contro gli affetti isterici d'Andromaca"* dont le sujet provoque un débat serré au sein de la troupe. Pour augmenter la tension, Doralba et Merlina exigent de l'impresario une avance sur leur salaire. Ce dernier évoque la perspective d'un triomphe remporté par le spectacle mais ajoute en aparté que si les choses tournent mal, il disparaîtra. Lorsque la confusion est à son comble, Don Crisobolo en profite pour s'eclipser. Il ne reparaîtra plus. Don Perizonio et Fiordispina restent seuls et peuvent savourer le calme retrouvé; ils en profitent pour déclarer leur flamme et l'opéra se termine curieusement par l'union des deux protagonistes..

Style. Le résumé ne peut rendre compte de la vie qui règne dans cette comédie dont le but était de faire rire le public napolitain et de leur offrir la plus belle musique qui soit. Un élément supplémentaire vient de ce que Don Perizonio s'exprime en langue régionale de Campanie, langue maternelle de Cimarosa, natif d'Aversa, petite ville à quinze kilomètres de Naples. La comédie comporte quatre airs, deux duettos et deux vastes ensembles. La musique témoigne des progrès considérables effectués par Cimarosa dans l'approfondissement de son inspiration, la caractérisation des personnages, le soin apporté aux airs d'un charme mélodique exceptionnel, la qualité de l'orchestration et l'importance des ensembles. Cette tendance amorcée déja dans Il Marito disperato (1785) culminera avec Il Trame Deluse, peut-être le chef d'oeuvre de Cimarosa dans le genre du Dramma Giocoso. L'orchestre cimarosien est léger, transparent, il donne de l'importance aux violons, les vents sont très discrets mais colorent agréablement l'ensemble.

Sommets. Les ensembles sans aucun doute. Le plus génial est le quintette (Anima fella e cotta) qui au milieu de l'acte unique de la comédie (scène 7), fonctionne en fait comme un finale d'acte. Don Perizonio résume le livret de son opéra seria tandis que les uns baillent, les autres applaudissent et certains clament que le texte est stupide. A la fin Perizonio déroule à une vitesse extraordinaire une ligne de basse tandis que les quatre autres protagonistes chantent en imitations sur les paroles: "Ce groupe est maudit, les uns tendent la corde, les autres la cassent et à la fin chacun reste coi comme une pierre dans un champs."

Les deux duettos sont également remarquables. Le plus développé est le duo final Don Perizonio, Fiordispina. "Son Donzella si innocente", un duo d'amour parodique mais dont la musique est splendide. On notera la présence d'une superbe modulation enharmonique sur les paroles "Il pianto m'affoga, mi sento mancar" (les larmes me noient, je me sens défaillir). Les compositeurs d'opéras italiens de l'époque ne nous avaient pas habitué à cela et Cimarosa se hisse très nettement au dessus de ses contemporains (Haydn et Mozart excepté évidemment) au niveau de la liberté de l'harmonie.

Parmi les airs le plus beau, à mon humble avis, est l'air de Merlina "Il meglio mio carattere" (scène 4). Dans cet air triomphe la mélodie pure et élégante cimarosienne, domaine où il est inégalable. On se demande pourquoi Joseph Haydn l'a supprimé et remplacé par un air de sa composition destiné à Luigia Polzelli. Généralement Haydn écrivait des airs plus simples pour sa protégée, mais ici on ne comprend pas, car l'air de Cimarosa est sans fioritures, sans vocalises, il se déroule comme une chanson populaire dans le medium de la voix de soprano. Seule l'audition de l'aria en mi bémol de Haydn (HobXXIVb.17) (2), oeuvre pour le moment non enregistrée, pourra éclaircir ce point. En tout état de cause Merlina nous dit que le meilleur de son caractère est de faire la villageoise, innocente, naturelle, sans artifices...Dans l'exercice de son rôle, la rusée dit que l'assistance, d'un clin d'oeil ou d'un sourire entendu, l'applaudit.

L'air de Perizonio "Lo 'mpresario gioia mia.." est désopilant. Chanté entièrement en napolitain il est incompréhensible (pour moi en tout cas et peut-être même pour un italien) mais grâce à la traduction anglaise on apprend que Perizonio donne trois conseils éclairés à l'imprésario: Manigance, ment et énerve!...et si la pièce marche, garde l'argent pour toi (et pour le poète) !

L'Impresario in Angustie est un chef-d'oeuvre qui annonce Rossini. Mais là où il faut deux ou trois heures au maître de Pesaro, 80 minutes suffisent au compositeur napolitain pour tout dire.

(1) http://haydn.aforumfree.com/haydn-directeur-musical-de-l-opera-d-eszterhaza-f12/haydn-et-l-opera-italien-t97.htm
(2) Marc Vignal, Joseph Haydn, Fayard, 1988. pp.1130.
*Les convulsions internes de Pyrrhus face aux passions hystériques d'Andromaque.


Dernière édition par Piero1809 le Mar 28 Juil - 14:21, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: L'IMPRESARIO in ANGUSTIE Chef-d'oeuvre de Cimarosa   Sam 31 Jan - 13:09

Une version discographique de grande qualité de l'Impresario in Angustie est disponible chez le label Bongiovanni.

Les interprêtes sont tous excellents avec une mention particulière pour Gioacchino Zarelli, un Don Perizonio désopilant et Paola Quagliata, une Merlina très séduisante mais les autres personnages sont tous très bien chantés. Le Directeur Musical, Fabio Maestri, un spécialiste dans la redécouverte des maîtres de l'opéra bouffe du 18ème siècle, a fait un travail remarquable.
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MessageSujet: Re: L'IMPRESARIO in ANGUSTIE Chef-d'oeuvre de Cimarosa   Jeu 25 Juin - 9:05

Piero1809 a écrit:

Parmi les airs le plus beau, à mon humble avis, est l'air de Merlina "Il meglio mio carattere" (scène 4). Dans cet air triomphe la mélodie pure et élégante cimarosienne, domaine où il est inégalable. On se demande pourquoi Joseph Haydn l'a supprimé et remplacé par un air de sa composition destiné à Luigia Polzelli. Généralement Haydn écrivait des airs plus simples pour sa protégée, mais ici on ne comprend pas, car l'air de Cimarosa est sans fioritures, sans vocalises, il se déroule comme une chanson populaire dans le medium de la voix de soprano. Seule l'audition de l'aria en mi bémol de Haydn (HobXXIVb.17) (2), oeuvre pour le moment non enregistrée, pourra éclaircir ce point. En tout état de cause Merlina nous dit que le meilleur de son caractère est de faire la villageoise, innocente, naturelle, sans artifices...Dans l'exercice de son rôle, la rusée dit que l'assistance, d'un clin d'oeil ou d'un sourire entendu, l'applaudit.
L'aria d'insertion (HobXXIVb.17) "Il meglio mio carattere.."de Joseph Haydn vient d'être enregistrée par Margot Oltzinger. Il s'agit d'un chant continu de la soprano dans un rythme 6/8 d'esprit très voisin de l'original de Cimarosa (rythme 2/4). Comme toujours Haydn y est irresistible mais on ne comprend toujours pas pourquoi Haydn n'a pas conservé l'air charmant de Cimarosa car le sien est tout aussi difficile et se situe à peu près dans la même tessiture! En général Haydn s'efforçait de composer des airs plus faciles pour sa protégée, Luigia Polzelli, et visiblement ce n'est pas le cas de l'air (HobXXIVb.17).
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MessageSujet: Re: L'IMPRESARIO in ANGUSTIE Chef-d'oeuvre de Cimarosa   Aujourd'hui à 22:46

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