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 Richard STRAUSS (1864-1949)

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Piero1809
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MessageSujet: Richard STRAUSS (1864-1949)   Mer 27 Juin - 14:38

Richard Strauss, né en 1864, a vécu longtemps et a composé de la musique jusqu'à sa mort en 1949. De ce fait sa musique d'abord nourrie du romantisme de Johannes Brahms parcourt également la moitié du vingtième siècle. Pour les détails concernant sa vie et son oeuvre on peut lire un bon article dans Wikipedia (1). Ses poèmes symphoniques composés pour la plupart au début de sa carrière sont célèbres et le prologue de Ainsi parla Zarathoustra composé en 1896 a été incorporé dans la musique de film de 2001, l'Odyssée de l'Espace de Stanley Kubrick. C'est dans l'opéra que le génie de Richard Strauss s'exprime pleinement et Salomé (1904) est, à mon avis, un des plus grands opéras de tous les temps. Salomé, Elektra (1909) et Der Rosenkavalier (1911) écrits tous trois avant la guerre de 14-18 forment une superbe trilogie. Les opéras suivants et notamment Arianna auf Naxos (1916), La Femme sans Ombre (1919), Arabella (1933) et Cappriccio (1942) contiennent également de très belles pages. A la fin de sa vie, Richard Strauss revient à la musique instrumentale écrite généralement pour de petits ensembles. Ses Métamorphoses pour 23 cordes (1945), son deuxième concerto pour cor (1943) et son concerto pour hautbois (1945) sont des oeuvres très émouvantes.
Tandis qu'on associe souvent Gustav Mahler à Joseph Haydn (humour rustique, rythmes d'Europe Centrale), c'est plutôt à Wolfgang Mozart que Richard Strauss fait penser surtout dans ses opéras.

(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Strauss
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Richard STRAUSS (1864-1949)   Ven 29 Juin - 22:08

Der Rosenkavalier, musique de Richard Strauss, livret de Hugo von Hoffmanstahl fut crée à Dresde le 26 janvier 1911. Après les déchainements quasi hystériques de Salomé (1905) et Elektra (1909), Strauss confía que le temps était maintenant venu pour écrire un opéra alla Mozart. Le projet du Rosenkavalier vit enfin le jour au terme d’une longue et riche correspondance entre Strauss et Hoffmanstahl (1).

Synopsis (inspiré du programme du spectacle donné à l'ONR en juin 2012).
La chambre de la Maréchale au petit jour. Le baron Ochs auf Lerchenau, un homme d’âge mûr, interrompt le dialogue amoureux entre la Maréchale et son jeune amant Octavian. Ce dernier se déguise en soubrette afin de ne pas compromettre sa maitresse. Ochs parle à la Maréchale de ses projets matrimoniaux: il doit épouser la jeune Sophie, fille d’un riche commerçant Faninal. Il demande à la Maréchale de désigner l’homme digne de présenter à la future mariée une rose d’argent comme le veut la coutume. La Maréchale propose le jeune comte Octavian Rofrano.
Restée seule la comtesse médite sur le temps qui passe et ses craintes d’être abandonnée par son amant.

Chez Monsieur de Faninal. Le comte Octavian Rofrano presente la rose d’argent à Sophie de Faninal. Les deux jeunes gens sont aussitôt attirés l’un vers l’autre. C’est le coup de foudre. Le comportement grossier de baron Ochs choque Sophie qui est bien décidée à ne pas épouser son prétendant. Octavian somme le baron de renoncer à Sophie. Le ton monte entre les deux hommes et Octavian blesse le baron d’un coup d’épée. Tout le monde crie au scandale et Faninal est obligé de renvoyer Octavian. Ochs resté seul se console en pensant à son rendez-vous avec la soubrette Mariandel qui n’est autre que Octavian déguisé.

Une chambre dans une auberge. Ochs est à table avec Mariandel mais est mal à l’aise à cause de la ressemblance avec Octavian. En fait ce rendez-vous galant est un coup monté par ce dernier et Ochs est surpris par une soi-disant femme qu’il a séduite et abandonnée et une troupe d’enfants qui crient Papa, papa! On appelle Faninal et la pólice s’en mêle. Le scandale est complet. La Maréchale avertie de la situation a tout deviné et conseille au baron de battre en retraite honorablement ce qu’il fait. La Maréchale a compris que le jour tant redouté est arrivé. Elle conduit Sophie vers Octavian et se retire.

La musique.
A première vue, la musique du Chevalier à la Rose semble bien plus facile et moins agressive que celle de Salomé et Elektra. Un certain nombres d’épisodes sont consonants et les nombreuses valses qui parcourent la partition sont devenues des classiques. Elles ont d’ailleurs été rassemblées par Strauss lui-même dans une brillante suite qui est devenu un cheval de bataille des chefs d’orchestre. A y voir de plus près, le fond du langage musical reste très hardi et souvent dissonant mais ces audaces sont tempérées par les passages mélodieux. Certains épisodes à la fois agressifs et touffus comme le prélude de l’acte III ou encore la scène du duel entre Ochs et Octavian à l'acte II se résolvent chaque fois dans la douceur par une valse lente jouée avec sourdines. Parfois les oppositions de style surviennent dans une même phrase musicale: le thème de la présentation de la rose (Mir ist die Ehr...C'est à moi que revient l'honneur...) est un chant diatonique du hautbois en fa# majeur suivi par une extraordinaire succession d’accords cristallins du célesta, des flûtes et des harpes qui dessinent une ligne mélodique chromatique étrange. On a là une scène sublime, un des épisodes les plus magiques et précieux de l’opéra qui reflète bien les ambiguités du livret; ce dernier en effet mélange la comédie à des scènes de réflexion quasi philosophique: des considérations sur les outrages du temps qui passe et la fugacité de l’amour. A noter que ces harmonies et ces alliages de timbres inouis reapparaîtront dans la scène finale du troisième acte lorsque les deux jeunes gens (Octavian et Sophie) chanteront leur bonheur. Les ressemblances avec l’opéra mozartien et tout particulièrement Les Noces de Figaro ont été soulignées par Marko Letonja (2) et Mariame Clément (3) et il n’y a pas lieu d’insister sur ce point. Les références à Falstaff (celui de Salieri en particulier) ont été très justement évoquées par Jérôme et Emmanuelle Pesqué (4). L’influence de la commedia dell’arte est aussi palpable et la pétillante conclusion orchestrale de l’oeuvre n’est pas sans rappeler la conclusion de l’opéra Nina ossia La Pazza per Amore de Giovanni Paisiello, un auteur qui ne dédaigna pas les personnages de la comédie italienne dans son Pulcinella vendicato.

Les sommets.
Bien que le chant soit continu tout au long de l’oeuvre, on distingue des sections où le chant est proche du langage parlé et d’autres plus mélodiques qui tendent vers l’aria ou l’ensemble classique. Ces derniers regardent évidemment du côté du 18ème siècle et de Mozart en particulier.
Mis à part la scène sublime de la présentation de la rose d’argent au debut de l’acte II qui est le point focal du spectacle autant par sa signification dramatique que du point de vue musical, il y a bien d’autres scènes remarquables comme le duetto d’Ochs et Mariandel à l’auberge au debut de l’acte III. Dans le trio vocal situé à la fin de l’acte III (Hab’ mir’s gelobt, ihn lieb…) les tensions accumulées tout au long de l’acte se libèrent dans un chant d’une splendeur mélodique exceptionnelle.

(1) Marcel Marnat, Programme Der Rosenkavalier, Nés l’un pour l’autre. ONR juin 2012.
(2) Marko Letonja, Comment interpréter un opéra Viennois, ibid.
(3) Mariame Clément, Le Chevalier libéré de la tradition, ibid.
(4) Emmanuelle et Jérôme Pesqué, http://odb-opera.com/modules.php?name=Forums&file=viewtopic&t=11299




Dernière édition par Piero1809 le Jeu 6 Sep - 10:06, édité 7 fois
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Joachim

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MessageSujet: Re: Richard STRAUSS (1864-1949)   Sam 30 Juin - 19:32

Personnellement, c'est la musique symphonique qui a ma préférence chez Richard Strauss (mais il est vrai que c'est en général dans la musique orchestrale que je trouve le plus de délices...).

Sa grandiose symphonie des alpes, ses poèmes symphoniques, la symphonie domestique, et jusqu'aux oeuvres de jeunesse (symphonies en ré mineur et en fa mineur), le Josephlegend, etc, sont en effet des oeuvres que j'écoute toujours avec beaucoup de plaisir.

J'ai plus de mal avec l'opéra straussien, je les ai presque tous écoutés, et c'est jusqu'à présent la Femme sans ombre que j'ai préféré. Le Chevalier à la Rose, il est vrai, je ne l'ai écouté qu'une fois, il m'avait semblé bien long (plus de 3 heures).
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Richard STRAUSS (1864-1949)   Dim 1 Juil - 8:59

Joachim a écrit:

J'ai plus de mal avec l'opéra straussien, je les ai presque tous écoutés, et c'est jusqu'à présent la Femme sans ombre que j'ai préféré. Le Chevalier à la Rose, il est vrai, je ne l'ai écouté qu'une fois, il m'avait semblé bien long (plus de 3 heures).
La durée du Chevalier à la Rose est de 4h30 en fait.
Le DVD de l'opéra de Zurich (Direction Franz Welser-Möst) est magnifique avec une Maréchale (Nina Stemme) exceptionnelle par sa performance vocale et dramatique et un baron Ochs (Alfred Muff) à la voix profonde et un jeu d'acteur éblouissant. J'ai pu acquérir ce DVD à prix très doux, 10€ il y a un an.

Le spectacle de l'opéra National du Rhin donné en juin 2012 a fait l'objet d'un compte rendu très intéressant (1).

(1) http://odb-opera.com/modules.php?name=Forums&file=viewtopic&t=11299
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MessageSujet: Re: Richard STRAUSS (1864-1949)   Mer 5 Sep - 9:08

Une Vie de Héros

Une Vie de Héros opus 40 de Richard Strauss, un poème symphonique composé en 1898, est une oeuvre fascinante, en fait une symphonie en six mouvements.

1er mouvement. La symphonie débute en mi bémol majeur comme l’Eroica de Beethoven et le choix de cette merveilleuse tonalité (elle donne aux cordes une grande plénitude) n’est pas le fruit du hasard: Description du Héros, la stabilité tonale de tout ce vaste début est frappante, d'une dimension à couper le souffle et la sonorité fascinante, on pense aussi à la symphonie n° 99 de Haydn,
2ème et 4ème mouvements. Les démêlés du compositeur avec les critiques musicaux et littéraires sont irrésistibles et épiques: les Adversaires du Héros et le Champs de Bataille du Héros (formidable bataille symphonique), Richard Strauss ne manque pas d’humour décidément,
3ème mouvement. La description de Pauline Ahne, incarnée par un extraordinaire violon solo, est aussi très drôle: la Compagne du Héros, on voit que Strauss est un sensationnel peintre de personnages féminins,
5ème mouvement. Strauss se contemple, un peu à la manière de Charlie Chaplin dans Limelight: Les Oeuvres de Paix du Héros..., épisode comportant des citations de Don Juan, Ainsi parla Zarathoustra, Don Quichotte, Till Eulenspiegel, Mort et Transfiguration…Peut-on avoir encore des doutes sur l’identité du Héros ainsi que sur sa modestie?
6ème mouvement. Strauss conclut avec une suavité, une tendresse et un apaisement indicibles (c’est Strauss qui parle! On n'est jamais mieux servi que par soi-même) dans le sixième mouvement: Solitude et Plénitude du Héros.

Bref, il ne manque que la voix humaine à ce Poème Symphonique pour en faire le premier grand opéra de son auteur sur...Lui-même! Je me trouve tout aussi intéressant que Napoléon ou Alexandre, confiait-il à Romain Rolland.
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MessageSujet: Re: Richard STRAUSS (1864-1949)   Mer 24 Juil - 12:21

On a la chance de pouvoir visualiser gratuitement un spectacle d'exception sur ARTE live web:

Elektra, opéra de Richard Strauss avec la prodigieuse Evelyn Hertzelius dans le rôle titre, mise en scène de Patrice Chéreau, retransmis du festival d'Aix en Provence:

http://liveweb.arte.tv/searchEvent.do;jsessionid=43DD6167B76154C6AD2B8DFA6C8790B4.tc6l

A couper le souffle!
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Haydn
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MessageSujet: Re: Richard STRAUSS (1864-1949)   Sam 8 Fév - 1:16

Depuis que j'ai découvert les DVD de Salomé et de Elektra avec Karl BÖHM à la direction, je ne pourrai pas écouter d'autres versions sans être déçu ! Sauf peut être Karajan qui dit-on a enregistré une "Salomé" remarquable ou Solti. Je mets des liens pour ceux que ça intéresse, opéras complets

BÖHM - Elektra - Rysanek - Varnay - OPERA COMPLET VIDEO : http://www.youtube.com/watch?v=9xfzf1fVYJg

BÖHM - Salomé - Stratas - Weikl - Varnay - OPERA COMPLET VIDEO : Partie 1  http://www.youtube.com/watch?v=3g4z1-DvZAk  et partie 2  http://www.youtube.com/watch?v=BBAu5XNPno0

Sont disponibles en audio intégral sur Youtube Salomé de Solti, Salomé de Karajan et Elektra de Karajan.
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MessageSujet: Re: Richard STRAUSS (1864-1949)   Lun 17 Fév - 13:18

Haydn a écrit:

Sont disponibles en audio intégral sur Youtube Salomé de Solti, Salomé de Karajan et Elektra de Karajan.

Egalement sur You Tube en version intégrale le film de l'opéra Salomé représentée à Covent Garden en 1997 avec la distribution suivante:
Direction musicale : Christoph von Dohnányi
Orchestre de la Royal Opera House (Covent Garden)
Mise en scène (1997) : Luc Bondy
Chorégraphie : Lucinda Childs
Réalisation vidéo (1997) : Hans Hulscher

Salomé, fille d'Hérodiade : Catherine Malfitano (soprano)
Jokanaan (Jean le Baptiste), prophète : Bryn Terfel (baryton-basse)
Hérode, tétrarque de Judée : Kenneth Riegel (ténor)
Hérodiade, femme du tétrarque : Anja Silja (soprano)
Narraboth, capitaine de la garde : Robert Gambill (ténor)

Malfitano et Terfel sont remarquables d'engagement et par leur performance vocale. Un spectacle à couper le souffle!
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MessageSujet: Re: Richard STRAUSS (1864-1949)   Sam 25 Mar - 9:35

Haydn a écrit:
Depuis que j'ai découvert les DVD de Salomé et de Elektra avec Karl BÖHM à la direction, je ne pourrai pas écouter d'autres versions sans être déçu ! Sauf peut être Karajan qui dit-on a enregistré une "Salomé" remarquable ou Solti. Je mets des liens pour ceux que ça intéresse, opéras complets

Merci Haydn pour cette intervention et les liens.

Ayant vu très récemment Salomé à l'Opéra National du Rhin avec Helena Juntunen dans le rôle titre, j'ai aussi parcouru différentes versions dont celle de Leinsdorf avec Montserrat Caballé. J'ai visionné sur You Tube une version de Böhm avec Teresa Stratas, une version au Metropolitan Opéra avec Sinopoli à la baguette et Catarina Malfitano. Si Montserrat Cabale est vocalement la championne (il n'y a pas photo), Teresa Stratas est une remarquable actrice!.

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MessageSujet: Re: Richard STRAUSS (1864-1949)   Mar 28 Mar - 11:59

SALOME, opéra de Richard Strauss sur un livret de Hedwig Lachmann, adaptation de la pièce Salomé d'Oscar Wilde. Mise en scène par Olivier Py et Pierre-André Weitz.
Représentation à l'Opéra du Rhin du 10 mars 2017

Salomé a provoqué la plus forte émotion  de ma vie d'amateur d'opéra, et a dépassé de ce point de vue mes autres favoris : Tristan, Pelléas, Don Giovanni, Tosca....

Certains reprochent au chef d'oeuvre de Richard Strauss une absence de mélodie et pas assez de beau chant. L'ayant beaucoup écouté, j'y trouve un chant continu, d'une beauté déchirante. Il suffit d'écouter le merveilleux thème qui caractérise Salomé, celui qui retentit aux cors à chaque intervention de Jochanaan, les quartes troublantes qui évoquentt le cachot dans lequel est enfermé ce dernier, le thème de valse qu'on entend à plusieurs reprises et notamment dans la fameuse danse des sept voiles etc...., pour être convaincu par la richesse mélodique de cette partition. D'autres parlent d'atonalité ! Rien d'atonal dans cette partition mais un langage post-romantique avec des dissonances qui se résolvent vite. Seule concession au modernisme, d'incessants chromatismes qui enchantent l'oreille. Après la scène fameuse du combat entre Salomé et Jochanaan (1), on entend un vaste interlude orchestral où tous ces thèmes s'affrontent et qui résume tous les évènements de cette première partie. Quel tour de force, quelle merveille  d'orchestration, d'une puissance  et d'un raffinement inouis!

La mise en scène et le décor d'Olivier Py et de Pierre-André Weitz sont époustouflants. On éprouve une sensation indescriptible quand le décor s'écroule à grand fracas sur les spectateurs. On reste pantois devant la beauté de ces vastes fresques picturales et notamment la forêt amazonienne, de ces superbes chorégraphies, de ces magnifiques costumes notamment celui de Salomé en guerrière jaguar...Quelle richesse dans ces symboles christiques qui contrepointent les prophéties de Jochanaan...On comprend que Olivier Py ait adoré cet opéra, ait tenté de dépasser son caractère orientalisant et décadent, fin de siècle, et d'aller aussi loin que possible dans le message cryptique contenu dans le texte et la musique, de donner à Salomé une signification plus universelle..L'impressionnante et sanglante figure de l'ange de la mort est une trouvaille brillante qui renvoie aux battements d'ailes qui obsèdent Hérode tout au long de la partition..
J'aimerais tant que ce spectacle fasse l'objet d'un DVD pour pérenniser ces images fabuleuses !.

Toutes les chanteuses et chanteurs sont à louer. Excellent Narraboth de Julien Behr émouvant et sensible. Beau contralto (Yael Raanan Vandor) dans le rôle du page. Magnifique Hérode à qui Wolfgang Ablinger-Sperrhacke a donné un peu plus de dignité qu'à l'accoutumée. Très bonne Hérodiade (Susan Maclean). Robert Bork qu'on a entendu récemment à Strabourg dans Liebesverbot, m'a beaucoup impressionné dans le rôle de Jochanaan, quelle voix !. Belle prestation des deux soldats (Jean-Gabriel Saint-Martin et Sevag Tachdjian), du cappadocien (Georgios Papadimitriou), des deux nazaréens (Ugo Rabec et Emmanuel Franco), belle performance d'ensemble des cinq juifs (Andreas Jaeggi, Mark van Arsdale, Peter Kirk, Diego Godoy, Nathanaël Tavernier) auxquels les deux complices Olivier Py, Pierre-André Weitz donnent des habits de cardinal, de pasteur, de pope, de rabbin, de notable dans ce qui ressemble bien à une danse macabre...Helena Juntunen qu'on a applaudie à Strasbourg dans Der ferne Klang de Schrecker et dans un joli récital de mélodies d'Alban Berg et de Sibelius, a donné une image moins monolithique, plus sensible, plus humaine de la princesse Salomé et a bien traduit, par son chant, son profond désir d'absolu (1). La soprano s'est bien sortie des terribles difficultés vocales de la partition et notamment d'un ambitus convenant d'avantage à une mezzo qu'à une soprano. Son sol bémol 2 sur ...des Todes était bien audible. Son timbre de voix très harmonieux était bien assuré sur toute l'étendue de sa tessiture. A la fin, sans doute fatiguée par ce rôle écrasant , il y eut de petits problèmes d'intonation dans les aigus du grand monologue final, notamment sur un si bémol 4 mais cela n'entame en rien une performance globalement remarquable.

Admirable exécution orchestrale sous la direction de Constantin Trinks. C'est un orchestre réduit d'un tiers qui était présent dans la fosse faute de place. Les six cors prévus étaient réduits à 4 pour ne citer qu'un seul exemple. Les instruments présents à l'unité (clarinette basse, contrebasson, célesta...) n'en ressortaient que mieux. Par contre dans certaines scènes comme la dispute théologique des juifs, dans laquelle l'orchestre intervient avec une puissance fabuleuse, j'ai ressenti un léger manque de volume. Dans une partition d'une difficulté transcendante , les musiciens ont montré leurs extraordinaires capacités.

Ovation très enthousiaste d'un public dans laquelle figurait de nombreux lycéens. A mon niveau (3ème balcon) j'ai cependant entendu quelques huées (2).

(1) Rencontre avec Olivier Py et Pierre-André Weitz, Librairie Kléber, jeudi 9 mars, 2017.
(2) Ce texte est une version abrégée d'un compte rendu publié dans Odb-opéra.

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MessageSujet: Re: Richard STRAUSS (1864-1949)   Ven 7 Avr - 8:35

Le dernier numéro de Rundinella est consacré à l'opéra Salomé avec de belles photos du spectacle donné à l'opéra National du Rhin.

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