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 Il PITTORE PARIGINO Domenico Cimarosa

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Piero1809
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MessageSujet: Il PITTORE PARIGINO Domenico Cimarosa   Dim 16 Aoû - 19:50

Il Pittore Parigino (le peintre parisien), opéra comique en deux actes de Domenico Cimarosa, livret de Giuseppe Petrosellini, fut crée au Théatre Vallé de Roma lors du carnaval de 1781. Joseph Haydn monta l'opéra à Eszterhazà en 1789 et cet ouvrage eut l'heur de plaire au public austro-hongrois car il fut représenté dix sept fois. Parmi les douze opéras de Cimarosa montés à Eszterhazà, c'est celui qui obtint le plus grand succès. Quelques modifications furent apportées par Haydn, elles sont soigneusement indiquées à l'encre rouge dans la copie du manuscrit. Haydn raccourcit de moitié le duetto du deuxième acte entre le Baron et Monsieur mais la modification la plus importante est le remplacement du grand air du Baron au deuxième acte par un autre air (1).

Argument. L'action se déroule à Lyon chez une bourgeoise aisée, Eurilla. Cette dernière rêve de tenir un salon où les grands esprits de l'époque pourraient se rencontrer. Le père d'Eurilla dans son testament lui lègue la somme considérable de vingt mille écus si elle épouse le Baron Cricca, un gentilhomme provincial (il est de Marseille), de noblesse récente et désargenté. Si par la faute d'Eurilla, ce mariage ne pouvait avoir lieu, alors la somme irait à Cinthia, cousine d'Eurilla résidant aussi à Marseille. Le Baron Cricca est très terre à terre et se moque des savants et des poètes; il a pourtant fait venir Monsieur, un peintre parisien, pour faire son portrait. Tout auréolé du prestige de Paris, capitale du bon goût et des bonnes manières, Monsieur plait immédiatement à Eurilla et lui même trouve la jeune femme à son gôut. Cinthia, ancienne conquête du Baron, voit d'un mauvais oeil cette union entre le Baron et Eurilla et rêve de la faire échouer. Elle engage un intendant Broccardo pour cette tâche. Ce dernier organise plusieurs déguisements. D'abord Cinthia se déguise en femme vulgaire, se dit la soeur du Baron et effraie Eurilla par ses gaffes et ses excès de langage. Elle apparait ensuite en amante éplorée, séduite et abandonnée par le Baron. Eurilla commence à réfléchir sérieusement sur son union avec le Baron. Elle réfléchit d'autant plus que Monsieur se déguise en oncle d'Amérique richissime qui annonce à la compagnie que son neveu (en fait Monsieur) est retourné à Paris sur la demande d'une duchesse et d'une marquise qui toutes deux sont éprises de lui. Après quelques péripéties comiques, un duel grotesque en particulier entre le Baron et Monsieur, Eurilla décide d'épouser Monsieur et renonce à sa dot qui revient à Cinthia. Le Baron se console facilement avec Cinthia. Broccardo reste tout seul mais gagne l'amitié de la compagnie.

Le style. Ce livret ne prend pas partie, il ne défend aucune cause mais décrit des faits relatifs à la moyenne bourgeoisie. Les sentiments amoureux sont présents mais souvent masqués par l'attrait de l'argent qui est le véritable héros et le moteur principal de l'action. Les personnages principaux (Eurilla, Baron et Monsieur) sont des fantoches et les véritables meneurs de jeu sont Broccardo et Cinthia. Une comédie très divertissante et spirituelle où on rit beaucoup. Contemporaine de Le Donne Rivali, un dramma giocoso remarquable possédant des ensembles magnifiques préfigurant les meilleurs passages du Matrimonio segreto, Il Pittore parigino est une comédie bien plus légère dans laquelle l'élément bouffe est prépondérant. Les ensembles très nombreux dans Le Donne Rivali (notamment un final de l'acte I de vingt minutes et 800 mesures) sont peu nombreux dans Il Pittore Parigino qui s'apparente de ce point de vue à l'Italiana in Londra. Le présent opéra n'est en rien inférieur aux Donne Rivali, il compense une relative facilité par une qualité mélodique remarquable. Le chant ici me semble plus suave et plus aisé que dans nombre d'opéras précédents. Comme nous sommes en France, de nombreuses ariettes françaises s'intercalent avec bonheur. L'harmonie est volontairement simple et il n'y a aucun air dans un ton mineur. L'orchestration est simple mais les vents colorent très agréablement la musique.

Les Hits. Ils sont nombreux:
Au premier acte: la cavatine de Monsieur (ténor) "Vedrete un ciglio nero..."donne d'emblée une image précise du caractère de Monsieur, séducteur et volage.

L'amusant duo entre le Baron et Cinthia "Dell'odiosa mia rivale...". Le dynamisme de la musique, l'indépendance des deux voix sont très séduisants. La fin est magnifique sur les mots:"...destin tiranno, che crudeltà!"

L'air du Baron (basso buffo) "Lei comandi, Signorina...". A Eurilla qui veut inviter dans son salon, poëtes, architectes, philosophes...., le Baron répond: d'accord pour tous mais surtout pas de peintre! Il propose même de danser avec Bérénice (héroïne d'une pièce que joue Eurilla) et cet air typique de l'opéra bouffe italien est interrompu pa une chanson française. L'effet est désopilant.

Le finale de l'acte I est peut-être le sommet de l'opéra. On assiste à un impressionnant crescendo dans la force dramatique. A force de brouiller les cartes, plus personne ne sait plus à quoi s'en tenir et la confusion totale s'exprime par une polyphonie complexe où chacun des cinq protagonistes chante de façon indépendante; les voix surgissent de partout, le débit vocal prend une vitesse impressionnante. Cette dernière scène annonce de très près l'art de Rossini.

Au cours de l'acte II: la cavatine d'Eurilla "D'una donna qual son io...", témoignage du génie mélodique de Cimarosa, de la vocalité du chant. Quelle merveille que ces gruppetti sur les paroles "Voi sapete se il cor mio è capace d'ingannar!"

Le duetto entre le Baron et Monsieur "Presto, finiamola" comporte de nombreux changements de rythmes et l'intrusion d'une mélodie française. Il dut paraître disparate à Haydn qui pratiqua une coupure en son milieu (1). Ce duetto est bien plus richement instrumenté que la plus grande partie de l'opéra ce qui suggère qu'il ait pu être rajouté ultérieurement par Cimarosa. On note une superbe partie de cor.

Le morceau de bravoure de l'opéra est probablement l'air du Baron "Numi, numi, bestia" comportant un récitatif accompagné et un air très développé. Haydn supprima cet air splendide et on peut s'en étonner. En fait cette décision fut prise peut-être en raison de la présence de clarinettes dans l'orchestration, instruments non présents à Eszterhazà. Pourtant il eut été facile pour Haydn de remplacer les clarinettes par des hautbois mais il se trouve que la présence des clarinettes est solennellement annoncée dans le récitatif. On voit que Haydn étudiait à fond ses partitions et adaptait la musique aux changements de situation ou aux circonstances. On ignore si Haydn composa un air d'insertion avec d'autres paroles à cette occasion. En tout état de cause cet air est un chef-d'oeuvre bouffe: le Baron décide de mourir et décrit son arrivée aux enfers accompagné par un orchestre horrible comportant cors, flûtes, clarinettes et contrebasses...

L'imbroglio se dénoue au terme d'un finale de second acte particulièrement enlevé.

(1) Judit Péteri, Gyorgy Bàcskai, Cimarosa et l'opéra napolitain, Hungaroton 1988.


Dernière édition par Piero1809 le Mar 18 Aoû - 10:34, édité 1 fois
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Il PITTORE PARIGINO Domenico Cimarosa   Mar 18 Aoû - 10:31

Quelques mots sur l'interprétation.

Eurilla est chantée par Marta Szücs, une remarquable soprano possédant une voix souple et pure. Elle a à son actif un air avec vocalises, tout à fait digne d'un opéra seria, dont elle s'acquitte avec brio.

Veronika Kincses est une excellente Cintia, très convaincante dans ses différents déguisements.

Gérard Garino a une belle technique vocale, mise à l'épreuve dans quelques airs à vocalises napolitaines, et incarne parfaitement son rôle de séducteur.

Jozsef Gregor, magnifique basso buffo, joue parfaitement le rôle du Baron Cricca, personnage terre-à-terre, inculte, méprisant les arts.

On admire enfin la belle voix chaude de Martin Klietmann dans le rôle de Broccardo.

L'orchestre de chambre Salieri est dirigé par Tamàs Pàl, une formation de qualité dans laquelle on remarque les cors aux sonorités particulièrement opulentes.

Enregistrement produit par le label Hungaroton.
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Joachim



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MessageSujet: Re: Il PITTORE PARIGINO Domenico Cimarosa   Mar 18 Aoû - 10:51

Je ne connaissais même pas l'intitulé de cet opéra ! En effet, même l'ouverture ne se trouve pas dans les CD d'ouvertures de Cimarosa.

Vous parlez d'ariettes françaises : elles sont en français ou simplement du style français ?

En tout cas, c'est un enregistrement qui me fait envie, car les opéras de cette époque sont, en principe, ceux qui ont ma préférence.
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Il PITTORE PARIGINO Domenico Cimarosa   Mar 18 Aoû - 14:40

Le livret est en italien mais le texte est souvent émaillé de mots français. On reconnaît aussi quelques mélodies françaises chantées souvent en italien ou en onomatopées.
L'opéra est encore disponible avec une excellente présentation et un livret traduit en français. Ce n'est pas le chef-d'oeuvre de Cimarosa* mais toutefois une oeuvre très agréable et remarquablement chantée et enregistrée.

* Chefs-d'oeuvre à mon humble avis: Il Matrimonio segreto, Le Trame deluse, Gli Orazii ed i Curiazii, Armida Immaginnaria.
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