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 Symphonie n° 60 LE DISTRAIT

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Benoît



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MessageSujet: Symphonie n° 60 LE DISTRAIT   Mer 27 Jan - 11:18

Avant qu' un jour Piero fasse une analyse (toujours parfaite ) de cette symphonie si célèbre (relativement),je voulais vous faire part que j' ai assisté à un très beau concert à Caen le dimanche 24 janvier 2010 qui comprenait:

-en première partie :les concertos n°11 et 13 pour pianoforte et orchestre de Mozart,avec Andras Staier au pianoforte et l' orchestre des Champs-Elysées (fondé par P. Herreweghe) sous la directon au violon de Alessandro Moccia.

Jeu subtil de Staier,instrument magnifique mais la dynamique du pianoforte fait qu' il ne faut pas être sourd et il faut bien tendre l' oreille même au 6ème rang où j' étais;je redirai toujours que le pianoforte ou le clavecin ne sont pas faits pour une salle de concert de plus de 1000 places.

Si bien que ces 2 magnifiques oeuvres n' ont pas été bien mises en valeur et se sont même transformées en concertos pour tousseurs( une horreur),orchestre et piano obligé ! ! Bis parfait avec l' andante du 12ème concerto.
Et à mon goût, le larghetto du 11ème concerto a été pris un peu trop vite ( tendance actuelle des orchestres sur instruments anciens)

- en seconde partie : une magnifique interprétation ,pleine de verve de la symphonie n° 60 qui a emporté complètement l' adhésion du public ;tout y était -absolument parfait .Bonus idéal avec le finale de la symphonie n° 50.

Mes oreilles traînant en fin de concert ont entendu comme commentaires que Haydn est " finalement" (!! ?) étonnant,que les gens ont été surpris d' être plus charmés par Haydn que par Mozart ("cela ne vaut pas un piano moderne")alors que manifestement ils étaient venus (évidemment) " pour Mozart".J' étais amusé,content :je " bois du petit lait",comme on dit chez moi :quand les gens comprendront-ils ENFIN que Haydn vaut largement le coup d' être entendu,admiré et aimé ?
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Symphonie n° 60 LE DISTRAIT   Jeu 28 Jan - 17:11

Benoît a écrit:

Jeu subtil de Staier,instrument magnifique mais la dynamique du pianoforte fait qu' il ne faut pas être sourd et il faut bien tendre l' oreille même au 6ème rang où j' étais;je redirai toujours que le pianoforte ou le clavecin ne sont pas faits pour une salle de concert de plus de 1000 places.
Merci beaucoup Benoît pour ce compte rendu.

Je suis tout à fait d'accord avec vous. C'est effectivement incroyable que l'on persiste à exécuter des oeuvres pour pianoforte dans une grande salle. Avec un concerto pour pianoforte, on a une difficulté supplémentaire du fait que les passages cantabile du pianoforte sont souvent accompagnés pas de simples batteries piano de l'orchestre d'où une sensation de vide sidéral que l'on n'éprouve pas du tout dans une petite salle.

Certes les 11ème, 12ème et 13èmes concertos pour piano ne sont pas aussi denses et concentrés que les chefs-d'oeuvre à venir, mais le 13ème en ut majeur KV 415 avec trompettes et timbales est une oeuvre très intéressante, premier concerto symphonique de Mozart (dans son premier mouvement), possédant un rondo dynamique doté d'un très bel intermède central en ut mineur.

Dernière remarque de ma part: les enregistrements de pianoforte ou de clavecin sont tellement brillants (avec des micros dans les cordes?) que l'on est forcément déçu en concert. Le comble du spectaculaire est une enregistrement d'oeuvres de Mozart (sonates pour piano à quatre mains) par le couple Staier-Schornsheim sur un Stein vis à vis, sorte d'hybride entre pianoforte et clavecin. C'est superbe mais un tantinet artificiel.

Supposons maintenant qu'il nous faille décrire maintenant une symphonie en six mouvements, dans un style riens moins qu'expressionniste, tour à tour, ironique, sauvage, mélancolique, et d'un humour insensé, avec de multiples audaces d'orchestration. Gustav Mahler? Non, la 60ème de Haydn. (Peter J. Pyrie).
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Symphonie n° 60 LE DISTRAIT   Mar 19 Oct - 10:11

Merci Benoît de m'avoir fourni l'occasion de parler de cette fascinante symphonie.

La symphonie n° 60 en ut majeur Le Distrait a été composée par Joseph Haydn en 1774. Elle servit de musique de scène pour la comédie, Le Distrait, adaptée par la troupe de Carl Wahr à partir de la pièce de théâtre écrite par Jean François Régnard en1697. L'analyse très poussée faite par Marc Vignal montre clairement la relation existant entre la musique de la symphonie et le texte de la comédie (1). L'effectif instrumental comporte le quintette à cordes, deux hautbois, deux cors alto, timbales et selon certaines sources, deux trompettes en renfort des cors. Selon Anthony Hodgson, ces trompettes devraient être abandonnées aujourd'hui, les cors modernes n'ayant plus besoin de renfort. Par contre le même musicologue et chef recommande l'usage du continuo. Ce dernier n'est certes plus indispensable pour asseoir l'harmonie mais produit un bel effet (2).

L'adagio qui ouvre la symphonie est suivi d'un allegro di molto ¾. Le thème aux cordes staccato possède un grand dynamisme conféré en partie par son ambiguité rythmique (3/4 ou 6/Cool. Ce thème est sujet à des échanges continus entre violons et basses et fait aussi l'objet d'ingénieuses modifications qui conduisent au second thème. Ce dernier répéte, semble-t-il à l'infini, un même motif. La mention perdendosi (en se perdant), pouvant indiquer que le compositeur/héros de la pièce ne sait plus très bien où aller ou du moins a un moment d'absence, est une marque de l'humour de Haydn. On arrive tout de même aux barres de reprises puis au développement basé essentiellement sur le premier thème mais également sur un arpège descendant en notes pointées staccatissimo rappelant fortement l'allegro initial de la symphonie n° 45 Les Adieux. La réexposition n'apporte pas de changements importants. Ce magnifique mouvement d'essence très symphonique est particulièrement novateur et n'a pas d'équivalent chez Michel Haydn ou Mozart dans leurs symphonies contemporaines ou passées.

L'andante en sol majeur 2/4 est basé sur un thème de marche lente. Ce thème est exposé calmement par les violons. Son exposé est troublé par l'irruption fort indiscrète des hautbois et des cors accompagnés par les altos divisés (3). Les violons s'y reprennent une nouvelle fois mais une fois de plus les hautbois et les cors leur coupent la parole. Maintenant les violons peuvent continuer sans obstacle leur marche lente et les vents colorent agréablement le chant des cordes. Avant les barres de reprises la marche devient plus heurtée et prend un tour populaire aux résonances magyares. Après les barres de reprise, la marche évolue vers les tons mineurs et la partie de violon est hérissée de trilles puis se signale par des intervalles de plus en plus larges et sauvages pour atteindre deux octaves. La réexposition est semblable à l'exposition et le morceau se termine abruptement par la marche aux résonances hongroises.

Le magnifique menuet témoigne de l'évolution impressionnante de ce type de mouvement au cours de l'année 1774. On a affaire pratiquement à un morceau de sonate: la deuxième partie s'ouvre en effet par un court développement contrapuntique. A propos du trio en ut mineur qui commence avec un thème aux cordes puis se continue avec une curieuse gamme du hautbois, Marc Vignal cite la gamme bulgare chère à Bela Bartok (dans son 5ème quatuor à cordes par exemple) (1).

Le quatrième mouvement Presto en ut mineur démarre comme un finale de symphonie "Sturm und Drang" (Cf symphonie n° 52 en ut mineur) (4). Un torrent musical très agité, presque frénétique, se poursuit jusqu'au barres de reprises. Le développement reste d'abord dans la même ambiance passionnée et bientôt s'enchaine sur une danse paysanne d'esprit très différent. Une nouvelle danse paysanne, plus lourde, surgit brusquement à la fin et termine ce mouvement très contrasté en ut majeur.

Les contrastes sont encore plus vifs dans le cinquième mouvement Adagio en fa majeur dit "di lamentatione". Cet adagio débute par un thème magnifique aux premiers violons accompagnés par les arpèges des seconds violons et les pizzicatos des altos et des basses. Cet adagio est très émouvant et serait digne d'ouvrir une "symphonie d'église" (7). La merveilleuse cantilène est brusquement interrompue par une fanfare guerrière, mais la douce mélodie reparait avec de belles modulations. Un thème nouveau sans aucun rapport avec la cantilène surgit d'abord adagio puis allegro et s'enchaine avec le finale.

C'est dans le prestissimo en ut majeur 2/4 que la distraction du musicien/héros atteint son paroxysme. Les musiciens jouent d'abord des accords désordonnés puis une sorte d'accompagnement en triolets qui n'accompagnent rien en fait car le thème principal semble avoir été oublié. En plein mouvement les musiciens s'arrêtent brusquement et les violonistes entreprennent d'accorder leurs violons (5), trait de génie qui ne pouvait que déclencher l'hilarité générale. Les violons une fois accordés, la musique semble reprendre ses droits, un bref passage en ut mineur rappelle le début du trio du menuet et l'oeuvre s'achève sur un rythme endiablé (6).

(1) Marc Vignal, Joseph Haydn, Fayard, 1988.
(2) Anthony Hodgson, The Music of Joseph Haydn, The symphonies, The Tantivy Press, 1976.
(3) La division des altos en deux pupitres est exceptionnelle dans la musique symphonique de Haydn de l'époque.
(4) http://haydn.aforumfree.com/generalites-f14/sturm-und-drang-orage-et-passions-t425.htm
(5) Il est demandé aux violonistes de baisser d'un ton leur corde sol avec la cheville correspondante, produisant ainsi un fa et avec la même cheville de rétablir progressivement un sol.
(6) En une simple phrase, Peter J. Pirie résume parfaitement l'essence même de la symphonie n° 60 (voir post précédent).
(7) http://haydn.aforumfree.com/les-symphonies-f1/symphonies-n-5-et-n-11-deux-symphonies-d-eglise-t335.htm#1646
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MessageSujet: Re: Symphonie n° 60 LE DISTRAIT   Jeu 21 Oct - 14:11

Quelles interprétations de la symphonie n° 60 Le Distrait préférez-vous?

En ce qui me concerne, j'ai écouté Antal Dorati et Adam Fischer et j'ai une légère préférence pour le premier nommé mais je ne suis emballé par aucune des deux.
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Benoît



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MessageSujet: Re: Symphonie n° 60 LE DISTRAIT   Jeu 21 Oct - 15:26

Sir Simon Rattle en premier lieu ! !
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Joachim



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MessageSujet: Re: Symphonie n° 60 LE DISTRAIT   Mer 5 Jan - 13:47

Je viens d'écouter cet enregistrement de trois symphonies dont l'origine est une musique de scène :



il y a :
la symphonie n° 50 (musique pour Der Götterrat, 1773),
la symphonie n° 12 (musique pour Acide, 1763)
la symphonie n° 60 (musique pour Il Distratto, 1774)

Je n'avais plus écouté ces symphonies depuis quelques années (manque de temps, trop de choses à écouter). Cette symphonie Le Distrait est vraiment très belle et attachante, et projette une ombre sur les deux autres symphonies, qui à côté d'elle, semblent beaucoup plus "pauvres". Pourtant la symphonie 50 est quasiment contemporaine.
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Symphonie n° 60 LE DISTRAIT   Jeu 13 Jan - 15:16

Merci Joachim de nous communiquer ce CD très intéressant.

Certes la Symphonie n° 60 en ut majeur Le Distrait est particulièrement séduisante mais c'est une musique de scène en sept mouvements à laquelle le thème de la pièce de Régnard confère une liberté exceptionnelle: Haydn se permet avec génie une fantaisie que le moule de la symphonie classique en quatre mouvements ne permet pas.

La symphonie n° 50 en ut majeur me plaît aussi beaucoup, particulièrement brève et enlevée, elle témoigne des qualités habituelles de son auteur: clarté, vivacité, joie de vivre, humour...

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MessageSujet: Re: Symphonie n° 60 LE DISTRAIT   Aujourd'hui à 17:15

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