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 Trio n° 37 en ré mineur (HobXV.23) Sublimi Angustie

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Piero1809
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MessageSujet: Trio n° 37 en ré mineur (HobXV.23) Sublimi Angustie   Dim 1 Mar - 11:08

Le Trio n° 37 en ré mineur (HobXV.23) pour piano, violon et violoncelle est le dernier des trois dédiées à la princesse Maria Hermenegild Esterhàzy et publiés en 1795. Après un trio pastoral et détendu (n° 35 en ut majeur), puis un trio grandiose (n° 36 en mi bémol), voici une oeuvre introvertie au climat pessimiste.
Dans ce trio, le piano se taille la part du lion. Le violon a une partie importante mais ne manifeste aucune virtuosité. Ce rôle du violon dans la majeure partie des trios (à une importante exception près) contraste vivement avec celui, virtuose et même acrobatique, du premier violon dans les quatuors à cordes. Quant au violoncelle, rappelons qu'il se contente de doubler la basse du piano mais que toutefois son rôle est essentiel dans l'assise sonore de l'ensemble. De tous les trios de Joseph Haydn, celui-ci est un des plus denses et profonds.

Molto andante, ré mineur. Nouvel exemple de la double variation chère à Haydn où une variation majeure succède à une variation mineure, ce premier mouvement est très semblable à celui qui ouvre le trio n° 33 en sol mineur (HobXV.19) mais avec un caractère plus heurté et plus sombre. Après une superbe deuxième variation mineure d'une grande intensité en contrepoint strict à trois voix, survient une variation majeure avec des triples croches assez virtuoses au piano. Le mouvement s'achève par une courte coda et deux vigoureux accords de ré majeur sabrés par les trois instruments.

Adagio non troppo, Cantabile. Un mouvement lent en si bémol majeur (sous-dominante du relatif majeur de ré mineur) est tout à fait normal dans une oeuvre en ré mineur. Mais comme le premier mouvement s'achève en ré majeur et que le finale débute (et finit) en ré majeur, la tonalité de si bémol surprend. La logique aurait voulu une tonalité de sol majeur (sous-dominante de ré majeur), incidemment, tonalité des mouvements lents des trois trios précédents, mais voilà, Haydn ne fait jamais comme tout un chacun et son originalité n'est jamais gratuite. Il fallait en effet marquer la différence du mouvement central d'avec ceux qui l'entourent et donc le choix d'une tonalité éloignée n'est pas fortuit. Cet adagio est en effet un des plus profonds parmi les mouvements lents des trios de Haydn. Il y a dans ce morceau une tristesse et presqu'un abattement que l'on rencontre rarement chez lui. Ce morceau m'évoque immanquablement l'adagio du premier trio en ré mineur pour piano, violon, violoncelle de Robert Schumann.
L'adagio de Haydn débute par une longue phrase du piano très richement ornementée*. Lorsque cette phrase est répétée par le violon, une inéffable émotion se dégage. La suite, encore plus chargée au piano avec accords massifs, tierces parallèles, octaves brisés est toujours aussi expressive. Une sublime transition de quelques mesures amène la rentrée qui reproduit le schéma de l'exposition en le variant notablement. La partie de piano est encore plus chargée d'ornements* et quelques mesures de coda terminent cet exceptionnel morceau dans un climat d'abattement.

Comme dans le dernier mouvement de la sonate n° 61 (HobXVI.51) contemporaine ou bien celui de la sonate n° 56 (HobXVI.42) de 1784, Ré majeur n'a rien de gai ou d'aimable dans le Presto à ¾ du présent trio. Rien de joli non plus dans ce mouvement hâché et âpre . Ce Finale illustre un style caractéristique du dernier Haydn avec des mouvements d'une extrême densité et concentration où les idées se pressent fievreusement sans la moindre respiration tout au long d'une course hâletante et angoissante. Ici le contrepoint à trois ou quatre voix règne en maître du début à la fin, et un rythme ambigu oscille souvent entre ¾ et 6/8. Pourtant rien n'est improvisé, il s'agit au contraire d'un mouvement de sonate monothématique hautement organisé et muni d'un développement très court mais particulièrement dense. Une puissante coda canonique résume impitoyablement l'essence du morceau et met un point final à ce mouvement sans concession.

*Je serais très heureux de savoir si une étude de l'ornementation des parties de pianoforte chez Joseph Haydn a été faite.

J'ai essayé de donner un point de vue personnel sur cette oeuvre. Toutefois la lecture de l'ouvrage de Marc Vignal (Joseph Haydn, Fayard, 1988) a inspiré certaines parties de ce texte.


Dernière édition par Piero1809 le Jeu 31 Mar - 14:03, édité 1 fois
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Trio n° 37 en ré mineur (HobXV.23) Sublimi Angustie   Sam 11 Déc - 0:30

Si je devais choisir six trios pour piano violon et violoncelle de Joseph Haydn, le trio n° 37 en ré mineur HobXV.23 en ferait sûrement partie. Ce n'est pas le plus imposant, ni le plus spectaculaire mais c'est certainement l'un des plus profonds.
Si on a peu de temps à consacrer aux trios de Haydn, il faut alors l'écouter en priorité!
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