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 Symphonie n° 68 en si bémol Adagio exceptionnel

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Piero1809
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MessageSujet: Symphonie n° 68 en si bémol Adagio exceptionnel   Jeu 16 Juil - 12:30

Parmi les symphonies composées en 1775 par Joseph Haydn, la symphonie n° 68 en si bémol majeur forme avec les n° 66 en si bémol également et n° 67 en fa un groupe homogène. Les deux symphonies en ut, la n° 60 (Le Distrait) et la n° 69 (Laudon) relevent en effet d'un style assez différent, le Distrait en tant que musique de scène et la Laudon plutôt martiale avec ses trompettes et timbales. Si quelques passages "Sturm und Drang" subsistent dans la symphonie n° 60, il n'en reste aucune trace dans la symphonie n° 68 qui témoigne d'une sensibilité nouvelle. Une plus grande place est donnée maintenant au chant et à de longues mélodies qui rappellent l'opéra. C'est d'ailleurs en 1775 que Haydn compose son opéra le plus ambitieux à cette date: L'Incontro improviso ainsi que son remarquable Il Ritorno di Tobia, oratorio italien aux accents proches de l'opera seria. Chacune des symphonies n° 66, 67 et 68 s'illustrent par un mouvement d'exception, le premier mouvement pour la n° 67, le finale pour la n° 66 et l'adagio pour la n° 68.

Le Vivace commence avec un thème spirituel et léger qui est répété par les instruments à vents à découvert. On aura l'occasion de souligner le rôle des vents dans cette symphonie. Un second thème gracieux est énoncé par les violons. Le développement est entièrement construit sur le second thème qui fait l'objet d'une élaboration subtile et donne lieu à de belles modulations qui en modifient radicalement l'expression. C'est ensuite la rentrée et le second thème fait l'objet d'une extension très expressive.

Le menuetto intervient ici en deuxième position ce qui est inhabituel à cette période de la vie de Haydn. C'est une sorte de valse très gracieuse dans laquelle on admire à la fois la beauté mélodique et l'aisance avec laquelle la mélodie se déroule. Des interventions des vents en solo et en particulier des deux bassons sont dignes de remarque. Le trio est un laëndler marqué par les oppositions piquantes entre le quatuor à cordes et les vents.

L'adagio cantabile est le sommet de l'oeuvre. Jamais un mouvement n'aura mieux mérité sa mention cantabile. Il est en effet construit sur une longue mélodie très chantante du premier violon accompagné staccato par les seconds violons. L'accompagnement consiste en une sorte de tic tac. Quelquefois la mélodie principale s'interrompt et le tictac poursuivi par tout l'orchestre envahit tout l'espace sonore et on ne sait plus qui mène le chant et qui accompagne. A la fin la mélodie principale est reprise par tout l'orchestre avec de nombreuses doublures tandis que le tic tac est confiné aux basses d'où une sensation de plénitude sonore. Les gruppettos (1) qui terminent l'exposition sont très émouvants. Suit un admirable développement basé sur les grupettos puis la belle mélodie du début est sujette à de dramatiques modulations tandis que le tic tac ne cesse pratiquement jamais. Après ce développement très long et intense, c'est la rentrée du thème principal (qui en fait ne s'est jamais arrété) dans laquelle on note de nouveaux et superbes contrepoints du basson. Les grupettos faisant office de coda sont maintenant accompagnés par les tenues des vents et sont plus expressifs que jamais. Marc Vignal cite le troisième acte d'Armida de Haydn (1783) à propos de cette fin (2). Curieusement cette dernière m'évoque un passage d'Axur Re d'Ormus de Salieri (1788) où on entend les mêmes gruppettos ascendants sous les tenues des vents.

Le Rondo Presto qui termine l'oeuvre est construit autour d'un refrain en deux parties au caractère populaire marqué. Dans le premier couplet le basson a la plus belle part. Son registre grave lui donne un air moqueur. Après un retour du refrain inchangé, le deuxième couplet commence par un chant du hautbois et est basé sur des oppositions pittoresques entre les vents et les cordes. Le troisième énoncé du refrain est d'abord inchangé puis varié par d'inquiétantes syncopes dans chacune de ses deux parties. Le troisième couplet en sol mineur débute par un motif du basson auquel répond tout l'orchestre. Ce minore est totalement dépourvu de tragique, c'est toujours l'humour qui domine. Le dernier retour du refrain est cette fois notablement varié et ornementé par d'agiles doubles croches. Une très belle coda, dans lequel le début du refrain est repris tour à tour par les violons, violoncelles, altos, hautbois, cors et bassons de la manière la plus spirituelle, termine ce mouvement.

Cette symphonie rarement jouée devrait être aussi connue que la symphonie n° 101 (1794) dont le mouvement lent, d'esprit toutefois très différent, il faut le souligner, est aussi basé sur un accompagnement évoquant le tictac d'une montre d'où le surnom l'Horloge donné à cette symphonie peu de temps après sa composition.

(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Gruppetto_(ornement_mélodique)
(2) Marc Vignal, Joseph Haydn, Fayard, 1988.
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Pierre



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MessageSujet: Re: Symphonie n° 68 en si bémol Adagio exceptionnel   Ven 25 Sep - 21:56

Je ne suis habituellement pas un enthousiaste de Nikolaus Harnoncourt quand il dirige les symphonies de Haydn. Je le trouve inutilement brusque et monumental, bien éloigné - ce n'est pas un paradoxe moindre - de ces versions à l'ancienne dont il prétend se faire l'avocat !

Néanmoins, je trouve que sa manière d'aborder cette symphonie n° 68, avec le Royal Concergebouw, fort intéressante. Il fait ressortir la complexité et la richesse de la partition, surtout dans le mouvement lent.

Je possède un enregistrement du début des années 90, couplé avec les numéros 100 et 103. Ce disque n'est plus disponible. En revanche, un coffret que je ne connais pas, a été publié depuis. Outre cette symphonie 68, il regroupe l'intégrale des londoniennes.

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Haydn
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MessageSujet: Re: Symphonie n° 68 en si bémol Adagio exceptionnel   Mar 29 Sep - 1:42

J'écoute en effet, moi, personnellement cette symphonie depuis 2 ans. L'adagio est superbe en effet et simple de compréhension.
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Symphonie n° 68 en si bémol Adagio exceptionnel   Mar 29 Sep - 10:03

Merci Haydn et Pierre pour ces commentaires.

J'ai écouté des échantillons de la version Harnoncourt de la 68ème symphonie et je suis conquis!

-les vents sont en dehors (basson irrésistible dans le rondo final) ce qui n'est que justice vu leur importance.
-dans l'adagio, Harnoncourt donne plus de poids au tic tac de l'accompagnement qu'au cantabile des premiers violons. On ne sait plus qui mène la danse. Visiblement le chef ne prend pas trop au sérieux la cantilène très bel canto du violon et privilégie l'humour sous-jacent de la partition. C'est une conception que je respecte même si je ne la partage pas dans ce mouvement.
-magnifique menuetto inspiré, aérien
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Symphonie n° 68 en si bémol Adagio exceptionnel   Mer 6 Jan - 23:03

J'ai eu l'occasion d'écouter de nouveau la version d'Adam Fischer de la symphonie en si bémol n° 68 et de la comparer avec celles de Nikolaus Harnoncourt et d'Antal Dorati.

Dans le merveilleux adagio, il me semble que c'est Dorati qui donne l'accent le plus vibrant au thème cantabile du fait d'une sonorité plus sensuelle des premiers violons, par contre Harnoncourt et Fischer donne au staccato des seconds violons un aspect plus humoristique. La qualité des vents est exceptionnelle chez Fischer (magnifique tutti d'une grande splendeur sonore à la fin de l'exposition). Sublime développement chez Fischer. Le développement terminé, Fischer a l'idée lumineuse de confier la réexposition au premier violon solo ce qui change complètement le caractère du thème principal et fait ressortir un merveilleux basson.

On ne le dira jamais assez, cet adagio devrait figurer en bonne place parmi les mouvements lents les plus réussis de tout Joseph Haydn. Il a tout pour lui: des thèmes magnifiques, une instrumentation d'un raffinement exceptionnel et une magistrale élaboration thématique.
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Pierre



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MessageSujet: Re: Symphonie n° 68 en si bémol Adagio exceptionnel   Dim 10 Jan - 11:49

Piero1809 a écrit:

On ne le dira jamais assez, cet adagio devrait figurer en bonne place parmi les mouvements lents les plus réussis de tout Joseph Haydn. Il a tout pour lui: des thèmes magnifiques, une instrumentation d'un raffinement exceptionnel et une magistrale élaboration thématique.
Je partage entièrement cet avis !
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Symphonie n° 68 en si bémol Adagio exceptionnel   Dim 6 Mar - 15:49

La symphonie n° 68 et son magnifique adagio auquel Harnoncourt et le Concertgebouw d'Amsterdam rendent justice.


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MessageSujet: Re: Symphonie n° 68 en si bémol Adagio exceptionnel   Aujourd'hui à 17:15

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