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 HAYDN ET L'OPERA ITALIEN

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Piero1809
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MessageSujet: HAYDN ET L'OPERA ITALIEN   Jeu 3 Juil - 10:10

A partir de 1776, l'opéra d'Eszterhàza devint un grand centre culturel lorsque sa direction musicale fut confiée à Joseph Haydn par le prince Nicolas le Magnifique. Marc Vignal (J.Haydn, Fayard, 1988) rapporte qu’entre 1780 et 1790 (date de la mort de Nicolas), Haydn dirigea un total de 1026 représentations de 73 operas de 25 compositeurs soit un panel complet des principaux compositeurs italiens de son temps (1).

Parmi les compositeurs d'opéras au répertoire de Haydn,  on trouve des musiciens aujourd’hui
-célèbres tels que Domenico Cimarosa, Giovanni Paisiello, Tommaso Traetta, Antonio Salieri, Niccolo Piccinni...
-d’autres moins connus mais encore joués tels que Pasquale Anfossi, Giuseppe Sarti, Vincenzo Righini, Vicent Martin i Soler, Ferdinando Bertoni, Antonio Sacchini...
-et enfin des musiciens presque totalement oubliés tels que Francesco Bianchi, Luigi Bologna, Pietro Guglielmi, Vincenzo Fabrizi, Alessio Prati, Niccolo Zingarelli, Gennaro Astaritta, Luigi Caruso etc.

Cimarosa est le compositeur le plus joué à Eszterhàza avec pas moins de treize opéras différents représentés.
Par contre le plus grand nombre de représentations est pour Pasquale Anfossi avec 184 spectacles pour dix oeuvres (1).

J. Haydn contribua à enrichir ce répertoire en composant treize opéras italiens, tous admirables et dont certains sont des chefs-d’oeuvre (La Vera Costanza, La Fedelta Premiata, Armida...). Grâce à l’action de certaines compagnies (les Talens Lyriques...) et de certains labels (Bongiovanni...), une partie du répertoire d'Eszterhazà est maintenant disponible et il est possible de réunir une collection d’une centaine de titres. Il s’agit là d’un véritable trésor musical.

Parmi les sommets du répertoire d’Eszterhaza: L’Amor Contrastato o La Molinara de Paisiello, une étincelante comédie, Giulio Sabino de Sarti, un peplum palpitant, La Cecchina de Piccinni, une comédie larmoyante révélant une sensibilité toute nouvelle, Axur Re d’Ormus de Salieri, un drame lyrique, chanté en italien, d’un modernisme époustouflant (on pense parfois à Verdi), issu d'une tragédie lyrique Tarare etc...

Le terme de Directeur Musical me semble approprié pour qualifier la responsabilité de J. Haydn (2). Si le choix des oeuvres semble en partie incomber au Prince Nicolas ainsi qu'à un employé chargé de collecter en Italie les nouveautés, la contribution de Haydn est de reconstituer si nécessaire la partition, de la réviser de fonds en comble, de supprimer les morceaux qui ne lui conviennent pas et d'en composer de nouveaux pour les remplacer: c'est le cas des airs avec clarinette obligée, instrument absent à Eszterhàza et c'est également le cas des airs destinés à Luigia Polzelli (1) dont les capacités vocales étaient limitées (elle devait certainement avoir une jolie voix mais d'amplitude moyenne). Enfin Haydn fait répéter et dirige l'opéra à toutes les représentations.

Il est clair que cette activité écrasante pour laquelle il fallait une santé de fer, se faisait au détriment de la composition de ses propres oeuvres. Cela n'a pas empêché Haydn de composer avec la fécondité que l'on sait. A titre d'exemple, les symphonies Parisiennes furent terminées en 1786, année pendant laquelle il y eut plus de cent représentations d'opéras à Eszterhàza.

(1) Marc Vignal, Joseph Haydn, Fayard, 1988.
(2) Officiellement Maître de Chapelle de l'opéra d'Eszterhazà.


Dernière édition par Piero1809 le Jeu 11 Sep - 10:33, édité 7 fois
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MessageSujet: Re: HAYDN ET L'OPERA ITALIEN   Mer 1 Oct - 12:17

Depuis une dizaine d'années, je tâche de rassembler dans une collection le répertoire d'Eszterhaza, c'est à dire les opéras italiens montés et dirigés par Joseph Haydn à Eszterhazà entre 1775 et 1790. En ce qui concerne Domenico Cimarosa j'ai pu accumuler plusieurs opéras montés par Haydn: L'Italiana in Londra (1779), Il Pittore Parigino (1780), Gianina e Bernardone (1780), I due Baroni di Rocca Azzurra (1783), Il Marito Disperato (1785), Il Credulo (1786), Il Impresario in Angustie (1786).

Il Falegname (Le Menuisier) (1781), Il Sposo senza Moglie (1784), Chi dell'altrui si veste, presto si spoglia (1783), autres opéras de Cimarosa montés par Haydn, n'ont toujours pas été représentés de nos jours, et donc ne sont malheureusement pas disponibles.
J'épargne aux colistiers l'énumération des opéras de Paisiello représentés à Eszterhaza et présents dans ma collection.

Le but est d'évoquer très modestement cette période (Haydn directeur musical de l'opéra d'Eszterhaza, 1775-1790), unique dans l'histoire de la musique et qui mériterait qu'un cinéaste inspiré la mette en scène.
L'audition des opéras dirigés par Haydn est très instructive. En écoutant Giulio Sabino de Giuseppe Sarti, j'ai pu constater que Haydn avait repris très exactement le plan de cet opéra seria pour son Armida. Je ne sais pas si cette observation figure dans la littérature.

Pourquoi Haydn, après avoir composé une douzaine d'opéras italiens tous superbes, cesse d'écrire pour Nicolas le Magnifique? La même question a été posée dans le cas de Haendel qui brusquement cessa de composer des opéras italiens mais dans ce cas des éléments de réponse ont été donnés.

Certains avancent que Haydn ne voulait pas marcher sur les plates bandes de Mozart. Cette affirmation ne tient pas la route car Haydn cessa de composer des opéras pour Eszterhazà en 1784 immédiatement après la création d'Armida, qui soit dit en passant connut un grand succès avec 54 représentations, bien avant que Mozart entreprenne les Noces de Figaro (1786). De plus, Haydn  avait une très haute idée de la valeur de ses opéras. A propos d'Armida, il déclare à Artaria qu'il considérait cet opéra comme sa meilleure oeuvre. Marc Vignal a écrit un long paragraphe sur la question (1).

Je me risque à faire l'hypothèse fantaisiste suivante, inspirée de la lecture du livre de M.Vignal (1):

Nicolas aurait effectué en privé ou en public une comparaison en faveur d'un des opéras d'un petit maître italien et en défaveur de ceux de Haydn. Ce dernier aurait été cruellement blessé dans son orgueil et on peut le comprendre car "il n'y a pas photo", musicalement parlant, entre les immortels chef-d'oeuvres de Haydn (Armida en tête) et une grande partie des opéras de ses contemporains qu'il eut l'occasion de mettre en scène et que l'on tire actuellement de l'oubli.

Une connaissance bien plus approfondie du répertoire d'Eszterhaza, tâche passionnante, permettra peut-être d'obtenir quelques éléments de réponse à la question posée.

(1) Marc Vignal, Joseph Haydn, Fayard, 1988


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MessageSujet: Re: HAYDN ET L'OPERA ITALIEN   Jeu 2 Oct - 0:43

Pouvoir écouter les opéras représentés à Esterhaza est évidemment un excellent moyen de se plonger dans l'atmosphère artistique et musicale qui entourait Haydn à cette époque. Pour ma part je serais très intéressé par la liste des opéras de Paisiello représentés à cette époque (j'ai actuellement le Barbier, Pulcinella vendicato, L'astrologi Imaginari, La dauna Felice et je trouve que c'est une musique assez géniale, une vraie découverte de cette année, mais je ne sais pas si ils ont été représentés à Esterhaza. Je n'ai malheureusement pas encore réussi à me procurer La Molinara).
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MessageSujet: Re: HAYDN ET L'OPERA ITALIEN   Jeu 2 Oct - 19:34

La Frascatana (1775), Gli astrologi immaginarii (1779), Le Barbier de Séville (1782), Le Gare generose (1786), La Molinara (1788) furent montés à Eszterhazà. Il Re Teodoro in Venezia (1784) était dans les cartons de Haydn quand la mort de Nicolas II interrompit le processus de mise en scène. C'est peut-être le chef-d'oeuvre de Paisiello, un compositeur que j'adore même si je place Cimarosa légèrement au dessus.


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MessageSujet: Re: HAYDN ET L'OPERA ITALIEN   Jeu 2 Oct - 21:05

Pour ma part, je préfère Paisiello à Cimarosa en ce moment. J'ai réécouté aujourd'hui Gli Astrologi immaginarii, une pure merveille. Je suis très frapé par l'alliance de la truculence au génie mélodique. Il m'a semblé, sans vérifier plus avant, qu'un des airs de Giuliano ressemblait d'une manière frappante au Se vuol ballare des Noces de Figaro.
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MessageSujet: Re: HAYDN ET L'OPERA ITALIEN   Ven 3 Oct - 9:49

Selon Marc Vignal, il semble que Joseph Haydn était assez critique vis à vis des opéras de ses collègues italiens, il leur reprochait d'écrire trop vite, des oeuvres trop longues dans un style trop lâche. Dans ces conditions il lui arriva de modifier sensiblement les opéras qu'il montait en raccourcissant certains airs, en les supprimant quelquefois et en les remplaçant par des compositions nouvelles. De ce point de vue les airs d'insertion composés par Haydn sont très instructifs de son esthétique (Cf le coffret d'Il Mondo della Luna d'Antal Dorati où huit airs d'insertion sont chantés par Edith Mathis).
Deux oeuvres échappèrent à ce processus et furent représentées intactes, il s'agit du Barbier de Séville de Paisiello et de l'Arbore di Diana de Vicent Martin i Soler, deux opéras particulièrement concentrés.
Je ne connais pas L'Arbore di Diana mais il semble que cet opéra qui a été représenté entre 2006 et 2008, sera bientôt distribué.

Si Nicolas le Magnifique avait vécu quelque années de plus, Haydn aurait eu des oeuvres encore plus substantielles à se mettre sous la dent, certainement Il Re Teodoro in Venezia, un dramma eroi-comico très puissant et le chef-d'oeuvre de Salieri, son génial Axur re d'Ormus qui étaient en préparation. On peut rêver d'une représentation du Matrimonio segreto à Eszterhazà en 1792 ou bien de Nina!!
Mais alors combien de symphonies Londoniennes aurions nous peut-être perdues?
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MessageSujet: Opéras italiens crées par Haydn à Eszterhazà   Jeu 25 Déc - 23:49

Opéras italiens crées par Haydn à Eszterhazà de 1776 à 1790.

1776 Orfeo ed Euridice de Christoph Willibald Gluck, L'Isola d'amore d'Antonio Sacchini, La Buona Figliola de Niccolo Piccinni, Il Finto Pazzo, Lo Sposo burlato et Il Barone di Rocca antica de Carl Ditters von Dittersdorf.
1777 L'Amore artigiano de Florian Leopold Gassmann, Il Mondo della luna de Giuseppe Haydn, La Frascatana et Il Marchese villano (La Contadina di Spirito) de Giovanni Paisiello, et Arcifanfano re de' Matti de Carl Ditters von Dittersdorf.
1778 La Sposa fedele de Pietro Guglielmi, L'Astratto de Nicolà Piccinni, Il Geloso in Cimento de Pasquale Anfossi et La Locanda de Giuseppe Gazzaniga.
1779 Le Due Contesse de Giovanni Paisiello, I Visionarii de Gennaro Astaritta, La vera Costanza de Giuseppe Haydn, La Metilde ritrovata ossia L'incognita Perseguitata de Pasquale Anfossi, L'Isola d'Alcina de Giuseppe Gazzaniga, Le Gelosie villane de Giuseppe Sarti, L'Amore soldato d'Alessandro Felici et l'Isola disabitata de Haydn et peut-être La Villanella inconstante de Johann G. Naumann.
1780 La Forza delle Donne d'Anfossi, La Vendemmia de Giuseppe Gazzaniga, La Scuola de' gelosi d'Antonio Salieri et la Finta Giardiniera de Pasquale Anfossi.
1781 La Fedelta premiata de Haydn, Isabella e Rodrigo d'Anfossi, L'Avaro deluso de Paisiello, Il Francese bizarro de Gennnaro Astaritta, Il Convitato di Pietra de Righini et La Schiava riconosciuta de Nicolà Piccinni.
1782 Zemira ed Azor de Gretry dans une version italienne de Nunziato Porta, La Fiera di Venezia d'Antonio Salieri, Il Cavaliere errante de Tommaso Traetta, L'Innocente fortunato de Giovanni Paisiello, Lo Sposo disperato de Pasquale Anfossi, Il Curioso indiscreto d'Anfossi, I Filosofi immaginari de Giovanni Paisiello et Orlando Paladino de Haydn.
1783 Il Ratto della Sposa de Pietro Guglielmi, La Vedova scaltra de Vincenzo Righini, L'Italiana in Londra de Domenico Cimarosa, Giulio Sabino de Giuseppe Sarti, Fra i Due Litiganti il terzo si gode de Sarti et Il Falegname de Cimarosa.
1784 Armida de Haydn, I Viaggiatori felici de Pasquale Anfossi, L'Amor costante de Domenico Cimarosa, La Didone abbandonata de Giuseppe Sarti, La Villanella rapita de Giuseppe Francesco Bianchi et l'Isola di Calipso abbandonata de Luigi Bologna.
1785 I Contratempi de Giuseppe Sarti, Montezuma de Niccolo Zingarelli, Il Matrimonio per Inganno de Pasquale Anfossi et le Astuzie di Bettina de Mathias Stabinger.
1786 Alcinda de Niccolo Zingarelli, La Ballerina amante de Domenico Cimarosa, Chi dell'altrui si veste, presto si spoglia de Domenico Cimarosa, Ifigenia in Tauride de Tommaso Traetta, L'Albergatrice vivace de Luigi Caruso, L'Incontro inaspettato d'e Vicenzo Righini, Idalide de Giuseppe Sarti et I Due Barone di Rocca Azzurra de Domenico Cimarosa.
1787 Il Sordo e l'Avaro de Pasquale Anfossi, Il Disertore de Giuseppe Francesco Bianchi, La Quaquera spiritosa de Pietro Guglielmi, Alessandro nell'Indie de Bianchi et Le Gare Generose de Giovanni Paisiello.
1788 Giunio Bruto de Domenico Cimarosa, I Finti Eredi de Giuseppe Sarti, I Due Castellani burlati de Vincenzo Fabrizi, La vendetta di Nino d'Alessio Prati, Orfeo ed Euridice de Ferdinando Bertoni, Il Marito Disperato de Domenico Cimarosa, Il Tamburo Notturno de Giovanni Paisiello.
1789 I Due Supposti Conti de Domenico Cimarosa, Le Gelosie fortunate de Pasquale Anfossi, Il Pittore Parigino de Cimarosa, le "pasticcio" La Circe ossia l'Isola incantata en grande partie d'Anfossi, Le Vicende d'Amore de Pietro Guglielmi et l'Arbore di Diana de Vicent Martin i Soler.
1790 Il Barbiere di Siviglia de Giovanni Paisiello, L'Impresario in Angustie et Il Credulo de Domenico Cimarosa, La Molinara ossia l'Amor contrastato de Giovanni Paisiello, Giannina e Bernardone de Domenico Cimarosa, les Noces de Figaro de Wolfgang A. Mozart, et Axur Re d'Ormus d'Antonio Salieri. D'autres documents indiquent qu'étaient en outre en préparation, à la mort du prince Nicolas Esterhazy, Il Re Teodoro in Venezia de Giovanni Paisiello, Riccardo de André Modeste Gretry et la Grotta di Trofonio d'Antonio Salieri.

Données rassemblées à partir de l'ouvrage de Marc Vignal: Joseph Haydn, Fayard, 1988.

Cette liste ne tient pas compte des reprises qui, chaque année, sont nombreuses. Armida de Haydn fut l'opéra le plus joué avec 54 représentations, ensuite vient l'Isola di Calipso de Luigi Bologna (41 représentations) et la Villanella rapita de Giuseppe Bianchi (39 représentations). C'est Domenico Cimarosa qui vient en tête pour le nombre d'opéras (12) joués. Pasquale Anfossi, lui, bénéficia du nombre le plus élevé de représentations (184), Haydn venant juste après avec 142 représentations.

Ainsi Haydn fit connaissance avec un large éventail de la plupart des compositeurs d'opéras italiens de l'époque et peut être considéré comme un des spécialistes les plus éclairés de son temps dans ce domaine.


Dernière édition par Piero1809 le Sam 19 Jan - 14:47, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: HAYDN ET L'OPERA ITALIEN   Jeu 29 Oct - 11:33

Lors du grand Congrès de Toronto (Université de York, Canada) sur Joseph Haydn qui s'est déroulé au cours du mois d'août 2009, j'ai retenu une conférence particulièrement intéressante faite par:
T’Hooft, Sigrid: Haydn aux commandes du second opéra d'Eszterhazà: passé et futur.

Résumé: La Fondation internationale Opera Eszterhazà, crée en 2006, a trois objectifs ambitieux:
-reconstruire l'opéra d'Eszterhazà de 1781;
-ressuciter et reconstituer le répertoire d'Eszterhazà comportant plus de cent opéras différents des compositeurs principalement italiens, contemporains de Joseph Haydn et ainsi réhabiliter l'énorme contribution de Haydn;
-établire une académie où un certain nombre d'éléments concernant l'opéra de l'époque, actuellement ignorés, seraient enseignés afin d'assurer des représentations fiables.
On pourrait ainsi mieux savoir à quoi ressemblait cet opéra dans les années 1781 à 1790.

Abstract. Although historically informed performance practice on stage is, at least in Europe, slowly catching up with the one that "pleases the ear", it sets limits on the Baroque repertoire. Therefore, the International Opera Foundation Eszterháza, founded in 2006, has three ambitious purposes: to rebuild the 1781 Opera House at Eszterháza, to resurrect the original Eszterháza opera-repertoire and thus to rehabilitate Haydn’s neglected output, and to establish an opera-academy where all the elements - currently missing in the curricula of opera-education - will be taught to ensure historically informed performance practice on the stage. The question of where the IOFE-project stands today, as well as an overview of the staging-practices in the second half of the eighteenth century, will serve in this plenary address as tools for reflecting on what opera “looked like” in Eszterháza between 1781 and 1790.

http://www.brocku.ca/haydnconferenceyork/
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MessageSujet: Re: HAYDN ET L'OPERA ITALIEN   Ven 11 Déc - 22:56

La tâche entreprise dans la rubrique Haydn, Directeur musical de l'opéra d'Eszterhàza, est double:

-évoquer une activité de Joseph Haydn qui l'absorba considérablement pendant une quinzaine d'années de 1775 à 1790; rappelons que le titre officiel de Haydn était Maître de Chapelle au service du Prince Nicolas Eszterhàzy mais qu'en fait son activité majeure était de monter les opéras de ses collègues compositeurs d'opéras italiens (Cimarosa, Paisiello, Salieri, Sarti, Piccinni, Galuppi, Anfossi, Righini, Guglielmi, Traetta, Martin i Soler, Bologna, Bertoni, Fabrizi, Anfossi, Astaritta, Prati, Zingarelli, Bianchi, Caruso...), tâche écrasante qui lui demandait de réviser les partitions, mettre à jour le matériel d'exécution, assurer les répétitions et diriger les représentations (un millier dans le laps de temps indiqué correspondant à plus de soixante dix ouvrages différents de vingt au moins parmi les principaux auteurs de l'époque).
-reconstituer le répertoire d'Eszterhàza, tâche encore impossible il y a quelques années mais rendue possible par un certain nombre de recréations récentes d'ouvrages qui dormaient au fond de bibliothèques.

Parmi les compositeurs cités plus haut, Domenico Cimarosa fut le plus joué avec 13 opéras différents représentés. Nous avons évoqué récemment Il Marito Disperato (1785), un des opéras les plus riches musicalement de son auteur que Haydn mit en scène en 1788. Quelques mois auparavant, Cimarosa composait un autre chef-d'oeuvre: l'Olimpiade (1784) que je n'hésite pas à comparer aux plus grands opéras seria du siècle. Joseph Haydn n'eut pas l'occasion de diriger l'Olimpiade mais mit en scène Giunio Bruto en 1788, un autre opéra seria de Cimarosa composé en 1781.

Faute de disposer d'un enregistrement de Giunio Bruto et vu l'intérêt exceptionnel de l'Olimpiade, disponible presqu'en totalité sur YOU TUBE, je présenterai ce dernier opéra dans les jours prochains.
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MessageSujet: Re: HAYDN ET L'OPERA ITALIEN   Sam 20 Mar - 23:01

Avec Orfeo de Ferdinando Bertoni s'achève le passage en revue des opéras du répertoire d'Eszterhazà enregistrés à ce jour.

Il est possible que de nouveaux enregistrements du répertoire d'Eszterhazà voient le jour dans les années à venir. Cela concernera des auteurs comme Antonio Salieri, Domenico Cimarosa, Giovanni Paisiello, Vicent Martin i Soler, Nicolà Piccinni, Giuseppe Sarti.... qui semblent être considérés maintenant comme des grands classiques.

Il est malheureusement peu probable que des auteurs figurant dans le répertoire d'Eszterhazà mais désormais oubliés comme Gennaro Astaritta, Pietro Zingarelli, Pietro Guglielmi, Luigi Caruso, Luigi Bologna, Alessandro Felici, Vincenzo Fabrizi, Giuseppe Moneta, Alessio Prati et surtout Francesco Giuseppe Bianchi fassent l'objet d'enregistrements. Les producteurs préfèrent enregistrer une millième version de Don Giovanni que prendre un petit risque en montant un nouvel opéra!

Désormais, je me permettrai de proposer à l'écoute et à la lecture, dans cette rubrique, des opéras italiens non joués à Eszterhazà mais reliés de près à l'activité de Joseph Haydn, Directeur musical de l'opéra de Nicolas Le Magnifique.
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MessageSujet: Re: HAYDN ET L'OPERA ITALIEN   Ven 2 Avr - 22:23

Piero1809 a écrit:
Avec Orfeo de Ferdinando Bertoni s'achève le passage en revue des opéras du répertoire d'Eszterhazà enregistrés à ce jour.
Quelques jours après avoir écrit ces lignes, j'eus le bonheur de constater qu'un opéra de Pasquale Anfossi, La Finta Giardiniera, faisant partie du répertoire d'Eszterhazà, était en partie disponible sur You Tube (la sinfonia et neuf scènes).
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MessageSujet: Re: HAYDN ET L'OPERA ITALIEN   Lun 19 Avr - 14:25

Maintenant c'est l'Arbore di Diana de Vicent Martin i Soler sur un livret de Lorenzo da Ponte, spectacle donné en 2008 au théâtre de Valencia qui surgit sur You Tube.

Un CD ou un DVD de ce spectacle ou d'une autre représentation de l'Arbore di Diana donnée en 2009 au Liceu de Barcelona seraient-ils en préparation?

Une pierre (d'angle) de plus, peut-être, dans la reconstitution du répertoire d'Eszterhazà puisque Joseph Haydn monta le chef d'oeuvre du divin espagnol en 1789!
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MessageSujet: Influence de l'opéra italien sur Joseph Haydn   Sam 29 Mai - 9:14

L'activité de Joseph Haydn en tant que maître de chapelle du Prince Nicolas 1er Esterhazy fut incroyable. Pendant la période comprise entre 1775 et 1790 (décès du Prince), il dirigea plus de mille représentations d'une centaine d'opéras différents provenant de la plupart des grands compositeurs d'opéras de l'époque. La presque totalité de ces compositeurs étaient italiens (Domenico Cimarosa, Giovanni Paisiello, Pasquale Anfossi, Giuseppe Francesco Bianchi, Giuseppe Sarti....,pour ne citer que les plus souvents représentés) et même les compositeurs non italiens: Vicent Martin i Soler, Johann Adolf Hasse, Mathias Stabinger...étaient tellement imprégnés du style italien, du fait de séjours plus ou moins longs en Italie, qu'on pouvait presque les considérer comme natifs de ce pays. Les opéras dirigés par Haydn étaient très variés et appartenaient aux genres de l'opéra bouffe, du dramma giocoso et de l'opéra seria. Haydn ne se contenta pas de diriger ces oeuvres, il les monta et à cette occasion, il les corrigea et les révisa. Dans de nombreux cas il n'hésita pas à remplacer les airs qui ne lui convenaient pas par des compositions de son crû.

On peut se poser alors la question suivante: l'activité considérable de Haydn dans le domaine de l'opéra italien a-t-elle influé sur sa propre musique. Quand on examine sa production postérieure au décès du Prince et à l'arrêt des représentations d'opéras italiens à Eszterhazà, production qui débute à Londres en 1791 par la composition des premières symphonies "Londoniennes", on constate que Haydn en fait s'écarte de cette sphère italienne. Les tensions internationales, issues de la révolution française et des guerres révolutionnaires, entrainent aussi un regain de nationalisme pangermanique chez les musiciens allemands. Bien que la musique de Haydn soit par essence universelle, elle n'échappe pas totalement à cette évolution. Haydn écrit de moins en moins en italien et de plus en plus en anglais (canzonets HobXXVIa, scottish songs HobXXXIa) ou en allemand (Les oratorios La Création et les Saisons, l'hymne autrichien "Gott erhalte..."). On pourrait donc conclure que ces quinze années d'imprégnation de musique italienne liées à cette fonction de maître de chapelle de l'opéra (1) n'ont eu que très peu d'effet sur la musique de Haydn.

A y voir de plus près ce n'est pas tout à fait exact...Les treize opéras italiens de Haydn portent en eux la marque des innombrables opéras composés par ses contemporains, on y retrouve les personnages des mythes et légendes popularisées par les librettistes à la mode: Orfeo, Orlando furioso, Alcina la magicienne, Rinaldo et Armida. Au plan strictement musical, on voit clairement que Haydn s'approprie le style bouffe italien et invente des personnages étonnants comme Osmin dans l'Incontro improvviso, Buonafede dans Il Mondo della luna, Perruchetto dans La Fedeltà Premiata, Pasquale dans Orlando Paladino. Il s'inspire également étroitement de l'opéra seria non réformé d'un Giuseppe Sarti ou d'un Domenico Cimarosa dans sa merveilleuse Armida. En synergie avec Cimarosa qui suit une évolution analogue, Haydn va créer d'énorme finales d'actes à la chaine et ceci dès 1779 avec La Vera Costanza, La Fedelta Premiata et Orlando Paladino. En avance sur ses contemporains y compris Mozart, il invente des rapporte tonaux tout nouveaux dans les différentes sections des deux finales d'acte de La Fedelta premiata (1780) (2). Avec L'Anima del Filosofo (1791), le mythe d'Orphée est génialement revisité dans un opera seria très inspiré d'opéras serias antérieurs (Orfeo de Ferdinando Bertoni, 1776) ou contemporains (Alcide al Bivio de Vincenzo Righini, 1789-90).

C'est peut-être dans la symphonie que cette influence de l'opéra italien est la plus intéressante. L'influence de l'opéra bouffe italien sur les symphonies composées après la crise "Sturm und Drang", c'est-à-dire à partir de 1774 et jusqu'à l'année 1784, est évidente et a été discutée par H.C. Robbins Landon dans sa magistrale analyse des symphonies de Haydn. D'autre part cette influence subsiste dans les symphonies Parisiennes, celles de 1787 à 1789 et même les Londoniennes. Haydn aurait-il trouvé des seconds thèmes si alertes et vivants, quasiment rossiniens (second thème du finale de la symphonie n° 86, du finale de la symphonie n° 92, du premier mouvement de la symphonie n° 99), aurait-il écrit ces finales si légers et spirituels (symphonies n° 88, n° 92, n° 98) s'il n'avait pas séjourné pendant aussi longtemps dans ce monde opératique italien?

(1) Il me semble que le terme de Directeur musical de l'opéra d'Eszterhazà décrive mieux la responsabilité de Joseph Haydn que celui de Maitre de Chapelle.
(2) HC Robbins Landon, Mozart en son âge d'Or, Fayard, 1996.
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MessageSujet: Re: HAYDN ET L'OPERA ITALIEN   Lun 12 Juil - 15:03

A partir de 1784, Joseph Haydn arrête de composer des opéras pour Eszterhazà. On a évoqué plus haut les raisons hypothétiques qui ont pu motiver cette décision.

Au Burgtheater de Vienne par contre s'ouvre une période très faste où les plus grands créateurs de l'époque se produisent et quelquefois s'affrontent. Au printemps 1784 Il Re Teodoro in Venezia, remarquable drame héroïcomique de Giovanni Paisiello sur un livret de l'abbé Casti est donné avec grand succès. L'année suivante c'est Antonio Salieri qui triomphe avec La Grotta di Trofonio, dramma giocoso sur un livret de Lorenzo da Ponte. En 1786 ce dernier écrit deux livrets pour le divin espagnol, compositeur à la mode, Vicent Martin i Soler: Il Burbero di Buon Cuore et Una Cosa rara accueillis avec enthousiasme. L'arbore di Diana de Martin i Soler, livret de Lorenzo da Ponte suivra en 1787 et ce même librettiste collaborera une fois encore avec Antonio Salieri pour créer en 1788 Axur Re d'Ormus, magnifique drame héroïcomique.

Cette brillante saison ne pouvait que conforter Joseph Haydn d'abandonner la composition d'opéras. Compte tenu de la très haute place que tenaient ses propres opéras dans son jugement personnel, il ne pouvait en aucun cas sacrifier son temps précieux pour jouer, dans un théâtre de province, aussi performant soit-il, les seconds rôles dans un domaine qui le tenait particulièrement à coeur.
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MessageSujet: HAYDN ET L'OPERA ITALIEN   Lun 10 Jan - 21:34

Le sujet Haydn et l'Opéra Italien peut être considéré comme une introduction au forum: Joseph Haydn Directeur Musical de l'opéra d'Eszterhazà et dans ces conditions a été placé en post-it.
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MessageSujet: Re: HAYDN ET L'OPERA ITALIEN   Mer 12 Jan - 13:09

L'opéra bouffe Chi dell'Altrui Si Veste Presto Si Spoglia composé par Domenico Cimarosa en 1783 et monté par Joseph Haydn en 1786 à Eszterhazà est disponible par téléchargement légal dans l'interprétation live de 1989 suivante:

* Maddalena Bonifacio (Ninetta), Valeria Mariconda (Stellidaura), Elena Zilio (Mirandolina); Franco Bonisolli (Putifare), Sesto Bruscantini (Martuffo), Giovanni Gusmeroli (Gabbamondo), Paolo Montarsolo; Scarlatti Chorus & Orchestra, Direttore Ricardo Muti.

Une brillante palette d'artistes!

Malheureusement le téléchargement requiert un MacOSX 5 ou 6 et malheureusement je ne suis équipé que d'un Mac OSX 4.11. Quelle frustration!
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Joachim



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MessageSujet: Re: HAYDN ET L'OPERA ITALIEN   Mer 12 Jan - 14:33

Piero1809 a écrit:


Malheureusement le téléchargement requiert un MacOSX 5 ou 6 et malheureusement je ne suis équipé que d'un Mac OSX 4.11. Quelle frustration!

Le Mac OS X 4.11, c'est aussi ce dont je dispose Wink

Je l'ai acheté en 2006, et il est déjà dépassé !
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MessageSujet: Re: HAYDN ET L'OPERA ITALIEN   Sam 5 Mar - 22:50

Joachim a écrit:


Le Mac OS X 4.11, c'est aussi ce dont je dispose Wink

Je l'ai acheté en 2006, et il est déjà dépassé !
Il ne marche plus dans de nombreux cas pour télécharger légalement de la musique. Le plus grave est que le CD permettant de transformer un Mac OS X 4 dans la catégorie supérieure (Mac OS X5 ou X6) n'est plus commercialisé.

L'achat du Mac OS X6, modèle actuellement commercialisé par Apple, ne me semble pas recommandable dans la mesure où une catégorie supérieure Mac OS X Lion est annoncée pour août 2011.
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MessageSujet: Re: HAYDN ET L'OPERA ITALIEN   Sam 19 Mar - 12:08

Alors que Joseph Haydn, de son vivant, est considéré dans presque toute l'Europe comme le plus grand compositeur, cette réputation a beaucoup de mal à franchir le sud des Alpes et pénétrer dans la péninsule italienne où il est superbement ignoré. Ce ne sont pas les magnifiques opéras italiens qu'il compose à Eszterhazà, une douzaine en tout, qui pourraient inverser la tendance car ces opéras ont déjà beaucoup de mal à dépasser, dans leur langue originale, les murs d'Eszterhazà! La musique instrumentale de Haydn est un petit peu mieux considérée et le roi de Naples Ferdinand IV, qui commande à Haydn une série de concerto pour deux lyres et une série de Notturnos mettant en jeu le même instrument, en est un fidèle défenseur. On sait que le roi pressa plusieurs fois le compositeur de venir à Naples. On peut allors se demander quelle aurait été la carrière de Haydn en tant que compositeur d'opéras s'il avait accepté l'invitation de Ferdinand faite en 1790, après la mort de Nicolas le Magnifique.

-la concurrence était rude dans la péninsule pour les compositeurs d'opéra. Rien qu'à Naples Domenico Cimarosa (1749-1801), Niccolà Piccinni (1728-1800), Pietro Guglielmi (1728-1804) et Giovanni Paisiello (1740-1816) se marchaient sur les pieds. A Florence Giuseppe Moneta (1754-1806) était le protégé du Duc et Alessandro Felici (1742-1772) y connut quelques succès pendant sa courte vie. Pour Giuseppe Sarti (1729-1802), nommé maître de chapelle au Duomo di Milano en 1779, la période suivant cette nomination fut la plus féconde de sa carrière. C'est Tommaso Traetta (1728-1772) qui régnait dans la superbe cité de Parme. A Venise, Johann Hasse (1699-1783) et Baldassare Galuppi (1707-1785), Maître de chapelle à Saint Marc, sont relayés par Ferdinando Bertoni (1725-1813), d'abord cantor et organiste puis Maître de chapelle à Saint Marc, auteur d'un magnifique Orfeo (1776). Luigi Caruso (1754-1823), maître de Chapelle à Perugia, triomphe pendant de longues années dans cette ville et à Rome, cité dans laquelle Pasquale Anfossi (1727-1797), maître de chapelle à Saint Jean du Latran, est loin d'être inactif....La liste est longue et on ne peut cependant pas oublier les Luigi Bologna, Gennaro Astaritta (1745-1805), Niccolo Zingarelli (1752-1837), Alessio Prati (1750-1788), Vincenzo Fabrizi (1763-1812)... ainsi que les italiens qui, d'abord connurent la gloire en Italie et firent ensuite une carrière internationale comme Giuseppe Sarti (1729-1802), Francesco Bianchi (1754-1810), Vicent Martin i Soler (1754-1806) (1)...

-Alors que nous français, tout particulièrement, nous voyons dans la musique de Mozart et dans ses opéras en collaboration avec Da Ponte des accents italianissimes (comme le dit si joliment Georges de Saint Foix), le point de vue des italiens sur la question fut peut-être différent. De son vivant et quelque temps après sa mort, Mozart restait avant tout un compositeur "tedesco" avant d'accéder bien plus tard au statut de compositeur universel. Révélatrice peut sembler la réflexion de l'impératrice Maria Luisa, née princesse napolitaine, traitant La Clémence de Titus de cochonnerie allemande lors de la représentation de cet opéra à Prague à l'occasion du couronnement de Leopold II. Ces considérations s'appliquent a fortiori à Joseph Haydn. Ce dernier avait certes une très bonne connaissance de la langue italienne, était un des spécialistes les plus compétents au monde de l'opéra italien, malheureusement, contrairement à Mozart (2), il n'avait fait au préalable aucun séjour en Italie. Il n'eut pas non plus la fortune d'épouser une chanteuse italienne célèbre comme Johann Adolph Hasse qui fut également adopté par le public italien et considéré comme assimilé par la société de ce pays (il est vrai qu'il y resta près de dix ans)(3).

Toutes ces considérations nous amènent à penser que Haydn fit le bon choix en partant en Angleterre. Dans ce pays, il disposa de la liberté et des moyens lui permettant de composer la musique qu'il aimait.

(1) Tous ces compositeurs d'opéras italiens figurent dans le répertoire d'Eszterhazà. Joseph Haydn monta un ou plusieurs opéras de chacun d'eux. Mozart ne fut jamais représenté dans ce théâtre.
(2) Mozart effectua trois voyages en Italie, le plus long, un an et plus, en 1770-1.
(3) Le fait que Haydn avait une maîtresse italienne et même napolitaine (Luigia Polzelli) contribua peut-être même à le dissuader d'accepter l'invitation du roi de Naples. Partir en Italie et emmener Luigia impliquerait un engagement qu'il ne se sentait plus à même de prendre pour diverses raisons, les principales étant la différence d'âge avec Luigia (une vingtaine d'années) et d'autre part le fait que son épouse légitime Anna Maria était toujours en vie.
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MessageSujet: Re: HAYDN ET L'OPERA ITALIEN   Lun 26 Oct - 9:43

Alors que la musique de Wolfgang Mozart et de Joseph Haydn eut beaucoup de mal à franchir les frontières de l'Autriche vers l'Italie, comme on l'a vu plus haut, par contre les opéras des compositeurs italiens sont régulièrement joués en Autriche et autres pays germaniques soit dans leur langue originale soit dans des traductions allemandes.
Au Burgtheater de Vienne et au théâtre d'Eszterhàza, on met son point d'honneur de représenter les opéras en italien, langue que la bonne société connaît généralement.

Le Trame Deluse ossia I Raggiri Scoperti, une oeuvre maitresse de Cimarosa et un des plus importants dramma giocoso de la fin du 18ème siècle fut donné à Vienne au Burgtheater le 28 décembre 1787, soit un an après sa création à Napoli le 7 décembre 1786. Haydn qui adapta et dirigea Il Credulo et Il Impresario in Angustie à Eszterhàza, composés à quelques semaines d'intervalle de Le Trame Deluse, a probablement connu ce dernier.

Le Trame Deluse a fait l'objet d'une étude que l'on peut consulter dans: http://piero1809.blogspot.fr

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