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 Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)

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Piero1809
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MessageSujet: Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)   Mer 22 Déc - 19:13

La vie et l'oeuvre de Serge Prokofiev sont détaillés dans le lien suivant (1)

(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Sergueï_Prokofiev

Compositeur très prolifique, il exerce ses talents dans presque tous les genres musicaux: l'opéra, le ballet, des cantates, des oratorios, le poème symphonique, la musique de scène, la musique de film, les concertos pour divers instruments dont le piano, le violon et le violoncelle, la musique de chambre avec des sonates pour piano, des duos pour piano et violon, des quatuors à cordes...et surtout sept admirables symphonies. Il est avec Sibelius et Chostakovitch un des plus grands symphonistes du 20ème siècle.

Sa musique est généralement sombre et violente pendant son exil en occident mais jamais complètement dépourvue d'humour, ce dernier trait est rarement ravageur comme celui de Chostakovitch et pourrait constituer un trait d'union avec Joseph Haydn. Dès son retour en Russie devenue l'URSS, sa musique change, les angles s'arrondissent, les aspérités disparaissent , les dissonances sont moins sauvages. Cette évolution est déjà perceptible dans sa symphonie n° 5 que l'on peut considérer comme un de ses chefs-d'oeuvre.

Il décède en 1953 une heure avant Joseph Staline. On demanda à la famille de Prokofiev d'attendre six jours pour diffuser la nouvelle afin de ne pas perturber l'organisation des obsèques du dictateur.


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Piero1809
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MessageSujet: Re: Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)   Mer 22 Déc - 19:33

En 1939, Serge Prokofiev produit avec son ami de longue date Vsevolod Meyerhold (1), un opéra du nom de Semyon Kotko, dans lequel les Allemands sont représentés comme des barbares occupants l'Ukraine. Mais cet opéra ne plait pas du tout à Staline qui avait signé le pacte de non-agression avec Hitler en août. Vsevolod Meyerhold est alors arrêté et exécuté sur le champ. Il est vrai que Meyerhold était depuis quelques années dans le collimateur de Staline qui n'aimait pas son théâtre.

(1) Vsevolod Meyerhold, dramaturge et metteur en scène russe qui a mis au point la biomécanique, méthode d'entrainement révolutionnaire de l'acteur basée en grande partie sur une approche physique. http://fr.wikipedia.org/wiki/Vsevolod_Meyerhold
(2) Sources http://fr.wikipedia.org/wiki/Sergueï_Prokofiev
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MessageSujet: Symphonie n° 1 Classique   Sam 8 Jan - 22:14

La symphonie n° 1 en ré majeur Classique de Serge Prokofiev a été crée à Petrograd (Saint Petersbourg) en 1918. Cette symphonie, très clairement inspirée de celles de Joseph Haydn, avait une fonction pédagogique dans la mesure où elle visait à exposer aux étudiants du conservatoire les principes du classicisme. Elle comporte les quatre mouvements habituels à une différence près, le menuetto est remplacé par une gavotte. L'orchestre est celui des dernières symphonies de Haydn : le quintette à cordes, une flûte, deux hautbois, deux clarinettes,deux bassons, deux cors, deux trompettes et timbales.

Allegro. Structure sonate à deux thèmes, le premier très dynamique donnant aux flûtes un grand rôle et le second plus mélodique et très modulant, remarquable par d'amusants traits du basson. Le développement est construit sur les deux thèmes mais donne beaucoup d'importance au second. Les bois sont très sollicités.
Larghetto. Ce charmant morceau d'une grande délicatesse est doté d'un superbe chant du premier violon accompagné par un motif tout aussi mélodieux aux autres instruments. L'Intermède central est plus énergique mais les ombres n'ont pas le temps de s'installer car le magnifique chant du début reparaît. C'est le motif d'accompagnement qui conclut pianissimo ce mouvement.
Gavotta, Non troppo allegro. Alors que la première partie est chantée par les cordes, la partie centrale est jouée par les bois avec beaucoup de grâce. Ce mouvement est le plus "néoclassique" des quatre.
Molto Vivace. Il s'agit d'un mouvement perpétuel d'une vivacité et d'un humour vraiment dignes de Joseph Haydn même si aucun thème n'est emprunté au maître d'Eszterhazà!

Cette oeuvre charmante et légère est devenue, avec Pierre et le Loup, une des pièces les plus populaires de Prokofiev et certainement sa symphonie la plus souvent jouée.
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MessageSujet: Re: Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)   Mar 11 Jan - 11:48

Ecrite en 1924, la symphonie n° 2 en ré mineur est l'oeuvre la plus audacieuse et dissonante de Serguei Profofiev. Ce dernier l'avait d'ailleurs appelée la symphonie de Fer et d'Acier. Elle ne fut guère appréciée des auditeurs de l'époque et Prokofiev convint que se symphonie était trop complexe et que lui même avait du mal à en démêler les fils trop imbriqués (alors comment pouvait-on espérer que le public la comprenne!). En écrivant cette oeuvre il est possible que Prokofiev pensait au Sacre du Printemps de Strawinsky composé en 1913 et voulait montrer au public Parisien de quoi il était capable. En tout état de cause Prokofiev souhaitait réviser cette symphonie, tâche que la mort interrompit.

Premier mouvement Allegro ben articolato. Introduit par des notes répétées des trompettes fortissimo, le thème principal du mouvement est joué par les violons. Ce thème est assez longuement élaboré dans une orchestration compacte et agressive impliquant les trois trombones et le tuba ainsi que les percussions. Sans transition les cordes, relayées bientôt par le piano puis par les bois, attaquent le second thème. Un troisième thème, sorte de choral sinistre entonné par les gros cuivres puis par les cordes et les bois donne lieu à un canon très serré. Le développement utilise des éléments nouveaux et les combine aux thèmes de l'exposition, aboutissant à un climax d'intensité. La réexposition est régulière, on réentend successivement les trois thèmes de l'exposition et on atteint à la fin un paroxysme de violence avec des percussions déchaînées, mettant un point final à ce mouvement très dissonant et sans concession.

Second mouvement Andante. C'est un thème varié. Le thème d'une admirable beauté mélodique est fascinant. Il est présenté par le hautbois avec un accompagnement des clarinettes et ensuite repris par l'orchestre au complet.
Variation n° 1 L'Istesso tempo. Dans cette variation de tempo identique, le thème est bien reconnaissable aux basses dans un environnement plus polyphonique.
Variation n° 2 Allegro non troppo. D'une très grande virtuosité avec des arabesques des bois et des traits vertigineux des violons avec sourdines, le thème y est toujours reconnaissable. Les percussions et les cuivres sont très actifs dans la partie centrale, on note une formidable partie de timbales jouant des rythmes complexes.
Variation n°3 Allegro. On s'éloigne du thème, ce sont maintenant les bois et le piano qui ont le rôle principal.
Variation n° 4 Larghetto. On revient à un tempo très lent et dans une ambiance voisine de celle du début. Cette variation très émouvante, assez proche du thème initial, est confiée principalement aux bois, aux notes hautes du piano dans un esprit proche de la musique de chambre. On imagine facilement que dans sa révision projetée mais non réalisée Prokofiev aurait pu achever la variation 4 par la coda qui termine l'oeuvre et qui n'est qu'un rappel très abrégé du thème. Alors les variations 5 et 6 deviendraient deux mouvements à part entière selon le schéma suivant:

Troisième mouvement Allegro con brio. Il s'agit, à mon humble avis, d'un véritable scherzo dynamique et brillant aux multiples audaces orchestrales. Son caractère parodique et assez grinçant me semble proche des scherzos que Dmitri Chostakovitch écrira plus tard.

Quatrième mouvement Allegro moderato. On a ici un finale à part entière qui dépasse en noirceur et en sauvagerie le premier mouvement. On y retrouve des échos du thème de l'andante mais aussi des motifs du premier mouvement, notamment le choral aux gros cuivres. La fin est d'une violence inouïe: l'orchestre au complet joue des accords violemment dissonants tandis que les percussions assènent de terribles coups de boutoir dans une ambiance cataclysmique.

Il me semble que dans cette présentation en quatre mouvements à la place des deux mouvements prévus au départ par le compositeur, l'unité de l'oeuvre est plus clairement affirmée. De plus la coda qui, me semblait-il, n'avait pas grand chose à voir avec le terrible Allegro moderato qui précédait est bien mieux à sa place à la fin de la variation 4.

Toutefois si j'étais chef d'orchestre, je me garderais bien de réaliser en vrai ce montage car le principe de l'intangibilité de la création artistique est sacré!


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Joachim



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MessageSujet: Re: Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)   Mer 12 Jan - 14:41

Au sujet de la symphonie n° 1, Prokofiev, pourtant en pleine période moderniste, a tenu à faire revivre l'esprit des symphonies de Haydn à travers la structure des thèmes et le caractère général (sic);

Personnellement, outre la symphonie "classique", j'apprécie les symphonies de Prokofiev principalement à partir de la cinquième (ou la quatrième dans la seconde version), car les symphonies 2, 3 et 4 première version sont trop "modernes" pour moi.
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)   Ven 14 Jan - 11:05

Joachim a écrit:
Au sujet de la symphonie n° 1, Prokofiev, pourtant en pleine période moderniste, a tenu à faire revivre l'esprit des symphonies de Haydn à travers la structure des thèmes et le caractère général (sic);

C'est tout à fait exact. Prokofiev reste parfaitement crédible et ne perd pas une miette de sa personnalité dans ses oeuvres plus légères ou destinées au grand public. La critique des autorités soviétiques était d'autant plus injuste dans son cas.

Cela dit la symphonie Classique n'a pas grand chose à voir avec une symphonie de Haydn si ce n'est l'enveloppe. Par contre le contenu, c'est à dire les thèmes, ne me semble pas inspiré de Haydn, c'est du pur Prokofiev, ce qui est bien mieux ainsi!

Reste en commun chez les deux compositeurs: l'humour
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MessageSujet: Re: Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)   Sam 22 Jan - 12:48

La symphonie n° 3 en ut mineur opus 44 de Serguei Prokofiev fut écrite en 1928. La musique dérive en partie d'un opéra écrit l'année précédente: L'Ange de Feu et qui ne put être monté. Elle fut crée par Pierre Monteux à Paris en 1929 (1). L'effectif orchestral très important, comporte une impressionnante percussion. Elle est probablement la plus spectaculaire des symphonies de Prokofiev avec ses thèmes chaleureux et son orchestration étincelante.

Premier mouvement Moderato débute un peu comme la symphonie n° 2: une préface fortissimo violemment dissonante mais très rapidement le premier thème s'!mpose. Très lyrique il est chanté par les cordes et s'attarde longuement, on ne s'en plaint pas car ce thème est magnifique. La polytonalité de ce début ne fait qu'exalter ses potentialités. Le second thème est également très chantant et n'implique qu'une partie de l'orchestre. L'exposition se termine par un troisième thème très différent des précédents, pointilliste, quasi impressioniste, ce thème nous plonge momentanément dans une ambiance rappelant Sibelius. Le développement reprend ces éléments et y ajoute un thème nouveau clamé par les cuivres. Le développement se termine par une chevauchée sauvage avec force percussions. Lors de la réexposition, le premier thème devenu triomphal est clamé par tout l'orchestre, on entend ensuite un motif de quatre notes, sorte de choral qui rappelle la symphonie n° 2 puis d'impressionnants glissandos des deux harpes. La coda mystérieuse se déroule pianissimo, met en jeu les bois, les harpes, de furtives harmoniques des cordes et fait entendre des bribes des thèmes précédents.

Le second mouvement Andante en forme d'arche est basé essentiellement sur la séduction mélodique. Le thème principal très doux est exposé par les cordes et les bois. Suit un intermède assez développé à la sonorité magique: violons avec sourdines, glissandi des cordes, gazouillis des bois, une forêt enchantée? Quelques dissonances apportent un peu de trouble rapidement dissipée par le retour du thème initial qui clôt ce mouvement.

Avec le Scherzo Allegro agitato, on plonge dans un univers bien plus inquiétant. Un des thèmes principaux est visiblement issu d'un des thèmes du Moderato initial, on est littéralement subugué par les extraordinaires glissandos des cordes. Sachant que le quatuor n° 3 en ut dièze mineur de Bartok date de 1926, on peut se demander si Prokofiev ne s'en est pas inspiré (2). Après un trio pastoral, le démoniaque scherzo se termine avec le "choral" grinçant issu peut-être de la symphonie n° 2 (?).

La symphonie se termine comme la symphonie n° 2 dans un climat de violence (3). L'andante mosso initial est une sorte de marche funèbre grotesque dont Chostakovitch s'inspirera peut être quand quelques années plus tard il mettra en chantier le troisième mouvement de sa colossale symphonie n° 4 en ut mineur. De terribles coups de tam tam ponctuent inexorablement cette marche. Tout s'arrête brusquement et un intermède paisible apporte un court répit mais l'allegro moderato qui suit termine l'oeuvre dans un paroxysme de violence. Une cloche sonne à toute volée tandis que le thème initial est clamé fortissimo par les cordes et les cuivres mais presque submergé par le fracas assourdissant du tam tam.

(1) http://en.wikipedia.org/wiki/Symphony_No._3_(Prokofiev)
(2) Le quatuor n° 3 de Bartok est selon Harry Halbreich le plus novateur des six, il se distingue en particulier par ses glissandos aux quatre instruments.
(3) Il ne s'agit pas de la coda de la symphonie mais la terrible sixième et dernière variation que j'ai assimilé à un mouvement à part entière.
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MessageSujet: Re: Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)   Dim 23 Jan - 15:40

Composition de l'orchestre de la symphonie n° 3.

Les Percussions
Timbales, Grosse caisse, caisse claire, cymbales, tambourin, Tam-Tam (1), castagnettes, Cloches

Les cordes:
Violons I et II, altos, violoncelles, contrebasses, deux harpes

Les cuivres:
4 cors, trois trompettes, trois trombones, tuba.

Les bois:
Piccolo, deux flûtes, deux hautbois, cor anglais, deux clarinettes, clarinette basse, deux bassons, contrebasson.

(1) Grand disque de bronze (plus d'un mètre de diamètre) que l'on frappe avec un maillet
(2) Les instruments de Percussion sont visible dans le lien suivant:
http://artsalive.ca/fr/mus/instrumentlab/percussions.html
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MessageSujet: Re: Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)   Ven 28 Jan - 11:30

Prokofiev ne compose pas seulement de la musique consonante et mélodieuse à partir de son installation en URSS en 1936. Bien avant, la tentation néoclassique ne l'abandonne jamais. C'est bien le cas quand en 1929 il écrit sa symphonie n° 4 que l'on classe souvent à tort parmi les symphonies avant-gardistes (n° 2 et n° 3). La symphonie n° 4 première mouture (il y en aura une seconde en 1947) est l'oeuvre la plus agréable et facile qu'on puisse imaginer et s'apparente bien plus à la symphonie n° 1 dite classique qu'à toutes les autres symphonies de son auteur. Nous verrons cela plus en détail très prochainement.


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MessageSujet: Symphonie n° 4   Sam 29 Jan - 19:34

La symphonie n° 4 en ut majeur opus 47 a été composée en 1929. Comme la symphonie précédente son matériel thématique provient d'un ballet, l'Enfant Prodigue, composé en parallèle. Très concise, moins de 25 minutes, cette symphonie consiste en une suite de tableaux animés, souvent très voisins du ballet originel. L'oeuvre fut crée en 1930 à Boston et fut fraichement accueillie, le public lui reprochant un "air de déjà entendu" (1).

En 1947 Serguei Prokofiev, alors installé en URSS, confiant dans les potentialités de l'oeuvre, souhaita la remanier. Les modifications furent si importantes qu'il composa en fait une oeuvre nouvelle que nous examinerons plus tard sous le nom de symphonie opus 112.

Malgré le sujet biblique traité dans le ballet, la symphonie n° 4 n'a aucun caractère religieux, elle se compose en alternance de thèmes bucoliques et de passages sarcastiques ou humoristiques. A mon humble avis, il y a également des passages où Joseph Haydn n'est pas loin.

Le premier mouvement débute par une introduction andante avec un thème magnifique, calme mais chaleureux. Il cède la place à un allegro eroïco dont le thème principal est caractéristique par son rythme pointé de marche très entrainant. On peut voir dans cet allegro une structure sonate à deux thèmes, mais les thèmes sont si clairement organisés en épisodes que l'on peut aussi considérer cet allegro comme une suite de tableaux. Après la marche héroïque du premier tableau, suit un passage pastoral, magnifique solo de flûte puis de clarinette. Le troisième épisode peut être appelé développement mais repose sur des thèmes nouveaux. Il débute par un dialogue grotesque entre les contrebasses, le tuba et la grosse caisse et se poursuit dans un passage assez véhément des cordes, bientôt appuyées par les cuivres et les timbales. La marche héroïque reparaît plus brillante que jamais et l'intermède pastoral dans lequel un hautbois remplace la flûte est encore plus évocateur. Le thème Héroïque conclut le mouvement dans un ut majeur éclatant.

Le second mouvement Andante tranquillo est centré sur la beauté mélodique. On peut le considérer comme un rondo de structure A B C B A1 B1 A2 A3 avec A = refrain. Le thème A s'apparente à celui de l'introduction, il est d'abord chanté par la flûte et s'élève au dessus d'un socle très harmonieux des bois et des cordes. Le couplet B est confié aux cordes graves, l'intermède C est confié à la clarinette. La thème A gagne en pouvoir expressif au fur et à mesure de ses apparitions, il est présenté en canon (A1), sous forme d'un grand tuttti orchestral très intense (A2) et s'éteint tout doucement lors de la coda (A3).

Le troisième mouvement très court (trois minutes) est un scherzo Moderato allegretto. Très dansant (sautillant même comme souvent chez Prokofiev) et en même temps parodique, il provient directement du ballet sans changement important. L'orchestration discrète mais raffinée fait la part belle aux bois: flûtes, hautbois, clarinette et bassons qui nous émerveillent par leurs roulades et leurs traits espiègles.

Dans le quatrième mouvement Allegro risoluto, nous retrouvons l'énergie du début. C'est également un rondo dans lequel un refrain assez développé encadre trois courts intermèdes. Le refrain, un thème joyeux, est joué d'abord par les violoncelles, puis continué par les flûtes, le tuba, et enfin les trombones. Le premier intermède andantino est plus calme. Le refrain est repris par la flûte, les violons, les hautbois, la clarinette, le basson. Un nouvel intermède, très chantant au début, est joué par les violoncelles puis les violons avec un accompagnement de pizzicatos. Nouvel intermède bucolique aux bois puis aux violons. Lors du dernier retour du refrain aux trombones, aux trompettes, et aux cordes pizzicato, on remarque particulièrement le spectaculaire jeu des timbales, Un dernier énoncé lapidaire du refrain termine brillamment l'oeuvre..

(1) http://www.allmusic.com/work/symphony-no-4-in-c-major-op-47-first-version-c34616/description


Dernière édition par Piero1809 le Mar 1 Fév - 0:49, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)   Dim 30 Jan - 16:22

Comme Jan Sibelius, autre très grand symphoniste, Serguei Prokofiev a écrit sept magnifiques symphonies (huit si on compte séparément la 2ème mouture de la symphonie n° 4 opus 112).

Si la perfection caractérise les sept symphonies de Sibélius longuement méditées et souvent remises sur le métier, les sept symphonies de Prokofiev me semblent plus inégales. Une parmi elles me semble dominer par la carrure, l'inventivité, la profondeur et l'unité toutes les autres, il s'agit évidemment de la symphonie n° 5 en si bémol majeur.
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MessageSujet: Re: Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)   Jeu 10 Fév - 10:26

La symphonie n° 5 en si bémol majeur opus 100 a été composée par Serguei Prokofiev en 1944 en pleine guerre. Elle fut crée au début de l'année 1945 à Moscou et fut accueillie avec chaleur. Son succès passa rapidement les frontières de l'URSS et ne s'est jamais démenti. Du fait de ses vastes dimensions, de son caractère épique, de la beauté de ses thèmes et de l'ampleur de ses développements, cette symphonie est probablement la plus connue et la plus souvent jouée des sept symphonies de Prokofiev. Elle est écrite pour un grand orchestre (1) comportant une généreuse percussion. On note aussi la présence d'un piano qui joue un rôle important dans toute la partition.

Le premier mouvement Andante débute tout doucement avec un très beau thème joué par le basson puis la flûte. Ce thème est répété plusieurs fois dans des tonalités très différentes et, au terme d'un grand crescendo, met en jeu tout l'orchestre. Le second groupe de thèmes comporte trois motifs bien distincts, un premier motif mélodieux chanté par le hautbois, un second motif très énergique consistant en un rythme pointé joué par les violons et les trompettes et un troisième motif consistant en notes répétées des violons entrecoupées par des accords assez sinistres des cuivres et des coups de timbales. Le développement va brasser tous ses thèmes. D'abord le premier thème sera combiné avec le motif "sinistre" et enfin ce dernier motif alternera avec le premier motif du second groupe de thèmes. La réexposition très classique présente tous les thèmes dans le même ordre et avec peu de changements. La coda non seulement résume le mouvement mais véritablement le transcende. Basée essentiellement sur le thème initial, elle révèle en ce dernier des ressources toutes nouvelles et lui confère une incroyable puissance. L'orchestre est maintenant au complet, les roulements de grosse caisse, les formidables coups de tam-tam (2), les glissandos du piano et de la harpe, triple forte, forment un extraordinaire soubassement au thème principal, clamé par les cuivres toutes forces déployées. Je ne connais rien de plus grandiose dans toute la musique!

Le scherzo, allegro marcato, en ré mineur commence par un thème narquois et bondissant joué par la clarinette, le piano, le hautbois et le basson. On notera dans ce scherzo le rôle très important de la percussion, caisse claire, cymbales, blocs de bois, piano etc...Des rythmes sauvages parcourent ce mouvement qui présente, à mon humble avis une ressemblance nette avec le scherzo, schattenhaft (fantomatique), troisième mouvement de la symphonie n° 7 de Mahler....Compte tenu du contexte dramatique de cette symphonie, il est probable que Prokofiev n'avait pas le coeur à plaisanter et en effet ce scherzo a un caractère vraiment grinçant. Le trio n'apporte aucun répit, les rythmes sont encore plus marqués et m'évoquent très nettement le jazz. Le retour du scherzo s'accompagne d'une refonte en profondeur du contenu musical qui devient encore plus pessimiste et fantomatique, on est bien au royaume des ombres.

L'Adagio en fa majeur est en forme d'arche. Il débute avec un thème doux chanté par la flûte puis par les violons, le discours s'anime avec un rôle important du piano et de la caisse claire. Une partie centrale (analogue au minore des symphonies Londoniennes de Joseph Haydn) est très dramatique et a même un caractère funèbre. Par trois fois des harmonies déchirantes parcourent ce passage avec chaque fois une intensité accrue. Le retour du thème du début s'effectue sans grands changements. Une coda véritablement sublime consistant en gammes chromatiques mystérieuses des violoncelles et des altos dans l'aigu, tenues des violons et des bois dans les hauteurs les plus éthérées, arpèges du piano, de la harpe et de la clarinette. C'est ce dernier instrument qui met un point final a cet adagio.

Le finale Allegro giocoso est un rondo. Le refrain commence un peu comme le début de Till l'Espiègle de Richard Strauss mais c'est une clarinette joyeuse qui s'élance sur les tenues des cors et les battements de la caisse claire, le premier couplet d'abord très calme est confié à la flûte puis à la clarinette, retour du refrain encore plus dynamique, un peu écourté, le second couplet consiste aussi en un chant doux joué par les bois, puis les violoncelles, le tuba, et les cors, il s'anime à la façon d'un développement; le refrain donne toujours à la clarinette le rôle principal, il est suivi par un retour du premier couplet. Le refrain fait alors sa dernière apparition et s'articule sur une coda débridée. L'orchestre est au complet et la percussion déchainée, les roulades stridentes des flûtes et du piano, les gros cuivres qui clament le thème, les sonorités brutales et acides évoquent quelque fête barbare.


(1) http://en.wikipedia.org/wiki/Symphony_No._5_(Prokofiev)
(2) Cette intervention du tam-tam est vraiment tétanisante!
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MessageSujet: Re: Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)   Dim 13 Fév - 12:26

J'écoute maintenant la symphonie n° 6 en mi bémol mineur (six bémols à la clé).
Après la vigueur athlétique de la cinquième, le contraste est saisissant, Prokofiev m'apparaît en pleine déprime!
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MessageSujet: Re: Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)   Jeu 17 Fév - 15:32

La sixième symphonie en mi bémol mineur opus 111 de Serge Prokofiev est peut-être la plus sombre parmi ses sept (8?) symphonies. Ecrite en 1947, elle évoque, selon le compositeur, les sequelles douloureuses de la dernière guerre. Elle se compose de trois mouvements de vastes proportions. Son instrumentation est identique à celle de la symphonie n° 5 avec le célesta en plus (1). Elle n'a pas le charme immédiat de la cinquième symphonie et est d'un abord assez intimidant. Elle s'avère à l'usage comme une des oeuvres les plus personnelles que Prokofiev ait écrites.

Le premier mouvement allegro moderato en mi bémol mineur adopte la forme d'un rondo de formule A B A C A A' B C A coda. Après une introduction par les cuivres (comme dans la symphonie n° 2), le refrain (A) se compose d'un thème, sorte de thrénodie, exposé par les violons puis par les hautbois chaque fois à découvert. Tout ce début frappe par sa nudité. Le couplet B consiste en un thème magnifique de caractère mélancolique exposé par le hautbois à découvert et repris par les cordes à l'unisson. L'écriture est constamment monodique. On pense à la symphonie n° 6 en ré mineur de Sibelius. Le couplet C est plus animé et est basé sur un thème nouveau, sorte de marche lente à caractère folklorique, me semble-t-il. Le couplet A' est un vaste développement sur le thème principal du refrain. La polyphonie règne maintenant et tout cet épisode, scandé par les blocs de bois, évoque un douloureux combat. Après un dernier retour du refrain la coda, impressionnante, consiste en notes tenues par les cuivres piano de caractère funèbre. Le dernier accord toutefois en mi bémol majeur laisse entrevoir un peu d'espoir.

Le Largo en la bémol majeur est un des mouvements lents les plus profonds des symphonies de Prokofiev. Il débute par une explosion dramatique tirant son origine du développement du précédent mouvement. Un très beau thème est exposé fortissimo par les violons dans une ambiance passionnée. Cet épisode atteint un climax expressif. Une première variation reprend le thème piano dans un climat plus serein, les violons ont toujours le rôle principal. On peut considérer l'épisode suivant comme une nouvelle variation, très véhémente, dans laquelle les percussions et notamment les timbales ont un rôle très important. Une nouvelle section de caractère essentiellement mélodique,donne la primeur aux quatre cors et également les bois, le piano, la harpe et le célesta. Ces deux derniers instruments, associés aux quatre cors, produisent des sonorités très séduisantes. Une nouvelle variation reprend le thème inchangé aux violons avec sourdine, le sentiment enfle et devient de plus en plus passionné et aboutit à l'explosion dramatique, fortissimo, du début du largo. Tout se calme et ce mouvenent en forme d'arche se termine mystérieusement par quelques notes égrenées par la harpe et le célesta.

Le finale, Vivace en mi bémol majeur, est également un rondo A B A A' B A" Coda. Le refrain (A) débute par un thème léger et joyeux qui s'élance aux violon puis à la clarinette, ponctué par un rythme incisif des timbales. Le premier couplet (B) donne la primeur à un thème brillant de caractère populaire accompagné par les contretemps des violons. Le second couplet est une sorte de développement sur le thème du refrain. Il est suivi d'un retour du premier couplet avec en prime le thème populaire clamé par les quatre cors. Les deux thèmes refrain et couplet sont maintenant combinés habilement. Tout s'arrête et un chant désolé du basson à découvert introduit une dernière section ou coda. Un des thèmes du premier mouvement reparaît aux hautbois à découvert, ponctué par quelques accords du piano. Une plainte des hautbois, tout seuls, précède une explosion dramatique violemment dissonante, c'est enfin le rythme des timbales du début, devenu effrayant et brutal, qui clôt le mouvement dans un ambiance de catastrophe.

(1) Instrumentation voir http://en.wikipedia.org/wiki/Symphony_No._6_(Prokofiev)



Dernière édition par Piero1809 le Lun 21 Fév - 20:25, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)   Ven 18 Fév - 22:47

Je suis très impressionné par cette conclusion de la symphonie n° 6 qui se termine dans un climat de violence comme les symphonies "avant-gardistes" que sont les n° 2 en ré mineur (variation n° 6 assimilée à un finale par moi-même) et n° 3 en ut mineur.

La symphonie n° 6 en mi bémol mineur est en écoute libre sur MusicMe
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MessageSujet: Re: Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)   Mar 22 Fév - 11:23

La symphonie n° 7 en ut dièze mineur fut terminée en 1952, un an avant la mort de Serge Prokofiev. Elle ne fut pas jouée de son vivant. Pour échapper aux critiques et aux censures des autorités, Prokofiev souhaita composer une symphonie plus abordable au grand public. Il y incorpora notamment des chants populaires. Un esprit didactique se manifeste également dans la présence de très nombreux solos instrumentaux destinés à faire reconnaître leur sonorité. L'effectif instrumental est à peu près le même que dans les symphonies précédentes. Le contrebasson et le célesta ont disparu mais un glockenspiel et un xylophone font leur apparition.
Cette symphonie est d'un abord aimable, les thèmes sont particulièrement chantants, l'orchestration scintillante et les développements concis.

Comme dans la symphonie n° 4 le premier mouvement Moderato est une suite de tableaux colorés. Le premier thème en ut dièze mineur joué par les violons est mélancolique et évoque un paysage hivernal. Le second thème dans le mode majeur illustrerait bien une superproduction cinématographique décrivant un paysage grandiose, c'est un superbe chant des violoncelles repris ensuite par les violons. Le troisième thème confié au glockenspiel est très pittoresque et termine l'exposition. Le développement n'en est pas un vraiment car il n'y a aucune élaboration thématique, les trois thèmes vont défiler dans l'ordre de leur arrivée mais cette fois habillés d'un accompagnement somptueux. Après une réexposition voisine de l'exposition la coda donne de l'importance au thème initial qui hésite entre le modes majeurs et mineurs. Un accord d'ut dièze mineur met un terme à ce mouvement.

Le scherzo allegretto est une charmante valse à l'orchestration très délicate. Après un trio dans un tempo plus modéré et au rythme de marche, la seconde apparition de la valse est profondément modifiée et contient une bonne dose d'humour assez décapant.

A la première audition de l'andante, on se dit que l'on connaît ce morceau depuis longtemps. En fait il est bâti sur des thèmes populaires russes qui auraient pu servir déjà dans des oeuvres antérieures de Prokofiev ou d'autres compositeurs. Les thèmes sont absolument magnifiques et évoquent quelque féérie hivernale. Formellement ce morceau me semble être une suite de variations sur un thème populaire mettant en valeur divers instruments: violoncelles, cor anglais, harpe, interrompues par un intermède dans lequel figure un thème nouveau. Ce dernier est joué par un xylophone apportant une touche pittoresque.

Le Finale Vivace, un rondo A B A' C, débute sur le mode burlesque avec un thème de galop joué par les violons puis par une clarinette (refrain A) qui illustrerait bien une fête hippique. Le couplet B assez courts présentent un thème nouveau, une parodie de marche militaire. Le troisième retour du refrain A'' se traduit par un développement sur le thème "hippique" avec un humour de plus en plus corrosif. Tout s'arrête et on réentend le second thème grandiose du premier mouvement clamé par tout l'orchestre. La fin du mouvement est extraordinaire: le xylophone joue un motif obstiné tandis que tous les autres instruments unis à la manière d'un choeur répètent un motif, hésitant constamment ente le mode mineur et le mode majeur. Cette conclusion très ambiguë dut impressionner Dmitri Chostakovitch dont la symphonie n° 15 composée en 1969 se termine de manière très voisine.
Pensant que cette conclusion pessimiste ne plairait pas aux autorités et souhaitant concourir pour le prix Staline, Prokofiev remania ce mouvement pour lui donner une fin heureuse.Toutefois peu de temps avant de mourir il demanda que le quatrième mouvement originel soit préféré (1).

(1) http://en.wikipedia.org/wiki/Symphony_No._7_(Prokofiev)
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MessageSujet: Re: Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)   Mer 23 Fév - 19:10

Nous te devons, Piero, de grands remerciements pour cette présentation des 7 symphonies de Prokofiev, présentation qui m'a donné envie de les réécouter à la suite. Et je me rends compte que même avec l'âge, je n'ai pas évolué sur mes préférences : en effet, ce sont toujours les trois dernières qui me passionnent le plus, les autres - la première mise à part - étant trop "modernes" pour mon goût.
Néanmoins, auparavant, la cinquième était celle que je plaçais en premier, alors que maintenant ce serait les 7, 5 et 6.
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MessageSujet: Re: Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)   Ven 25 Fév - 22:14

Merci Joachim pour tes commentaires. J'ai pris beaucoup de plaisir à parler de ces symphonies. Après les avoir écoutées toutes plusieurs fois, j'hésite pour faire un classement. Elles sont tellement différentes que les critères (beauté mélodique, émotion, potentiel dramatique, orchestration, audace harmonique...) ne s'appliquent pas à toutes les symphonies de la même façon.

Il me semble toutefois que la symphonie n° 5 est la plus équilibrée, la plus solidement architecturée, celle où l'on trouve une unité quasi parfaite. Elle possède certainement et de très loin le plus grandiose premier mouvement de la série et un andante très profond (moins cependant que l'adagio de la sixième).

La symphonie n° 3 est très spectaculaire. Parmi ses quatre très beau mouvements, j'ai une préférence pour le finale dont l'orchestration brutale, sans concessions, illustre bien la période moderniste du compositeur.

La symphonie n° 6 est moins spectaculaire que d'autres mais me semble très profonde. Elle possède, à mon avis, le plus bel adagio de la série.

Les symphonies n° 4 et 7 me semblent voisines d'esprit, suite de tableaux colorés, pittoresques, elles sont très agréables à écouter mais un peu faciles.

La symphonie n°2 possède un caractère expérimental qui la rend difficile d'accès. J'ai été subjugué par la puissance du premier mouvement, la beauté du thème de son adagio et la hardiesse de certaines variations.

La symphonie n° 1 est à mettre à part. C'est une petite merveille. cat
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MessageSujet: Re: Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)   Sam 12 Mar - 21:55

Le concerto pour piano en ut majeur opus 26 fut crée à Chicago en 1921 et accueilli favorablement. Depuis son succès ne s'est pas démenti et c'est le plus souvent joué des cinq concertos pour piano de Serguei Prokofiev. Composé peu de temps après la symphonie n° 1 Classique, il est remarquable par l'alternance au piano de passages très mélodieux et d'intermèdes athlétiques demandant une grande virtuosité.

Le premier mouvement est partagé entre un andante basé sur un thème populaire russe nostalgique joué au tout début par la clarinette et un mouvement rapide allegro con brio en forme de toccata très dynamique.

Le mouvement lent en ré mineur andantino con variazioni est, comme son nom l'indique, une série de variations sur un charmant thème de gavotte joué d'abord par la flûte. Dans La première variation, le piano reprend le thème en l'ornementant. La seconde variation le tempo s'accélère, allegro, alors que le thème est repris fortissimo par la trompette de manière assez parodique. La troisième variation allegro molto est confiée principalement au piano. La quatrième variation rêveuse est jouée par le piano avec un magnifique accompagnement des cors. Dans la dernière variation, allegro giusto, l'orchestre et le piano à l'unisson reprennent le thème de manière obstinée, ostinato, et passablement frénétique. Ce passage obsédant met en jeu l'orchestre au complet et constitue le climax du mouvement. Le thème peu modifié reparaît à la fin aux bois et aux cordes tandis que le piano dessine des arabesques. La coda est très douce et poétique.

Le finale allegro ma non troppo débute avec un thème aux bassons et aux cordes. Tout ce début a un caractère moqueur typique de Prokofiev. S'épanouit ensuite un vaste intermède central andante. Un thème magnifique est exposé par l'orchestre, le piano répond par des sortes de fusées ascendantes. Le thème est repris par l'orchestre et cette fois accompagné par les arabesques somptueuses du piano qui enlacent la ligne mélodique dessinée par les cordes puis les bois. Le retour du thème goguenard du début s'accompagne d'une course effrénée du piano d'une très grande difficulté technique. Le mouvement s'achève brillamment par un accord parfait d'ut majeur.

L'humour est constamment présent dans cette oeuvre qui de ce fait est souvent proche de Joseph Haydn. Françis Poulenc, un autre compositeur maniant souvent l'humour, admirait ce concerto et on retrouve son influence dans l'oeuvre pour piano du musicien français.
cat
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MessageSujet: Re: Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)   Ven 13 Mai - 11:29

Je trouve également que ce concerto opus 26 - le troisième de ses cinq concertos pour piano - a une réputation qui n'est pas usurpée. C'est aussi mon préféré, quoique j'aime aussi beaucoup le premier concerto en ré bémol majeur opus 10. Composé en 1912, il est très court (14 à 15 minutes) et comporte un seul mouvement, avec néanmoins plusieurs parties internes, un peu comme le 2ème concerto de Liszt. A noter une particularité : il commence et finit sur un même thème quelque peu tourmenté.
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MessageSujet: Re: Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)   Dim 29 Avr - 9:10

On peut écouter et voir sur medici.tv:

Moscow Easter Festival- Grande Salle du Conservatoire de Moscou

Pour le onzième anniversaire du Festival de Pâques de Moscou, l'Orchestre du Théâtre Mariinsky et Valery Gergiev consacrent 4 concerts à Prokofiev:

http://fr.medici.tv/#!/valery-gergiev-sergei-prokofiev-mariinsky-conservatory-moscow

On peut écouter un chef prestigieux, des solistes d'exception interpréter les 7 symphonies, 4 parmi les grands concertos, des larges extraits des ballets les plus célèbres.

Un régal
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MessageSujet: Re: Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)   Jeu 3 Mai - 8:45

Parmi les concerts du Easter Moscow Festival, je recommande particulièrement le premier avec au programme:

La symphonie n° 1 en ré majeur Classique qu'on ne présente plus
Le concerto pour piano n° 1 en ré bémol majeur (soliste Danil Trifonov) dont Joachim nous a déjà dit un mot
L'apothéose c'est la symphonie n° 5 en si bémol majeur qui sous la baguette de Valery Gergiev prend des dimensions épiques dans son premier mouvement, sarcastiques dans son éblouissant scherzo et humoristique dans son finale. L'adagio est extrêmement émouvant, une des meilleures version que j'ai écoutées.

http://fr.medici.tv/#!/valery-gergiev-daniil-trifonov-sergei-prokofiev-mariinsky-moscow
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MessageSujet: Re: Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)   Sam 5 Mai - 10:26

J'aime chez Prokofiev, la variété des styles et des registres de ses oeuvres: tantôt le modernisme d'avant garde (symphonie n° 2), un humour débridé (scherzo de la symphonie n° 5), les couleurs brillantes de ses ballets ou le classicisme quasi haydnien de la symphonie n° 1. Une invention mélodique superlative règne en outre dans toutes ces musiques.
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MessageSujet: Re: Sergueï PROKOFIEV (1891-1953)   Aujourd'hui à 10:41

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