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 Ann Selina (Nancy) Storace (1765-1817)

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Emmanuelle



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MessageSujet: Ann Selina (Nancy) Storace (1765-1817)   Mer 30 Mar - 17:34


Portrait par Benjamin Vandergucht, National Portrait Gallery (Londres)

Une biographie détaillée de Nancy Storace est disponible :
Nancy Storace: muse de Mozart et de Haydn par Emmanuelle Pesqué
Amazon (CreateSpace), 2017

https://www.amazon.fr/Nancy-Storace-muse-Mozart-Haydn/dp/2956041002

Un blog, comportant des informations complémentaires à la biographie, est consacré à la vie de la cantatrice Nancy Storace : http://annselinanancystorace.blogspot.fr/

Ann Selina Storace -dite Nancy (ou Anna)- (1765-1817) était la fille de Stefano Storace, contrebassiste italien venu trouver fortune à Dublin puis à Londres, qui travailla dans les théâtres et jardins londoniens, puis se fit connaître comme adaptateur de Pergolèse.

Enfant prodige, elle fit sa première apparition à Southampton en 1773 : selon les annonces elle « n’avait pas encore huit ans » ! Son premier concert public londonien se tint au Théâtre de Haymarket en avril 1774. On l’entendit également par la suite le 29 février 1776 dans la création de l’opéra Le Ali d’amore de son professeur de chant Venanzio Rauzzini (qui fut le Cecilio de Mozart). Le compositeur Sacchini fut par la suite son professeur, avant son départ pour l’Italie en 1778 où elle suivit les traces de son frère, le compositeur Stephen Storace (1762-1796), parti à Naples pour se perfectionner.

Elle commença sa carrière continentale en tenant les emplois de seconda donna d’opera seria, dont Phoebe et Ebe, dans le Castore e Polluce de Bianchi (Florence, 10 septembre 1779). Elle troqua vite ces seconds rôles serie pour des rôles de premier plan dans l’opera buffa (de type mezzo-carattere) dans Le Due Contesse de Paisiello, L’Italiana in Londra (Cimarosa), Il Pittore Parigino (Cimarosa), La Scuola de’ gelosi (Salieri), etc…

La jeune femme se produisit à Florence, Lucques, Livourne, Parme, Turin… et Venise.
L’un des premiers opéras qu’elle créa fut acclamé par ses contemporains : c’est le Fra i due litiganti il terzo gode (ou encore Le Nozze di Dorina) de Sarti (Milan, 1782) oeuvre citée par Mozart dans le banquet de Don Giovanni, et dont l’intrigue préfigure Le Nozze di Figaro.
Michael Kelly, dont les Mémoires sont une source précieuse sur la famille Storace, et qui fit sa connaissance en Italie, raconte en détail quel fut son succès à Venise quand elle chanta au Teatro San Samuele en 1783. A dix-sept ans, elle était déjà une interprète de premier plan.

Sa notoriété poussa le comte Giacomo Durazzo, ambassadeur Viennois à Venise, à la faire engager à Vienne, pour la troupe d’opéra qu’organisait Joseph II au Burgtheater. Elle eut un des plus gros salaires de l’époque et le droit à un concert à bénéfice durant le Carême, privilège apprécié des chanteurs. (C’est d’ailleurs pour son dernier bénéfice qu’elle créa « Ch’io mi scordi di te)
Anna Storace fit ses débuts viennois le 22 avril 1783 dans le rôle de la Contessa dans La scuola dei gelosi de Salieri, monté à Venise pour elle. Elle y retrouva M. Kelly et Francesco Benucci avec lesquels elle s’était mainte fois produite en Italie. Durant la première saison du Burgtheater, elle chanta dans la moitié des quatorze productions de l’année. Si son jeu scénique fut au début critiqué par des Viennois, plus sensibles au jeu que les Italiens, elle étudia les acteurs allemands et y remédia rapidement, au point d’être dans la suite de sa carrière encensée pour ses talents d’actrice. Elle fut vite la coqueluche de Vienne et l’un des piliers de la troupe.

Outre une partie de ses succès italiens, elle créa Lisetta (Il Re Teodoro in Venezia, Paisiello), Eginia (Gli Sposi malcontenti, Storace), Ofelia (Grotta di Trofonio, Salieri), Angelica (Il Burbero di buon core , Martin y Soler), Eleonora (Prima la musica, poi le parole, Salieri), Susanna (Le Nozze di Figaro, Mozart), Giannina (I finti eredi, Sarti), Lilla (Una Cosa rara, Martin y Soler), Sofronia (Gli Equivoci, Storace). Mozart pensa à elle pour son Eugenia du Sposo Deluso ( inachevé) et lui écrivit une grande scène avec clavier pour son récital d’adieu donné le 23 février 1787, « Ch’io mi scordi di te ? » (KV 505)

En 1784 Anna Storace épousa le compositeur et violoniste John Abraham Fisher, apparemment sur les instances de sa mère ; le mariage fut un désastre, son mari la maltraitant. Joseph II finit par bannir l’époux violent, qui occasionnait de nombreux disfonctionnements dans la bonne marche du théâtre, par les absences à répétitions de son épouse. La séparation fut si effective qu’Anna Storace se considéra comme célibataire quand elle rédigea son testament des années plus tard… La chanteuse accusa néanmoins les coups et perdit totalement sa voix lors de la première de l’opéra de son frère, Gli Sposi malcontenti (1er juin 1785). Son retour sur scène fut cependant l’occasion d’une cantate (perdue) composée par Salieri, Mozart et un certain Cornetti sur un texte de Da Ponte, donnée le 26 septembre 1785, « Per la recuperata salute di Ofelia » (KV477a)…

La vie privée de Storace avait été agitée : elle avait eu un « tendre » pour le compositeur Martín y Soler et pour Francesco Benucci, le premier Figaro (mais ils étaient apparemment brouillés lors de la création des Nozze di Figaro). On lui a attribué également aussi une liaison avec Joseph II, mais celle-ci est loin d’être attestée.
Elle quitta pourtant Vienne avec Lord Barnard, pour retourner à Londres où le King’s Theater (l’opéra italien) l’avait engagée. Si ces offres étaient intéressantes, elle pensait pourtant retourner à Vienne pour la saison 1788-1789. Ses exigences salariales, puis la mort de Joseph II firent pourtant échouer les négociations. Si elle était revenue, aurait-elle été la destinataire de Zerlina, rôle dans son emploi ? La circulation de la partition à Londres peut le laisser penser.

Anna Storace débuta au King’s Theatre le 24 avril 1787 dans une oeuvre de Paisiello Gli schiavi per amore et reprit la plupart de ses chevaux de bataille continentaux. Mais les querelles intestines du théâtre italien, un succès moindre que celui qu’elle espérait, puis l’incendie du bâtiment (où elle venait de chanter Il Barbiere di Siviglia avec Francesco Benucci, et La Vendemmia de Gazzaniga en y faisant insérer des airs de Mozart), la poussèrent à partir au théâtre anglais de Drury Lane, dont son frère était directeur musical de fait.
Elle y fit ses débuts dans un opéra de Stephen, The Haunted Tower (24 novembre 1789), qui eut un succès retentissant. S. Storace lui écrivit sur mesure des rôles qui la flattaient (et qui reprenaient souvent ses succès continentaux, le pasticcio intégrant sans problèmes des airs venus d’ailleurs et mentionnés comme tels).
Parmi les rôles qui marquèrent le public, notons Margaretta dans No Song, no Supper, Lilla dans The Siege of Belgrade (qui reprend une grande partie de Una Cosa rara) et Fabulina dans The Pirates.

Elle se (re)produisit également au King’s Theatre occasionnellement et dans de nombreux concerts d’oratorios (dont les concerts Haendel initiés par S. Arnold). Elle y fut très demandée, à Londres comme par tous le pays.
Elle prit ainsi part à de nombreux concerts de la série londonienne organisée par l’impresario Salomon en 1791 pour la première visite de Haydn : ce dernier qui l’adorait (il parle dans une de ses lettres de sa « chère Storace ») lui écrivit la cantate « Miseri noi, misera patria », ainsi que la cantate Arianna a Naxos. Il avait déjà réécrit à son intention la partie (perdue) d’Anna de son Ritorno di Tobia représenté à Vienne les 28 et 30 mars 1784.

On pense désormais que Storace, soutenue par le Prince de Galles, fut à l’origine d’une tentative de recrutement de Mozart en 1789, au Pantheon Theatre (qui remplaça temporairement le King’s Theatre comme opéra italien). Cela témoigne sans doute d’une correspondance entre elle et le compositeur, qu’attestent de nombreux « commencement de preuves », comme la possibilité de partitions circulant entre les Storace, Attwood et Mozart. Mais la teneur amoureuse de la correspondance sort vraisemblablement de l’imagination des biographes récents. Nul contemporain ne relaya ce potin juteux après la mort des protagonistes, et la vie privée de Storace semble avoir été bien remplie par ailleurs…

Après la mort de son frère en 1796, elle quitta Drury Lane.
En 1797, elle partit avec le jeune ténor John Braham (1774-1856), qui était devenu son amant, pour le continent. Leur tournée les amena à Paris, Florence, Milan, Venise (elle y créa le rôle-titre d’Artemisia, dernier opéra de Cimarosa), et Vienne.

De retour en Angleterre, Storace suivit Braham à Covent Garden, puis Drury Lane (1805-1808) où elle continua de tenir ses emplois dans divers ballad operas, désormais bien oubliés : la camériste futée aidant les amours de sa maîtresse. Elle finit par prendre sa retraite en 1808, les contemporains s’accordant à décrire une voix usée et un physique devenus peu propre à la scène…

Le scandale la rattrapa durant sa retraite, par l’infidélité de Braham, dont elle avait eu un fils, John Spencer. Son compagnon s’enfuit avec une femme mariée en 1816, ce qui eut un grand retentissement public, puisque le mari trompé attaqua l’amant en justice et gagna des dommages et intérêts importants. Ce choc et une mauvaise santé eurent sans doute raison de la cantatrice qui mourut dans sa villégiature de Herne Hill le 24 août 1817. Elle a été enterrée dans l’église de Marylebone, à Londres.

En ce qui concerne la musique de Haydn, qu’elle a beaucoup plus servie que celle de Mozart, voici une liste (non exhaustive) de ses contributions et de ses interactions connues avec le compositeur.

28 et 30-03-1784 - HAYDN : Il Ritorno di Tobia (révision), Vienne, Burgtheater
Anna : Ann Selina Storace
Raffaele : Caterina Cavalieri
Sara : Theresia Teyber ou Teuber
Tobit : Steffano Mandini
Tobia : Valentin Adamberger (28-03)/ Carl Friberth (30-03)
+violon par Fisher (futur mari de Storace)

A l’été 1784 ( ?), lors d’une soirée musicale chez les Storace (Ann ou Stephen ?)  on exécute un quatuor : les musiciens sont Haydn, Dittersdorf, Vanhall et Mozart
(Mis en doute par Vignal)

Le 12-04-1790, Haydn envoie des trios à John Bland + une cantate écrite pour Storace  (sans doute: Miseri noi misera patria, Hob XXIVa. 7)

Le 06-01-1791 : Londres, durant un concert au Freemason’s Hall, dirigé par Arne. Haydn arrive dans la salle pendant le concert. Les chanteurs Kelly et Storace  lui font coucou depuis la scène…

11-03-1791 : concert Londonien de Haydn au Hanover Square Rooms
I (première partie du concert)  : un air ? Cantate  Ariadne
II  : récit et air ? Ah, come il cor (Fedeltà Premiata)
Haydn est  au clavecin – Salomon dirige

18-03-1791 : concert Londonien de Haydn au Hanover Square Rooms
I :  Ouverture de Mozart + un air ?
II : duetto de Paisiello avec G. David
Haydn au clavecin – Salomon dirige

25-03-1791 : concert Londonien de Haydn, Hanover Square Rooms
I : un air ?
II : “nouvelle cantate” de Haydn : “ Ah, come mi palpita ” (La Fedeltà Premiata) OU Miseri noi… ?
HAYDN : Ariadne + “ Ah, come il cor ” (La Fedeltà Premiata)

13-05-1791 : concert Londonien de Haydn
I : cantate de Haydn
II  : terzetto avec Signor Tajana et Signor David
Haydn au clavecin – Salomon dirige

16-05-1791 : concert Londonien de Haydn, à son bénéfice, Hanover Square Rooms
I : un air de Cimarosa  [Infelice io sono ?]

27-05-1791 : concert Londonien de Haydn
II : cantate de Haydn (mort d’Euridice dans Anima di Filosofo )
« It seems that one aria — and perhaps the greatest in the opera — was sung by Nancy Storace in Salomon’s eleventh subscription concert of the 1791 season (27 May) because there is an MS. copy of that aria written by an English copyist whom Haydn used in 1791, now in the Esterházy Archives, Budapest, on which is written ‘Cavatina — May 27. in the Opera of Orfeo. » R Landon (source :  http://www.aam.co.uk/features/0105.htm )

13-06-1791 : Concert aux Hanover Square Rooms, dirigé du clavecin par Haydn
I – Divers airs dont ouverture Haydn
II - HAYDN : Sept Dernières paroles du Christ,

06-07-1791 : concert pour la remise du doctorat à pour Haydn à Oxford
I : “Numi possenti Numi
dirigé par William Cramer

07-07-1791 : Concert à Oxford (suite des festivités)
Storace chante des airs de son frère
Concert dirigé par William Cramer

08-08-1791 : Remise du diplôme et Concert à Oxford
Cantate de Haydn ? [chantée d’habitude par Marchesi] par Storace
Oxford, Sheldonian Theatre

03-06-1792 : Dîner Haydn et ASS chez Stephen Storace  (avec la soprano Gertrud Mara et son mari, et Michael Kelly)

printemps 1795 : concert
II – Song, Signora Storace
Orchestre + Haydn au pianoforte

28-05-1801 : Storace est présente à la répétition générale des Saisons de Haydn à Vienne

En 1806, elle chante un extrait de la Création durant la saison des oratorios, et une cantate avec Braham.

Tout porte donc à penser que la relation amicale et professionnelle de la cantatrice fut bien plus importante avec Haydn qu'elle ne le fut jamais avec Mozart...

Certains airs créés pour Storace sont écoutables sur le CD Divas of Mozart's Day

(Une partie de ce texte a déjà été publié sur le site ODB-opera.com )


Dernière édition par Emmanuelle le Jeu 25 Mai - 13:19, édité 3 fois
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Ann Selina (Nancy) Storace (1765-1817)   Dim 10 Avr - 10:20

Merci beaucoup Emmanuelle pour ce dossier passionnant sur Nancy Storace qui nous informe avec beaucoup de clarté sur ce personnage d'exception et dissipe certaines idées reçues.

Avec Anna Selina Storace vous nous faites parcourir les opéras seria et bouffe les plus palpitants à une époque où la hiérarchie des valeurs était bien différente de celle que nous connaissons maintenant. Sans remettre en cause la suprématie de Wolfgang Mozart, on est forcé de constater en parcourant le répertoire de Storace, qu'il comporte des oeuvres de grande qualité: Il Re Teodoro in Venezia de Giovanni Paisiello avec ses deux gigantesques finales d'actes, La Grotta di Trofonio d'Antonio Salieri et les trois Martin i Soler (j'aime particulièrement l'Arbore di Diana que je trouve le plus abouti).

La liste des concerts auxquels Anna Selina Storace participa à Londres en collaboration avec Joseph Haydn est particulièrement instructive et constitue peut-être une donnée inédite (je ne l'ai pas vue dans le Vignal). J'ignorais qu'elle avait chanté la cavatine d'Euridice. On peut imaginer la satisfaction de Haydn d'entendre un des sommets de son opéra, chanté par une des plus grandes chanteuses de l'époque, lui qui se plaignait de la qualité médiocre de la distribution (Giacomo Davidde mis à part) prévue pour son opéra, malheureusement jamais représenté.
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MessageSujet: Re: Ann Selina (Nancy) Storace (1765-1817)   Lun 18 Avr - 15:39

Piero1809 a écrit:
Merci beaucoup Emmanuelle pour ce dossier passionnant sur [color=green]La liste des concerts auxquels Anna Selina Storace participa à Londres en collaboration avec [b]Joseph Haydn est particulièrement instructive et constitue peut-être une donnée inédite (je ne l'ai pas vue dans le Vignal). J'ignorais qu'elle avait chanté la cavatine d'Euridice. On peut imaginer la satisfaction de Haydn d'entendre un des sommets de son opéra, chanté par une des plus grandes chanteuses de l'époque, lui qui se plaignait de la qualité médiocre de la distribution (Giacomo Davidde mis à part) prévue pour son opéra, malheureusement jamais représenté.

La liste est effectivement en partie inédite (certaines infos se trouvent dans le Robbins Landon).

En ce qui concerne les représentations de l'Anima del Filosofo, rien n'est sûr. C'est Robbins Landon qui subodore qu'elle a pu chanter cet air là. (voir le lien que j'ai mentionné plus haut) En fait, les annonces de concert de l'époque parues dans les journaux sont souvent succinctes. On trouve très souvent des annonces du type "Compositeur, song, Interprète. Ce qui n'est guère parlant. En général les airs ne sont mentionnés que s'il s'agit d'inédits très attendus ou de "hits" susceptibles de faire venir du public payant. Il arrive aussi souvent qu'on mentionne que l'air est programmé "par demande du public."

Le pauvre Haydn s'est retrouvé pris en otage dans une situation qui le dépassait : l'incendie du King's Theatre, le passage de la patent (autorisation administrative) pour représenter l'opéra italien au théâtre concurrent (Pantheon) et la reconstruction du King's Theatre.... qui était rebâti mais qui n'avait pas le droit de donner l'opéra italien !!! conclusion, son opéra n'a pas été représenté. Il a été victime de la légèreté de ses commanditaires, qui pensaient faire un coup de force et donner quand même l'opéra. La situation ne se réglera (par force) que lorsque le Pantheon brûlera à son tour, avec de forts soupçons à l'époque de "magouille à l'assurance" et que le KT récupérera enfin l'opéra italien, seria et buffa....
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MessageSujet: Re: Ann Selina (Nancy) Storace (1765-1817)   Ven 22 Avr - 14:34

Certains détails de ces concerts et un article sur Salomon qui les organisa, se trouvent dans The Harmonicon, vol 8, 1830 sur Google Books
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Ann Selina (Nancy) Storace (1765-1817)   Lun 16 Mai - 23:55

Merci pour ce document. C'est dommage que les programmes n'indiquent pas les titres et les auteurs des arias chantés par Nancy Storace et Giacomo Davidde.
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Ann Selina (Nancy) Storace (1765-1817)   Hier à 14:08

Voici un commentaire sur le livre d'Emmanuelle Pesqué:

Nancy Storace Muse de Mozart et de Haydn par Emmanuelle Pesqué

Le plan de l'ouvrage comporte un avant propos suivi de trente trois chapitres relatant les évènements importants de la vie d'Anna Selina (Nancy) Storace pour trente d'entre eux et des considérations plus générales pour les trois derniers. Les chapitres possèdent un titre qui résume de manière concise et avec une pointe d'humour leur contenu: L' inglese en Italie et l'Italienne à Londres sont des clins d'oeil bienvenus (1). Les chapitres III à XII relatent les débuts en Italie d'Anna Selina, son mariage avec John Abraham Fischer, sa brillante et heureuse carrière à Vienne et sa rencontre avec Mozart. Les chapitres suivants XIII à XXX se situent en Angleterre, sa terre natale, mis à part une escapade sur le continent, alors en pleine guerre (chapitre XXII). Au cours de la période anglaise, sont décrits : la rencontre avec Haydn, divers épisodes très dramatiques dont le décès de son frère Stephen, et sa liaison avec le fameux ténor John Braham ainsi que la pénible séparation des deux amants. Suivent des annexes : un dossier iconographique, une chronologie résumant la carrière de la Storace, un chapitre très important consacré aux sources et à une vaste bibliographie (impressionnante liste des titres de la presse périodique), la discographie correspondant au répertoire de la chanteuse et un index onomastique (noms propres présents dans le texte).

L'impression générale est celle d'un ouvrage fournissant une quantité considérable d'informations émises avec une obsession pour la fiabilité et la rigueur. La véracité de l'information est garantie par des références renvoyant à des ouvrages de musicologues et d'historiens de la musique, à des revues musicales, à des articles journalistiques, à des témoignages trouvés dans la presse de l'époque, à la correspondance d'Anna Selina Storace et de tous ceux qui l'ont approchée. Des notes en bas de page permettent d'éclairer ou d'approfondir certains aspects du récit. De plus l'auteure utilise constamment des documents authentiques intercalés dans le récit. Ces derniers illustrent de facon à la fois éloquente, vivante, dramatique mais aussi souvent amusante (rocambolesque escapade en Campanie du compagnon d'Ann, le ténor John Braham) les principaux évènements ayant jalonné l'existence bien remplie de l'artiste. Ces textes écrits pour la plupart en anglais et en italien ont requis un travail considérable de traduction.

Au fur et à mesure de la lecture de cet ouvrage, le lecteur verra s'animer et vivre une personnalité douée d'un grand pouvoir de séduction mais également de traits moins avantageux. D'après les témoignages des contemporains rapportés dans cet ouvrage, se dégage un personnage possédant un franc-parler, beaucoup d'audace, une grande vivacité, une énergie considérable en dépit d'une santé fragile. Le reproche de la vulgarité revient souvent. Le physique est souvent critiqué, de façon choquante à mon avis, la voix a aussi ses limites d'après plusieurs chroniqueurs. Mais ce qui ressort et que l'on retiendra c'est l'incomparable talent de la chanteuse, à la fois musicienne et actrice née. Elle exprime avec beaucoup de sentiment les affects les plus variés, elle émeut ou amuse suivant le cas et elle incarne de manière incomparable les personnages populaires de la comédie italienne ou bien anglaise. C'est d'elle dont dépend le plus souvent le succès d'un opéra et les impresarios ou responsables d'opéras l'on bien vite compris. La Storace ne vit que pour la scène et la musique. Visse d'arte! C'est sa plus grande force.

En compagnie d'Anna Selina Storace, le lecteur sera également témoin de la vie musicale de son temps. A travers les très nombreux opéras qu'elle interprète, on voit se profiler les principaux compositeurs d'opéra italiens de l'époque. Pasquale Anfossi, Giovanni Paisiello, Domenico Cimarosa, Giuseppe Sarti, Antonio Salieri, Wolfgang Mozart, Giuseppe Haydn, Vicent Martin i Soler,...puis plus tard Giovanni Simone Mayr et Francesco Gnecco.. La Storace a servi tous ces compositeurs avec grand professionalisme et sans états d'âme. La hiérarchie qui fut forgée dans les temps qui suivirent, mettant Mozart sur un piédestal, n'apparaît pas dans sa bouche et ses écrits. Considérant les relations de la diva et Mozart, Emmanuelle Pesqué montre bien dans le chapitre XI, poétiquement intitulé Ch'io mi scordi di te... (2), qu'aucun élément ne permet actuellement de conclure à des relations autres que professionnelles. Le compositeur qui émerge de ce vaste récit est indiscutablement son frère, Stephen Storace, compositeur d'opéras et auteur de pasticcios, aujourd'hui oublié et pour qui la Storace va donner tout son art et toute son énergie. Les lecteurs de cet ouvrage vont probablement brûler d'impatience de découvrir les opéras de Stephen Storace, notamment The Haunted Tower....

Les librettistes font aussi partie de l'environnement artistique de la diva. Giovanni Battista Casti, Lorenzo da Ponte, Giovanni Bertati, Carlo Francesco Badini, sont bien présents avec leurs rivalités ou leurs intrigues. Da Ponte, auteur inspiré du livret des Noces de Figaro, de celui de l'Arbore di Diana, d'Una Cosa rara, de La Grotta di Trofonio...y joue évidemment un rôle de premier plan, pas toujours à son avantage, que le lecteur découvrira avec intérêt.

Témoin d'une époque troublée, d'une révolution et de guerres incessantes, Ann Selina traverse cette période sans trop de dommages. Grâce à la plume de l'auteure, on trouve d'intéressants témoignages de la vie de l'époque et tout particulièrement de celle d'une Angleterre in tempore bello à travers une presse pas tellement éloignée des tabloids d'aujourd'hui. Les temps troublés n'empêchent pas une vie musicale active relatée presqu'au jour le jour. On y apprend plein de choses notamment l'existence de ces concerts à bénéfice si lucratifs pour les artistes. Ces pages témoignent d'une remarquable connaissance de la culture anglo-saxonne.

Dans un chapitre conclusif, Nancy Storace, personnage de fiction, l'auteure montre combien la vie riche et romanesque de la chanteuse a fasciné de nombreux romanciers ou dramaturges et cela jusqu'à aujourd'hui dans le cinéma et la télévision. Comme le dit l'auteure dans sa conclusion: Ann Selina Strace, au travers des images de la fiction, demeure un fantasme mozartien autant qu'une icône du Siècle des Lumières (3).

Ce splendide ouvrage qui se présente comme une thèse de doctorat, se lit en même temps comme un roman. Un livre de 505 pages, incontournable pour les amoureux de Haydn et Mozart, les amateurs de la musique de la deuxième moitié du 18ème siècle, les chercheurs en musicologie et en histoire de la musique.

(1) Clin d'oeil à L'Italiana in Londra, dramma giocoso de Domenico Cimarosa.
(2) Que je t'oublie ? Titre d'un magnifique air de concert pour soprano, pianoforte et orchestre K 505 de Mozart.
(3) Emmanuelle Pesqué, Nancy Storace, muse de Mozart et de Haydn, Emmanuelle Pesqué 2017. ISBN 978-2-9560410-0-9

Pierre Benveniste


Dernière édition par Piero1809 le Mer 28 Juin - 14:13, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Ann Selina (Nancy) Storace (1765-1817)   Hier à 14:11

Le livre Nancy Storace, muse de Mozart et de Haydn est disponible chez Amazon/

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