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 Symphonie n° 93 en ré majeur SINE NOMINE

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Piero1809
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MessageSujet: Symphonie n° 93 en ré majeur SINE NOMINE   Lun 17 Jan - 20:20

La numérotation de la première série de six symphonies Londoniennes ne correspond pas forcément à la chronologie de leur composition et la symphonie n° 93 en ré majeur, première dans la numérotation, n'est sans doute pas la première composée. Elle fut crée le 17 février 1792. Moins connue que d'autres du fait de l'absence de surnom, elle est particulièrement intéressante car Joseph Haydn y expérimente de nouvelles structures et de nouvelles combinaisons instrumentales (1). En particulier Haydn y met en place de nouveau rapports entre le groupe des cordes d'une part et celui des bois, cuivres et timbales d'autre part. Ces derniers sont souvent utilisés comme un bloc massif s'opposant à celui des cordes.

Comme cinq des autres symphonies de la même série, elle possède une introduction adagio. Cette dernière, débutant par un fortissimo fracassant de l'orchestre au complet, est puissamment dramatique. L'allegro 3/4 qui suit débute piano par un thème alliant beauté sonore et énergie interne, un second thème bien dégagé du premier mais lui ressemblant est d'abord exposé par les cordes et répété ensuite avec une participation active des vents, notamment des deux bassons qui jouent un accompagnement staccato (2). Jamais à ce jour Haydn n'avait conçu développement aussi puissant et intense dans une symphonie. En fait ce développement de 70 mesures est construit pratiquement entièrement sur un motif nouveau ce qui est assez exceptionnel chez Joseph Haydn. Marc Vignal cependant remarque que ce motif nouveau peut être corrélé à certains fragments des premiers et seconds thèmes, soulignant dans ce mouvement une recherche d'"unité dans la diversité" (1). La réexposition est considérablement abrégée et présente certains changements. En particulier l'énoncé du premier thème est enrichi par un nouveau contrechant du premier violon du plus bel effet. Quant au second thème il gagne encore en charme grâce au basson qui cette fois reprend le second thème en canon à une mesure d'intervalle.

Le Largo cantabile en sol majeur 2/2 peut être considéré comme un rondo. L'exposé du refrain est à lui seul un morceau complet: le thème est exposé piano par les cordes (les contrebasses se taisent) (3) puis répété pianissimo par les cordes au complet renforcées par les bassons. Eclate ensuite un "minore" très dramatique et enfin on assiste au retour du thème muni d'une formule conclusive et suivi par une courte coda. Le couplet qui suit donne aux vents un rôle principal, le hautbois chante une superbe mélodie évoquant des vocalises d'opéra seria, il est solidement épaulé par les autres bois, cuivres et timbales tandis que les cordes accompagnent de leurs triolets. Le refrain considérablement écourté réapparait en sol majeur et alors commence le "véritable minore", couplet en sol mineur basé sur le thème du refrain et que des modulations incessantes rendent extrêmement dramatique. Nouvel exposé du refrain pianissimo qui s'enchaîne avec un retour du chant magnifique du hautbois fortement modifié et écourté. Le dernier retour du rafrain s'enchaîne avec une longue coda rendue célèbre par "la grosse blague du basson" selon la formule de Donald Tovey: en fait, après les murmures pianissimo des flûtes et des violons, le do le plus grave du basson est jouée fortissimo, manifestation la plus débridée de l'humour du compositeur.

Voilà un des menuetto les plus spectaculaires de toutes les symphonies de Haydn qui comme on l'a dit maintes fois, s'apparente beaucoup plus au scherzo beethovenien qu'au menuet du 18ème siècle finissant. Un des traits les plus marquants du menuetto est ce roulement de timbales lors de la seconde partie du menuetto qui débute piano au dessous des échos timides du thème principal aux hautbois et aux violons, enfle et finit forte en amenant un vigoureux tutti orchestral (4). Le génial trio est basé sur l'opposition beethovenienne entre une violente fanfare des cuivres, timbales et bois clamée forte et un thème piano des cordes. Le contraste est accentué par la fixité tonale de la fanfare (tonique, dominante) et le caractère très modulant du thème des cordes. A la fin du trio cuivres, percussion et cordes s'unissent triomphalement.

Après ce menuetto fracassant, le finale Presto ma non troppo 2/4 surprend par son calme relatif, du moins à son début. La structure de ce morceau est très originale, compromis entre structure sonate et rondo selon Marc Vignal (1). En fait on pourrait presque parler de fantaisie autour d'un thème principal (le second thème n'ayant qu'un rôle transitoire) auquel plusieurs appogiatures confèrent un caractère primesautier. Les six premières notes du thème, comportant un intervalle de sixte et quatre doubles croches, sont omniprésentes dans des passages à fonction de couplet et d'autres à caractère de développement. La remarquable coda débute piano avec un roulement de timbales pratiquement à découvert, on observe ensuite des oppositions spectaculaires entre le groupe des bois cuivres et percussion et celui des cordes qui nous l'avons déjà dit caractérisent cette symphonie. Fin fortissimo, impliquant tout l'orchestre. Selon Hodgson (5), Haydn aurait eu l'intention de réviser ce finale et le musicologue conclut en disant qu'un morceau aussi parfait ne pourrait être amélioré!

(1) Marc Vignal, Joseph Haydn, Fayard, 1988, pp. 1292-4.
(2) Pour que les bassons soient bien en dehors et audibles, Haydn a prévu de discrets pizzicatos à ses contrebasses. Il faut également que le chef fasse jouer ses violons pianissimo.
(3) Adam Fischer confie ce premier exposé du thème à un quatuor à cordes, initiative séduisante conforme aux voeux d'Anthony Hodgson (4) dont le seul inconvénient est que le second exposé du thème confié à l'orchestre pianissimo sonne paradoxalement plus fort!
(4) Anthony Hodgson recommande aux chefs de faire un crescendo du roulement de timbales.
(5) Anthony Hodgson, The Music of Joseph Haydn. The Symphonies, The Tantivy Press London, 1976, pp.127-8.
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