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 LES TONALITES CHEZ HAYDN

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Piero1809
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MessageSujet: LES TONALITES CHEZ HAYDN   Mer 28 Mar - 22:11

Nous attribuons maintenant au mode mineur une signification de tristesse, héritage probable des époques romantiques et classiques.

Pendant la période baroque, les compositeurs utilisaient souvent le mode mineur et ce dernier était de ce fait relativement neutre. Par exemple le concerto grosso per la notte di Natale (pour la nuit de Noêl) d’Antonio Corelli est écrit dans la tonalité de sol mineur et on ne peut pas dire qu’il s’agisse d’une oeuvre triste. Par contre, les compositeurs galants ou classiques (Jean Chrétien Bach, Joseph et Michaël Haydn, Wolfgang Mozart, ect…) utilisent rarement le mode mineur. Chez Mozart par exemple, sur une centaine d’oeuvres composées entre 1774 et 1777 (période appelée par Wizewa et Saint Foix: le triomphe de la galanterie), il n’y a qu’une seule oeuvre dans le mode mineur, l’Offertoire en ré mineur (Misericordias Domini) K 222. Chez Michaël et Joseph Haydn le mode mineur est à peine plus utilisé pendant la même période. Si chez Mozart le mode mineur est rare, sa signification est par contre très importante, les adjectifs dramatiques, tragiques, pathétiques, passionnés sont souvent utilisés pour le qualifier. Le quintette à cordes pour deux altos en sol mineur K1 516 est l’archétype des oeuvres en mineur de Mozart et présente au moins l'un caractères énumérés précedemment.

Quelle est la signification du mode mineur chez Joseph Haydn? On peut dire que les épithètes plus haut s’appliquent aussi aux oeuvres en mineur de Joseph Haydn et en particulier à celles écrites pendant la période Sturm und Drang (symphonies n° 26 en ré mineur, 34 en ré mineur, 39 en sol mineur, 44 en mi mineur, 45 en fa# mineur, 49 en fa mineur, 52 en ut mineur, sonate n° 33 HobXVI.20, quatuors à cordes opus 9 n°4 en ré mineur, opus 17 n° 4 en ut mineur, opus 20 n°3 en sol mineur et n°5 en fa mineur entre 1767 et 1772). Dans les Sept Paroles du Christ HobXX.1, le mode mineur a une signification évidemment particulièrement dramatique. Toutefois il semble que souvent le mode mineur soit plus neutre chez Haydn que chez Mozart et en particulier dans les oeuvres composées après 1780. La célèbre sonate pour piano en mi mineur HobXVI.34 n’a aucun caractère dramatique, tout au plus y détecte-t-on une fugitive mélancolie. Il n’y a aucun drame dans le finale en ut mineur de la symphonie n° 78 ou celui en ré mineur du quatuor opus 76 n°2 Les Quintes.
La tonalité mineure la plus employée par Joseph Haydn est celle de fa mineur (4 bémols à la clé), en fait fa mineur est pour Haydn ce que sol mineur est pour Wolfgang Mozart. Haydn n'a pas dédaigné non plus la tonalité rare de fa# mineur (3 dièzes). Marc Vignal signalait que parmi les quelques 15.000 symphonies composées entre 1750 et 1800, une seule est en fa# mineur et c'est la symphonie n° 45 dite les Adieux de Joseph Haydn (1).


Joseph Haydn est bien plus aventureux que Wolfgang Mozart dans le choix des tonalités. Les armatures chargées en dièzes et en bémols ne lui font pas peur comme le montrent les exemples suivants:
Sonate n° 49 HobXVI.36 pour pianoforte en ut dièze mineur (4 dièzes à la clé) avec un mouvement central en ut dièze majeur (7 dièzes à la clé!!!),
Trio n° 41 HobXV.31 pour piano, violon et violoncelle en mi bémol mineur (6 bémols),
Symphonie n° 46 en si majeur (5 dièzes),
Largo en fa dièze majeur (Six dièzes) du quatuor opus 76 n° 5,
Nombreuses oeuvres en la bémol majeur (4 bémols) et en mi majeur (4 dièzes).

Haydn innove aussi par les contrastes de tonalité existant entre le mouvement lent et le premier mouvement de ses oeuvres composées dans les dernières années du dix huitième siècle. Rappelons que chez Mozart le mouvement lent est généralement à la sous-dominante ou plus rarement à la dominante du ton principal. Par exemple dans de divertimento en mi bémol majeur K 563, l'adagio est en la bémol majeur (sous-dominante).Haydnl fait preuve dans ce domaine d'une audace que les romantiques ne dépasseront pas car ses mouvements lents sont souvent écrits dans une tonalité très éloignée de celle du premier mouvement.. Le plus bel exemple se trouve dans la quatuor à cordes en sol mineur opus 74 n° 3 Le Cavalier composé en 1793 qui possède un extraordinaire Largo en mi majeur faisant suite à un mouvement en sol mineur. Avec ce Largo, on se trouve ainsi plongé dans une atmosphère, un éclairage, une couleur tout à fait différents de ceux du premier mouvement Allegro. Le contraste est également frappant dans la sonate n° 62 en mi bémol majeur HobXVI.52 entre l'allegro initial en mi bémol majeur et l'adagio dans la tonalité incroyable de mi majeur!


(1) Marc Vignal, Joseph Haydn, Fayard 1988.
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Piero1809
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MessageSujet: Les tonalités chez Joseph Haydn   Mar 10 Avr - 15:12

Dans les 107 symphonies de Joseph Haydn habituellement répertoriées, les tonalités sont représentées comme suit:

Ré majeur 23 symphonies
Do majeur 20
Si bémol majeur 13
Sol majeur 12
Mi bémol majeur 11
La majeur 8
Fa majeur 6
Do mineur 3
Re mineur 3
Sol mineur 2
Mi majeur 2
Mi mineur 1
Si majeur 1
Fa# mineur 1

Total 107

On voit que Ré et Do majeur tonalités festives et brillantes par excellence sont nettement majoritaires. Le second groupe, Si bémol, Sol et Mi bémol majeur comporte des oeuvres souvent plus intimistes et personnelles. Le troisième groupe La et Fa comporte de nouveau des oeuvres plutôt neutres à l'exception de la géniale symphonie n° 64 en la majeur. Les tonalités mineures et exotiques (si majeur) sont concentrées nettement dans la période Sturm und Drang (1768-1772) alors que toutes les autres tonalités sont réparties assez régulièrement tout au long de la vie de Haydn qui composa des symphonies de 1758 environ jusqu'à 1795.
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Piero1809
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MessageSujet: Re: LES TONALITES CHEZ HAYDN   Dim 10 Aoû - 15:55

Chez les compositeurs baroques la tonalité avait une signification précise. Marc Antoine Charpentier (1643-1709) a rédigé un petit traité appelé Règles de composition dans lequel il énumère Les affects des tonalités.

Voilà quelques affects:
Do majeur gay et guerrier
Do mineur obscur et triste
Ré majeur  joyeux et très guerrier
Ré mineur  grave et dévôt
Sol majeur doucement joyeux
Sol mineur sévère et magnifique
Mi bémol majeur cruel et dur etc...

http://classe.violon.free.fr/direction-orchestre/clip/tonalites.htm

Je trouve que ces attributs des tonalités sont judicieux et s'appliquent assez bien à la musique de Joseph Haydn, mis à part mi bémol majeur qui chez Haydn et Mozart exprime, à mon avis, la majesté, la plénitude....
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Joachim

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MessageSujet: Re: LES TONALITES CHEZ HAYDN   Sam 16 Aoû - 11:19

Très intéressante, ton étude des tonalités chez Haydn. Je ne pense pas qu'un autre composteur, à l'époque, ait autant utilisé les tonalités mineures, du moins en proportion, dans leurs oeuvres.

Tu as vu, dans ton lien, que les affects de tonalités diffèrent énormément entre les quatre compositeurs ? Je me demande quels seraient ces affects chez les compositeurs contemporains, du moins chez ceux qui ont conservé les tonalités.
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Piero1809
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MessageSujet: Re: LES TONALITES CHEZ HAYDN   Mer 27 Aoû - 18:03

Joachim a écrit:

Tu as vu, dans ton lien, que les affects de tonalités diffèrent énormément entre les quatre compositeurs ? Je me demande quels seraient ces affects chez les compositeurs contemporains, du moins chez ceux qui ont conservé les tonalités.
Question intéressante en effet.
Je crois que chez Richard Strauss la tonalité est vraiment importante.

Pour Une Vie de Héros, Richard Strauss utilise la même tonalité que celle de la …..symphonie Héroïque de Beethoven, c'est à dire mi bémol majeur, une tonalité exprimant la grandeur, la majesté, la plénitude, c'est également celle du 5 ème concerto pour piano de Beethoven.
Salomé commence en mi majeur, la plus sensuelle des tonalités et la plus propre à évoquer les passions, celles de Narraboth pour Salomé, puis de Salomé pour Jochanaan!
C'est en ré mineur que débute Elektra, ce choix n'est pas anodin, c'est la tonalité principale du Don Giovanni de Mozart, la plus propre à évoquer le drame sanglant qui va se nouer dans cette formidable évocation du mythe des Atrides.
La grandiose fanfare (très Metro Goldwin Mayer) par laquelle  commence le poème symphonique Also sprach Zarathustra ne pouvait commencer que dans un do majeur éclatant et lumineux!
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