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 Trio n° 36 en mi bémol majeur Attention Chef-d'oeuvre

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Piero1809
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MessageSujet: Trio n° 36 en mi bémol majeur Attention Chef-d'oeuvre   Mer 25 Fév - 13:54

Second de la série de trois trios dédiés à la Princesse Maria Hermenegild Esterhazy, le trio n° 36 en mi bémol majeur (HobXV.22) de Joseph Haydn, datant de la fin de 1794 ou du début de 1795, est le plus vaste et le plus "symphonique" des trios pour piano, violon et violoncelle composés jusqu'alors. Sa tonalité de mi bémol, ses dimensions, son lyrisme généreux le rapprochent de la symphonie n° 99 conçue peu de temps avant.

Le premier mouvement, Allegro moderato à 2/4, est vraiment monumental. Il débute avec un thème ascendant en valeur longues au piano suivi par une chute de tierces. Quelques mesures plus loin une variante très lyrique du thème est chantée par le violon avec un accompagnement en sextolets du piano. Ce passage inoubliable n'a plus rien à voir avec la musique du 18ème siècle, il évoque Schubert voire Schumann. L'analyse de ce morceau n'est pas aisée en raison de sa richesse thématique, le thème principal est répété à la dominante comme toujours chez Haydn à cette époque, mais son retour est précédé et suivi par plusieurs courts motifs dont un, très caractéristique, est un puissant unisson dans la tonalité de sol bémol majeur. Le violon s'empare du second thème, une longue mélodie très romantique richement accompagnée par les sextolets du piano. L'exposition se termine avec un court motif de tierces issu peut-être du thème principal.
Le gigantesque développement commence avec ce dernier motif qui fait l'objet d'un traitement en style contrapuntique très serré aux harmonies acerbes; le thème principal fait une courte apparition pour laisser la place au second thème qui va passer par les modulations les plus variées puis un court fragment de ce thème sera échangé entre violon et piano et entre les deux mains du pianiste, fragmentation du thème qui évoque irrésistiblement Beethoven. Cette longue et intense élaboration du second thème est interrompue par l'unisson que nous avons signalé et que des modulations nouvelles rendent encore plus impérieux. La réexposition est globalement semblable à l'exposition mais l'unisson caractéristique est fortement allongé et plus menaçant que jamais dans sa nouvelle tonalité de do bémol majeur.

Encore un mouvement lent inoubliable, décidément Haydn nous gâte dans ce trio! Ce poco Adagio en sol majeur 2/2 débute avec un thème extraordinaire, d'une personalité unique. Le thème en valeurs pointées est constamment accompagné par des triolets de croches d'où un balancement rêveur évoquant un nocturne. Ajoutons à cela une partie de piano assez chargée avec de nombreuses tierces ou sixtes parallèles, les accords massifs à la main droite qui donnent à ce mouvement une sonorité très spéciale. L'exposition s'achève avec une descente chromatique mélancolique qui se répète un octave plus bas avec une intensité accrue. Le développement débute avec le thème initial métamorphosé par des modulations extraordinaires qui préfigurent le dernier Schubert et on retient son souffle jusqu'à la rentrée qui reproduit en gros l'exposition. Cet Adagio est un des plus profonds parmi les mouvements lents de Haydn, il m'évoque l'Andante du concerto n° 21 en ut majeur K1 467, de dix ans antérieur, de Mozart. Evidemment les deux morceaux sont très différents mais l'atmosphère de rêverie nocturne qui règne dans les deux oeuvres est semblable.

Avec le finale Allegro à 3/4, nous revenons sur terre. Il débute avec un thème dont le rythme quelque peu syncopé a un parfum d'Europe centrale. Après un long passage assez virtuose, le second thème contraste avec son charme mélodique et sa simplicité et l'exposition s'achève avec un dernier thème vigoureusement rythmé au dessus d'octaves brisés des basses du piano. Le développement consiste d'abord en une sorte de fantaisie qui nous emmène rapidement en la majeur, tonalité très éloignée du mi bémol initial, le thème principal pointe son néz en la majeur et est bientôt suivi par le mélodieux second thème qui grâce à de superbes modulations nous conduit à la rentrée. Cette dernière est d'abord identique à l'exposition mais le second thème est considérablement allongé et donne lieu à de belles modulations et des chromatismes qui en amplifient encore l'expression.


Avec le trio n° 27 en la bémol (HobXV.14) de 1790, le trio n° 36 en mi bémol figure parmi mes préférés. Il est étonnant qu'une oeuvre de ce calibre soit relativement peu connue. Espérons que l'année 2009 donnera l'occasion d'écouter plus souvent ces chefs-d'oeuvre au concert.

En écrivant ce texte j'ai tâché dans la mesure du possible de m'abstraire des commentaires de Marc Vignal (Joseph Haydn, Fayard, 1988) et de proposer une opinion personnelle. Il est possible que le lecteur attentif de ces lignes reconnaisse des tournures de phrases appartenant au spécialiste incontesté, du moins en langue française, de Haydn. Si tel était le cas, ce serait involontaire de ma part.


Dernière édition par Piero1809 le Sam 14 Jan - 15:24, édité 1 fois
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Trio n° 36 en mi bémol majeur Attention Chef-d'oeuvre   Sam 14 Jan - 15:21

Le sublime poco adagio en sol majeur de ce trio HobXV.22 a été très intelligemment réutilisé par Anthony Walker (1) dans une scène capitale de l'Anima del Filosofo de Joseph Haydn. Au quatrième acte, Orfeo vient de retrouver sa chère Euridice et s'apprête à la sortir des enfers tout en jouant de la harpe. Malgré les recommandations du Génie, écoutant les récriminations de son épouse, il commet l'irréparable et perd, cette fois définitivement Euridice. On a reproché à Haydn de survoler un peu hâtivement cet épisode pourtant palpitant. Il est certain que l'ajout de la merveilleuse mélodie du trio, jouée par la harpe d'Orfeo, donne à ce passage beaucoup plus de consistance.

(1) http://www.pinchgutopera.com.au/productions/?IntCatId=3&IntContId=190
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