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 Symphonie n° 67 Originalité!!

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Piero1809
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MessageSujet: Symphonie n° 67 Originalité!!   Lun 25 Oct - 12:14

Les symphonies n° 66 en si bémol, n° 67 en fa et 68 en si bémol de Joseph Haydn forment un trio homogène, elles ont un air de famille et des caractéristiques communes: pas d'introduction adagio; preéminence de la mélodie, caractère pastoral. La présence de deux bassons (en plus des deux hautbois, des deux cors, du quintette à cordes) jouant un rôle indépendant des basses permet de les dater toutes les trois en 1775.
Saint Foix, dans sa monumentale étude sur Wolfgang Mozart, a appelé "Triomphe de la Galanterie" la période correspondant à l'année 1775. Dès la fin de 1774, le jeune Wolfgang abandonne les genres "sérieux" de la symphonie et du quatuor à cordes pour se consacrer aux genres réputés plus légers du divertissements, sérénades, et concertos (1). Joseph Haydn n'échappe pas non plus à cette tendance. A partir de 1776, sa production symphonique devient moins abondante et ses symphonies sont plus chantantes. Parallèllement il se consacre bien plus activement à la composition d'opéras tous d'ailleurs remarquables. Bien que principalement axées sur la séduction mélodique, ces oeuvres sont aussi solidement architecturées et composées avec autant de rigueur qu'auparavant.

Le premier mouvement Presto 6/8 de la symphonie n° 67 en fa majeur s'ouvre par un thème de chasse d'une grande agilité suivi par une ritournelle qui brusquement module en ut mineur et prend un tour très dramatique. Le second thème bien individualisé ne contraste pas beaucoup avec le premier et maintient une ambiance aimable. Le développement est entièrement construit sur le premier thème. Ce dernier est exposé par les premiers violons avec un accompagnement des seconds violons et donne lieu à de belles modulations. On entend ensuite un magnifique canon entre les violons et les basses, ce canon se poursuit pendant tout une page et remplit merveilleusement l'espace sonore, les voix semblent surgir de partout. La réexposition est sensiblement modifiée du moins dans sa première partie. Une belle coda termine le mouvement avec des appels des cors renforçant le caractère cynégétique de ce mouvement. Alors que le presto final était le mouvement le plus original de la symphonie n° 66, et que l'adagio était le mouvement le plus intense dans la symphonie n° 68, c'est ce presto initial à la fois subtil et spirituel qui a ma préférence parmi les mouvements de la présente symphonie.

L'adagio en si bémol majeur 2/4 n'a peut-être pas l'intense originalité de celui en mi bémol de la symphonie n° 68 mais c'est quand même un morceau très agréable et remarquablement élaboré. Il est bâti sur un thème unique dont le début évoque fortement le prélude orchestral par lequel commence le troisième acte d'Armida, opera seria composé par Joseph Haydn en 1783, également cité par de nombreux auteurs à propos de l'adagio de la symphonie n° 68. Le développement de cet adagio est particulièrement reamarquable et consiste en un travail très modulé sur des éléments du thème principal. Durant un long moment on assiste à un canon très expressif entre les les premiers et les seconds violons suivi par des échos mystérieux entre les deux groupes de violons sans aucun support des autres instruments, passage étrange d'une grande nudité mais émouvant du fait d'admirables modulations. A la fin du mouvement Haydn demande aux cordes de jouer col legno dell'arco (avec le bois de l'archet)!

Après les menuets très développés de l'année 1774 (menuet de la symphonie n° 60 par exemple), les menuets des symphonies 66, 67 et 68 sont bien plus courts. Celui de la symphonie n° 67 est particulièrement charmeur et dansant. Le trio est un duo pour deux violons tous deux avec sourdines. Le premier violon joue uniquement sur la corde mi et grimpe dans les hauteurs tandis que la corde sol du second violon est accordée un ton plus bas, scordatura (désaccordé), et fournit ainsi une pédale de fa. La sonorité produite évoque une cornemuse.

Le finale Allegro di molto 2/4 débute comme une structure sonate à deux thèmes. Aux barres de reprises, à la place du développement, débute un adagio e cantabile 3/8 pour deux violons et violoncelle, fait exceptionnel dans une symphonie de Haydn (2). On a du mal à croire qu'avec si peu d'instruments il soit possible d'obtenir une sonorité si pleine et si chaleureuse; par sa sensualité, cet adagio évoque à Marc Vignal, un épisode de Cosi fan Tutte de Wolfgang Mozart (3,4). Quand les deux hautbois et le basson se joignent aux cordes pour reprendre le thème initial de l'adagio, la sonorité obtenue est un enchantement. Après cet adagio retour sur terre avec une reprise de l'allegro di molto. La coda consiste en un long trille du premier violon au dessus de poétiques échos des hautbois et des cors le tout pianissimo. Deux accords sabrés forte par tout l'orchestre mettent un point final à cette symphonie unique par son originalité.

(1) Georges de Saint Foix, W.A. Mozart, tome II, Le Jeune Maître, Desclée de Brouwer, 1937.
(2) Peter A. Brown The first Golden Age of the Viennese Symphonies, Indiana University Press, Indianapolis, 2002.
(3) Marc Vignal, Joseph Haydn, Fayard, 1988.
(4) Ce passage m'évoque plutôt le larghetto en la bémol majeur qui interrompt le finale du concerto pour piano en mi bémol majeur KV 482 de Mozart.


Dernière édition par Piero1809 le Sam 30 Oct - 9:59, édité 3 fois
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Symphonie n° 67 Originalité!!   Jeu 28 Oct - 20:55

Les interprétations d'Antal Dorati et d'Adam Fischer sont globalement excellentes.

Adam Fischer utilise souvent des solistes pour jouer un second thème ou le trio d'un menuet. Dans la symphonie n° 67, l'intermède lent du finale est joué par un trio à cordes comportant deux violons et un violoncelle. Je ne sais pas si une telle initiative marcherait au concert mais dans un enregistrement cela fonctionne à merveille.

Mais pourquoi Fischer s'obstine-t-il à cuivrer (1) ses cors dans le menuet joyeux et bon enfant de la symphonie n° 67, il s'imagine peut-être diriger la Mer de Debussy!


(1) Le corniste effectue un sforzando assez brutal donnant une sonorité metallique (le cuivre évidemment) et produisant un effet très dramatique.
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