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 Symphonie n° 47 en sol majeur Entre ombre et lumière

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Piero1809
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MessageSujet: Symphonie n° 47 en sol majeur Entre ombre et lumière   Ven 26 Juin - 8:31

La symphonie n° 47 en sol majeur forme avec la n° 46 en si majeur et la n° 45 en fa # mineur (Les Adieux) une trilogie. Toutes les trois:
- sont composées par Joseph Haydn en 1772,
-présentent des caractères "Sturm und Drang", violemment affirmés dans la n°45, plus discrets et localisés dans les deux autres,
-sont exceptionnellement originales, par leur coupe (n° 45), leur tonalité (n° 45 et 46), leur langage musical (toutes les trois),
-possèdent enfin un son spécial que je ne retrouve dans aucune autre symphonie antérieures (n° 42, 44, 43, 52) ou postérieures (n° 65, 51, 64).

La symphonie n° 47 est reliée à Wolfgang Mozart à plus d'un titre. S'il est possible que Mozart l'ait connue en 1773-4, période où il est en contact avec plusieurs oeuvres de Haydn contemporaines (symphonies n° 44 Funèbre, quatuors opus 20 en particulier), il est certain que Mozart l'a lue ou entendue en 1783, année pendant laquelle il note les incipit de trois symphonies de Haydn: la n° 75, la n° 62 toutes deux en ré majeur et la n° 47 qui nous intéresse ici.

Le thème du premier mouvement Allegro 4/4 est inoubliable. C'est une marche au pas cadencé jouée par les vents auxquels répondent les cordes, schéma se répètant cinq fois. Mozart ne l'oublia pas car le thème du premier mouvement de son concerto pour piano KV 459 en fa majeur (décembre 1784), un des plus symphoniques parmi ses 27 concertos pour piano, s'en inspire très nettement. Ce point a été relevé par Marc Vignal (1,2). Le second thème en triolets joue également sur l'alternance cordes vents et les effets sonores qui en découlent. Le développement tire sa substance des deux thèmes, la transition entre les deux parties du développement consiste en répétitions du thème initial par les vents à travers des modulations expressives. Le même passage avec les mêmes harmonies assure la transition du développement vers la réexposition dans le concerto KV 459 de Mozart. Lors de la réexposition le thème initial ainsi que les oppositions cordes vents se répétant cinq fois sont transposées en sol mineur ce qui en change complètement le sens. La palette des couleurs et des sons est d'une variété et d'une richesse absolument uniques dans ce merveilleux premier mouvement.

Haydn nous gratifie ensuite d'un sublime poco Adagio qui commence par un thème magnifique au sentiment presque religieux présenté d'abord par les violons puis par les basses. Suivent ensuite quatre variations basées sur le même principe: le thème reste solidement ancré d'abord aux basses puis aux violons tel un cantus firmus et l'accompagnement est variable. Dans la première variation l'accompagnement consiste en arabesques syncopées des violons richement accompagnées par les vents. Les arabesque passent esuite aux basses. Dans les deuxième et troisièms variations l'accompagnement consiste en triolets de doubles croches, puis en figurations variées plus ou moins syncopées. La dernière variation met en jeu cordes et vents unis, la sonorité somptueuse évoque un choeur et ce sublime mouvement se termine par un rappel du début du thème pianissimo.

Du menuetto et trio il a déjà été question dans la sonate pour piano n°41 (HobXVI.26) composée l'année suivante où ce menuet fait office de finale (3). J'avoue avoir un peu de mal à comprendre ce mouvement de structure palindromique. Cette symphonie est parfois appelée Palindrome (4).

Le presto assai final est uns structure sonate de grande dimension. Il débute par un thème très original exposé deux fois. Ce thème est suivi d'un passage très "Sturm und Drang" en ré mineur dont Marc Vignal a noté la parenté avec le début (premier tutti orchestral) du concerto pour piano en ré mineur KV 466 de Mozart (1). Ce passage plus véhément que jamais intervient dans le développement et encore une fois lors de la réexposition. Ce mouvement comme d'ailleurs le premier est construit autour d'une alternance entre modes mineur et majeur, entre obscurité et lumière et c'est cette dernière qui triomphe dans la conclusion. Pour des raisons mystérieuses cette symphonie me fait penser à la 3ème symphonie en sol mineur d'Albert Roussel.

(1) Marc Vignal, Joseph Haydn, Fayard, 1988.
(2) Marc Vignal, Haydn et Mozart, Fayard, 2001.
(3) http://haydn.aforumfree.com/sonates-pour-piano-f3/sonate-n-41-en-la-majeur-hobxvi26-gnial-1er-mouvement-t103.htm
(4) Palindrome: mot ou groupe de mots que l'on peut lire dans les deux sens. En biologie: caractère de certaines séquences d'ADN autocomplémentaires susceptibles de former une épingle à cheveu.


Dernière édition par Piero1809 le Sam 27 Juin - 8:13, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Symphonie n° 47 en sol majeur Entre ombre et lumière   Sam 27 Juin - 0:01

Merci de nous faire écouter cette symphonie. L'évocation de de la 3ème de Roussel paraît justifiée, le premier mouvement y commençant aussi par une sorte de marche, beaucoup plus belliqueuse que chez Haydn cependant. Le rythme de marche employé par Haydn se pare néanmoins d'une certaine rudesse (frottements harmoniques), alors que le même rythme paraît limpide et posé dans le concerto K459 de Mozart.
Mes passages préférés sont la fin en choral de l'adagio et tout le finale.
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Symphonie n° 47 en sol majeur Entre ombre et lumière   Mer 1 Juil - 9:07

Quelques mots d'explication concernant mes propos un peu négatifs concernant le Menuetto trio de la symphonie n° 47 en sol majeur.

En fait ces jeux contrapuntiques: canons basés sur un thème palindromique ne me passionnent pas. Quelle que soit l'ingéniosité du procédé la mélodie a, à mon humble avis*, quelque chose de contraint contrastant vivement avec le charme et le naturel de tous les menuetto-trio de Haydn.

Il semble par contre que ce mouvement passionna Mozart qui, quelques mois avant de noter l'incipit de cette symphonie, composa une sérénade pour instruments à vents en ut mineur KV 388 dont le menuetto est un canon à trois voix et surtout le trio, in canone al rovescio, reproduit le procédé utilisé par Haydn dans la symphonie.


*Qui suis-je pour critiquer ne serait-ce qu'un quart de soupir du Maestro Giuseppe Haydn!
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MessageSujet: Re: Symphonie n° 47 en sol majeur Entre ombre et lumière   Jeu 2 Juil - 0:50

On est obligé de reconnaître que sous la plume de Mozart "l'exercice" paraît à la fois plus naturel et plus expressif. Par ailleurs le trio du menuet de Haydn est très bref, et pourrait sûrement sonner de façon plus spirituelle, mais je trouve qu'Adam Fischer ne fait rien pour cela. Je n'ai pas d'autre interprétation sous la main.
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Symphonie n° 47 en sol majeur Entre ombre et lumière   Jeu 2 Juil - 9:46

Je suis très intéressé par les interprétations d'Adam Fischer.

Pour ces symphonies de "jeunesse" de Haydn je ne peux le comparer qu'avec Antal Dorati. Ce dernier me semble supérieur dans les symphonies classiques comme la n° 44 en mi mineur qui prend sous sa baguette une ampleur impressionnante. Fischer prend le finale de cette symphonie tellement vite qu'il s'essouffle et que le mouvement perd de sa substance. Avantage à Dorati pour la n° 48 plus spectaculaire et brillante sous sa baguette. J'ai également été déçu par Adam Fischer dans la n° 47 et tout particulièrement par ce menuetto trio sans grand relief où l'avantage revient à Dorati.

Par contre dans les symphonies d'avant 1765, Fischer surclasse Dorati car il fait osciller tutti avec quatuor à cordes à la manière d'un concerto grosso, tout à fait dans l'esprit de ces oeuvres de transition.

Je suis actuellement en train d'écouter la symphonie n° 51 en si bémol dont Fischer donne une version qu'il sera difficile d'égaler! Il dispose d'instrumentistes de très grand niveau, notamment un corniste époustouflant.
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MessageSujet: Re: Symphonie n° 47 en sol majeur Entre ombre et lumière   Lun 28 Déc - 13:28

Voici quelques explications très claires fournies par Wikipedia sur le Menuetto et trio al rovescio de la symphonie n° 47 en sol majeur de Joseph Haydn (Palindrome):

http://en.wikipedia.org/wiki/Symphony_No._47_(Haydn)

En fait la deuxième partie du menuetto est déduite de la première partie par symétrie par rapport aux barres de mesures qui terminent la première partie.*

*Les structures palindromiques dans l'ADN ont une propriété supplémentaire, celle de s'hybrider, formant des épingles à cheveu, structures ayant des incidences biologiques.
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MessageSujet: Re: Symphonie n° 47 en sol majeur Entre ombre et lumière   Lun 5 Déc - 23:01

J'écoute actuellement la symphonie n° 47 en sol majeur de Joseph Haydn interprétée par The English Concert dirigé par Trevor Pinnock. L'orchestre est composé d'instruments anciens et cela donne à cette symphonie un charme extraordinaire.
En se rapprochant des conditions d'exécution du temps de Haydn (petite formation, instruments d'époque), on gagne sur tous les tableaux: signification musicale, expression, sonorité enchanteresse, couleur, authenticité.
Signalons que dans le sublime poco adagio, on entend très nettement un clavecin.
Le célèbre menuet Palindrome prend ici un relief saisissant.
Dans le presto assai final (mais également dans le premier mouvement), les cors naturels apportent un son original et une coloration incomparable aux tutti
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MessageSujet: Re: Symphonie n° 47 en sol majeur Entre ombre et lumière   Aujourd'hui à 22:44

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