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 Symphonie n° 82 en ut majeur "L'Ours"

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Piero1809
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MessageSujet: Symphonie n° 82 en ut majeur "L'Ours"   Mar 29 Sep - 20:03

La période allant de 1786 à 1790, qui correspond aux dernières années passées à Eszterhazà avant le départ pour Londres, est importante dans la vie de Joseph Haydn, c'est celle du grand effort créateur qui portera les genres de la symphonie, du trio avec piano, violon et violoncelle, de la sonate pour piano seul et du quatuor à cordes à des sommets. Quand on écoute les symphonies de Haydn dans l'ordre de leur numérotation qui n'est pas toujours l'ordre chronologique, on constate facilement le fossé qui sépare l'aimable symphonie n° 81 en sol (1784) de la puissante symphonie n° 82 en ut majeur dite l'Ours, composée en 1786, probablement dernière des symphonies Parisiennes. Le surnom l'Ours est plutôt réducteur, cette symphonie aurait mérité une autre appellation. A mon humble avis, elle occupe une place similaire dans la production de Haydn que Idoménée chez Mozart ou l'Eroïca chez Beethoven. Ses principales caractéristiques sont une orchestration éblouissante et une harmonie d'une grande audace.

Dès les premières mesures du Vivace assai initial ¾, on est subjugué par la puissance et la fougue de ce début. Le thème, accord parfait d'ut majeur ascendant, est épaulé par une orchestration massive; la réponse à ce thème est une fanfare martiale fortissimo, basée sur un rythme composé de deux doubles croches, deux croches, une noire, clamée par tout l'orchestre et d'une puissance impressionnante. Le thème est maintenant joué piano par les violons tandis que les vents totalement indépendants des cordes, jouent le rythme de fanfare décrit plus haut. Une énergique ritournelle orchestrale conduit à trois accords violemment dissonants: un la bémol qui frotte terriblement avec le sol de l'accord parfait d'ut mineur! Le second thème aux violons doublés par la flûte est simplement accompagné par un seul basson, ce thème populaire et insouciant ne présage en rien l'usage que Haydn en fera lors du développement. Ce dernier débute avec la fanfare du début suivie par un pasage très dramatique: le thème ascendant est cantonné aux basses puis aux violons tandis que les bois jouent un motif descendant. Le second thème reparaît en la majeur et donne lieu à un magnifique passage dans lequel le début de ce thème fait l'objet d'imitations entre les premiers, seconds violons, altos et violoncelles colorées discrètement par les bois. Ce passage magique a une sonorité romantique envoûtante, il se termine par les dissonances relevées dans l'exposition. La réexposition se déroule de manière classique avec quelques changements.

Le second mouvement Allegretto en fa majeur consiste en variations sur un thème populaire dans lequel variations mineures et majeures alternent. Comme souvent chez Haydn les variations mineures s'écartent notablement du thème alors que dans les variations majeures le thème est à peine modifié. Dans la seconde variation mineure, le thème se réduit à de violents accords sabrés par tout l'orchestre au dessus d'un accompagnement tumultueux des basses. Lors de la dernière variation qui évoque quelque danse villageoise, le thème est étoffé par une orchestration bien plus fournie et les violoncelles ont une partie distincte des contrebasses.

Après un menuetto vigoureux suit un superbe trio. Ce dernier est un laëndler qui donne aux bois (flûtes, hautbois et bassons) la part du lion. Dans la seconde partie du trio les modulations donnent une couleur délicieusement poétique.

Le finale Vivace est peut-être le sommet de l'oeuvre et un des plus impressionnants finale de toutes les symphonies de Haydn. Il débute par un do tenu à la basse pendant huit mesures (pédale de basse) (1). Les appogiatures (2) accroissent le côté rustique de cette basse qui évoque nettement une cornemuse. Au dessus de cete basse le thème au violon est formé par la répétition trois fois d'un court motif qui va jouer un rôle dominant dans tout le morceau..Le même dessin se répète inversé, le do avec ses appogiatures est tenu dans l'aigu par les violons forte tandis que le thème est échangé entre violoncelles et altos. Le second thème très bref confié aux bois est suivi par un tutti orchestral d'une grande rudesse qui, par ses modulations rapides, m'évoque irresistiblement un passage du premier mouvement de la symphonie Eroica de Beethoven. Le développement, un des plus géniaux de Haydn, débute avec la note tenue et ses appoggiatures jouée par tous les instruments sauf les violons et la flûte, en fa puis en mi bémol majeur. Suit ensuite une élaboration contrapuntique du court motif du thème. Les canons, imitations sont tellement serrés, la succession des modulations tellement rapide que ce passage est difficile à mémoriser, mais à l'audition, d'une efficacité extraordinaire, on ne s'en lasse pas! La réexposition est génialement renouvelée, désormais la pédale harmonique (avec ses appogiatures) va envahir la substance du mouvement, elle revient trois fois; la seconde fois les tenues des basses sont renforcées par les altos et les cors fortissimo et la troisième fois par de formidables roulements de timbales également fortissimo. Cette fin est, à mon humble avis, d'une puissance sans exemple dans les symphonies antérieures et même postérieures de Haydn.



(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Pédale_(musique)
(2) http://www.musicologie.org/sites/sites.html


Dernière édition par Piero1809 le Mar 28 Jan - 11:32, édité 2 fois
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Symphonie n° 82 en ut majeur "L'Ours"   Sam 3 Oct - 9:55

De très nombreux enregistrements de la symphonis n° 82 l'Ours rendent justice à une des plus remarquables symphonies de Joseph Haydn. Bien qu'une discussion très intéressante ait été déjà ouverte à propos des six symphnies Parisiennes:

http://haydn.aforumfree.com/les-symphonies-f1/les-symphonies-parisiennes-debat-et-avis-t1.htm
http://haydn.aforumfree.com/les-symphonies-f1/une-critique-des-symphonies-parisiennes-par-harnoncourt-t25.htm

je serais heureux d'avoir votre avis concernant la symphonie n° 82 en particulier.

En ce qui me concerne je me suis livré comme d'habitude à la confrontation Antal Dorati et Adam Fischer. Avantage très net à Fischer.

Adam Fischer a signé en effet une magnifique exécution. Avec un petit orchestre, il obtient paradoxalement plus de puissance avec d'éclatantes sonneries de trompettes au début de l'Allegro initial.

Dans l'Allegretto il n'hésite pas à confier des solos aux premier violon obtenant ainsi des contrastes sonores très intéressants. Dans la dernière variation au volume sonore très ample il observe un rallentendo assorti d'un léger glissando au moment du retour du thème principal obtenant un effet très légèrement vulgaire du meilleur aloi(on pense à Mahler!).

Le menuetto et trio est véritablement enchanteur. Là encore des passages du trio sont traités dans une optique musique de chambre tout à fait séduisante.

Le finale Vivace est parfait sous sa baguette tout d'un bloc, il termine la symphonie en apothéose.
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Benoît



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MessageSujet: Re: Symphonie n° 82 en ut majeur "L'Ours"   Sam 3 Oct - 11:17

Bien que je ne l' aie pas écoutée depuis un bon moment, j' ai un excellent souvenir des versions Bernstein et Marriner (toujours méconnu à mon avis ,alors que ses enregistrements me paraissent essentiels) et un extraordinaire disque de Salonen.Sans oublier Weil et dans une moindre mesure Kuijken et Bruggen.J' ai toujours un peu de mal avec Karajan.Je ne connais pas Harnoncourt et Davis.

J' avais assisté à l' enregistrement du "pavé dans la mare" dans le studio de la Maison de la radio et ils avaient retenu la version de Bernstein.
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Symphonie n° 82 en ut majeur "L'Ours"   Sam 3 Oct - 22:42

Benoît a écrit:

J' avais assisté à l' enregistrement du "pavé dans la mare" dans le studio de la Maison de la radio et ils avaient retenu la version de Bernstein.
Cela devait être une soirée mémorable!

Merci pour votre classement à vous. Je retiens donc Nevil Marriner et Esa-Pekka Salonen. Ce dernier a eu la bonne idée de coupler la Symphonie n° 82 avec la n° 22 (Philosophe) et la n° 78 en ut mineur.

Appel aux colistiers connaissant la version Harnoncourt qui devrait être plutôt musclée!
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Mandryka



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MessageSujet: Re: Symphonie n° 82 en ut majeur "L'Ours"   Sam 10 Oct - 16:40

Bonjour à tous, j'ai pu écouter la version d'Harnoncourt qui est disponible en écoute gratuite sur musicme. Le chef semble n'avoir rien laissé au hasard dans son cycle de ces symphonies, phrasés, plans sonores, etc. On a cette impression que tout a été pensé jusqu'au moindre détail, ce qui est assez frappant à l'écoute du disque, sans tomber pour autant dans des maniérismes qui desserviraient la musique.

Cette version de la symphonie 82 est en effet très impressionnante et "musclée" comme vous vous en doutez Piero, notamment le "vivace assai" initial, qui n'est pas si vivace d'ailleurs, mais large et tenu d'une main de fer, ceci lui conférant une ampleur que je n'ai pas entendue chez Esa Pekka-Salonen. L'orchestre est vigoureux et extrêmement précis, les interventions des bois sont assez belles. Certains pourront trouver ceci peut-être un peu lourd et martial, les contrastes sont importants, par exemple les trois accords dissonants dont parle Piero sont fortement marqués ici, produisant un effet encore plus saisissant. L'allegretto est très élégant, je lui trouve ici un esprit plus "galant", du moins chantant ici que chez Bernstein ou Salonen, ici bien plus sec. Le final est particulièrement réussi, avec un tempo encore une fois un peu plus retenu qu'ailleurs, mais toujours ce grand geste, cette ampleur, et cette impression de cohérence qui est là depuis le début. Les intentions, la tenue du discours frappent l'oreille, la "fausse fin" est particulièrement bien rendue, Harnoncourt joue aussi la carte du théâtre sinon de l'esprit dans ce mouvement qui clôt magistralement cette oeuvre admirable.
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Symphonie n° 82 en ut majeur "L'Ours"   Lun 26 Oct - 16:58

Merci beaucoup Mandryka pour ce commentaire concernant l'interprétation de Harnoncourt de la symphonie n° 82 l'Ours de Joseph Haydn.

Grâce à vous j'ai pu écouter cette interprétation sur MusicMe. Je suis globalement d'accord avec vous pour dire que c'est une très belle interprétation: perfection de la mise en place, équilibre suprême des blocs instrumentaux, effets théatraux (points d'orgues, rallentendos, sforzandos) rappelant opportunément qu'en 1786, Joseph Haydn était lourdement impliqué dans la direction musicale de l'opéra d'Eszterhazà. Un seul bémol: les reprises dans les mouvements extrêmes de la seconde partie. Je sais que cette reprise est inscrite sur la partition. Toutefois, à mon humble avis, cette reprise, qui s'impose à première audition d'une oeuvre, au concert par exemple, est préjudiciable à une oeuvre très connue comme la présente symphonie. Cette reprise apporte un élément de confusion: après une conclusion lapidaire (les fins des deux mouvements extrêmes), on revient au début du développement et pendant un court instant on ne sait plus où l'on est.

Malgré la qualité de la version Harnoncourt, je préfère celle d'Adam Fischer. Paradoxalement avec un plus petit orchestre, il obtient plus de puissance grâce aussi à des tempos plus enlevés. Sa supériorité est manifeste dans le finale beaucoup plus percutant et électrisant (en particulièrement dans le développement et dans les roulements de timbale de la fin).
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Pierre



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MessageSujet: Re: Symphonie n° 82 en ut majeur "L'Ours"   Dim 10 Jan - 11:57

Piero1809 a écrit:
Le surnom l'Ours est plutôt réducteur, cette symphonie aurait mérité une autre appellation.
A ma connaissance, ce surnom lui vient essentiellement du dernier mouvement. Sa tournure est assez folklorisante et rappelle ces rythmes sur lesquels les montreurs d'ours faisaient danser leurs animaux.

Pour le reste, connaissant la malice de Haydn, je l'imagine assez voulant régler ses comptes: cet ours était-il son employeur de prince (pas toujours facile) ou sa femme (généralement reconnue comme étant mal commode ?) Il ne faut pas obligatoirement s'appeler Chostakovitch pour manier l'humour et la dérision, non ?
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Symphonie n° 82 en ut majeur "L'Ours"   Lun 11 Jan - 17:10

Pierre a écrit:

A ma connaissance, ce surnom lui vient essentiellement du dernier mouvement. Sa tournure est assez folklorisante et rappelle ces rythmes sur lesquels les montreurs d'ours faisaient danser leurs animaux.

Pour le reste, connaissant la malice de Haydn, je l'imagine assez voulant régler ses comptes: cet ours était-il son employeur de prince (pas toujours facile) ou sa femme (généralement reconnue comme étant mal commode ?) Il ne faut pas obligatoirement s'appeler Chostakovitch pour manier l'humour et la dérision, non ?
Bien que le surnom l'Ours n'ait pas été donné par Joseph Haydn à ma connaissance, je conviens que le dernier mouvement peut suggérer un ours en train de danser.

Je voulais toutefois dire que ce surnom l'Ours met l'accent sur le pittoresque et le floklore alors que l'intérêt principal de la symphonie est à mon humble avis ailleurs. Cette symphonie constitue en effet un jalon important dans l'évolution très rapide du génie haydnien dans ces années 1784 à la fin de 1790 qui voient créer comme on l'a vu des chefs-d'oeuvres exceptionnels dans presque tous les domaines.

Je suis bien d'accord avec vous, l'humour de Haydn est inimitable. Ses successeurs et en particulier les romantiques (pour la plupart) en manqueront cruellement. Plus près de nous, des compositeurs comme Francis Poulenc et Serge Prokofiev ont cultivé certaines formes d'humour avec bonheur.
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MessageSujet: Re: Symphonie n° 82 en ut majeur "L'Ours"   Mar 20 Sep - 10:19

Le grand chef Kurt Sanderling est décédé il y a quelques jours à l'âge de 97 ans. Il avait donné son dernier concert à 90 ans.
Plusieurs hommages lui sont rendus actuellement sur France Musique.

Dans ce cadre j'ai entendu la Symphonie n°82 « l’Ours » interprétée par
l'Orchestre Philharmonique de Berlin sous la direction de Kurt Sanderling, concert de 1997.

Une exécution incandescente du génial finale a dressé mes cheveux sur la tête! Quelle vigueur, quelle dynamisme, quelle précision!
Voilà Joseph Haydn idéalement servi, comme on aimerait toujours l'entendre!
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MessageSujet: Re: Symphonie n° 82 en ut majeur "L'Ours"   Lun 27 Jan - 18:47

J'ai écouté la symphonie n° 82 en do majeur l'Ours dirigée par R. Norrington à la tête de la Camerata de Salzbourg. Les premiers et quatrième mouvements sont électrisants, j'aime moins l'andante pris trop rapidement à mon goût.
Superbes trompettes naturelles, si importantes dans cette symphonie.

http://www.youtube.com/watch?v=U4ImebhPQyI
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MessageSujet: Re: Symphonie n° 82 en ut majeur "L'Ours"   Aujourd'hui à 17:12

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