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 Georg Friedrich HAENDEL (1685-1759!

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Piero1809
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MessageSujet: Georg Friedrich HAENDEL (1685-1759!   Lun 9 Mar - 11:56

Comment! L'illustre Georg Friedrich Haendel n'est pas présent dans notre liste de compositeurs!

Magnifique dossier parfaitement rigoureux et référencé à lire:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Georg_Friedrich_Haendel

Actuellement on peut visionner Alcina, un spectacle extraordinaire à l'adresse suivante:
http://culturebox.francetvinfo.fr/live/musique/opera/alcina-de-haendel-a-la-monnaie-de-munt-210997

Vous n'en sortirez pas indemnes!
Compte rendu à suivre

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Piero1809
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MessageSujet: Re: Georg Friedrich HAENDEL (1685-1759!   Jeu 12 Mar - 15:19

ALCINA
Christophe Rousset Direction Musicale
Pierre Audi Mise en scène

Haendel : Alcina (1735).

Sandrine Piau, Alcina
Maité Beaumont, Ruggero
Angélique Noldus, Bradamante
Sabina Puertolas, Morgana
Giovanni Furlanetto, Melisso
Daniel Behle, Oronte

Alcina est un opéra seria de Georg Friedrich Haendel, composé en 1735 sur un livret rédigé d'après l'Arioste.

Alcina a pris la mauvaise habitude de transformer les amants dont elle est lasse en pierres, bêtes ou monstres. Avec Ruggero, un croisé égaré, elle connaît le véritable amour et maintient son amant en sa puissance par divers artifices. Bradamante qui aime Ruggero débarque sur l'île d'Alcina, déguisée en homme, en compagnie de Melisso. Ce dernier arrive à convaincre Ruggero avec un anneau d'or, qu'il doit recouvrer sa lucidité et s'éloigner d'Alcina. Cette dernière, se voyant abandonnée, clame sa douleur et tente en vain de maintenir Ruggeroi sous son emprise. L'île d'Alcina est cernée par les croisés, les troupes de la magicienne sont défaites et ses monstres éliminés. Les victimes d'Alicia recouvrent leur condition humaine et l'union de Bradamante et Ruggero deviendra possible tandis que la magicienne déchue s'en va avec sa suivante Morgane.  

Alcina que j'ai vu en streaming est en effet un spectacle exceptionnel : mise en scène, scénographie, direction musicale superlatifs et des chanteurs et des instrumentistes remarquables. Il n'y a aucun bémol.

Haendel a été bien servi et il le mérite car il a été particulièrement bien inspiré dans cette œuvre. La plupart des airs de cet opéra sont des merveilles. S'il faut asolument faire un choix alors ma préférence va vers l'air de Ruggero à l'acte II, Mi lusinga il dolce affetto et son très bel accompagnement de théorbe ; l'air de Morgana, Ama, sospira et son spectaculaire solo de violon, le bouleversant air d'Alcina, Ah mio cor !, aria di disperazione ou lamento, je ne sais pas....l'aria di furore d'Alcina, Ombre pallida et sa magnifique trame orchestrale très contrapuntique. L'acte III est encore plus intéressant avec un air de Morgana, Credete al mio dolore et son accompagnement de viole de gambe qui m'évoque la Passion selon Saint Jean de Jean Sébastien Bach ! Un des sommet de l'opéra est peut-être l'aria di paragone de Ruggero, Sta nell'ircana pietrosa tana tigre sdegnosa..., Alcina acculée par ses ennemis, est comparée à une tigresse qui hésite entre bondir sur ses ennemis ou protéger ses petits . La magicienne qui pourtant ne chante pas emplit la scène de sa présence. Elle arrache enfin des larmes dans son air Mi restano le lagrime, Sicilienne magnifique qui devient presque un cantique dans sa partie centrale. On sent bien dans cette œuvre composée en 1735, que la période des grands oratorios est proche.

Pas de fausse note dans la distribution, d'excellentes chanteuses suprêmement engagées à tous les postes et quelle direction d'acteurs !. Dans un ensemble de haute qualité, j'ai adoré Sabina Puertolas, magnifique Morgana : voix superbe, engagement superlatif, Maïte Beaumont, chanteuse aux possibilités incroyables, voix à la tessiture très étendue ; aussi à l'aise dans Cinderella que dans le baroque...et bien sûr Sandrine Piau (Alcina) au sommet de son art. Les chanteurs, tous deux excellents,  ne sont pas en reste.
L'orchestre des Talents lyriques et Christophe Rousset m'ont enthousiasmé : Les cordes emmenées par Gilone
Gaubert
étaient admirables de précision, de puissance ou de douceur. Cors, flûtes, haubois et bassons impeccables. Le
continuo avait une couleur particulière peut-être due à la place prépondérante du théorbe dans la trame sonore.

On peut visionner cette merveille in extenso:
http://culturebox.francetvinfo.fr/live/musique/opera/alcina-de-haendel-a-la-monnaie-de-munt-210997

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MessageSujet: Re: Georg Friedrich HAENDEL (1685-1759!   Mer 8 Avr - 21:36

Georg-Friedrich Haendel
L'Allegro, il Penseroso ed il Moderato
Opéra ou Grande Ode, Londres 1740
Texte en anglais de Charles Jennens d'après les poèmes de John Milton

Gillian Webster  Soprano
Ruth Provost  Soprano
Jeremy Ovenden  Ténor
Ashley Riches  Basse


Gabrielli Consort and Players
Paul McCreesh  Direction

Festival International d'Opéra Baroque de Beaune 2013
Dimanche 28 juillet Basilique Notre Dame

En 1738 la dernière création anglaise d'un opéra seria italien Serse s'étant soldée par un échec, Haendel avait de sérieuses raisons de s'inquiéter sur son avenir londonien. C'est avec intérêt qu'il accueillit la proposition de mettre en musique des textes reposant sur des poèmes de Milton. En moins de trois semaines Haendel aura ainsi composé la musique d'une de ses partitions les plus originales. Ni véritablement opéra (il n'y a pas vraiment d'action), ni oratorio (spectacle théâtral sur un sujet profane), Haendel innovait avec un genre nouveau aux intéressantes possibilités mais qui n'aura pas une postérité importante (1).

La première partie décrit l'opposition entre l'Allegro qui exalte les plaisirs de l'existence, invoque Venus et Bacchus, le pouvoir du rire et Il Penseroso qui dénonce toute cette agitation fallacieuse et recommande les plaisirs simples de l'existence, vante la beauté calme de la nature. La seconde partie est surtout dévolue aux propos d' il Penseroso  qui recommande l'étude pour acquérir la connaissance ainsi que la méditation solitaire à l'écart de l'agitation de la cité et des sociétés humaines. Dans la troisième partie intervient Il Moderato et selon lui, l'harmonie du genre humain exige que soient satisfaits à la fois ses besoins de plaisirs et de vie en société mais également d'étude et de repli sur soi. Ni trop ceci, ni trop cela demande en somme Il Moderato. Ainsi la raison doit gouverner le genre humain, maintenir un équilibre et éviter les excès de plaisir ou de vertu. L'esprit religieux est totalement absent, tout au plus y évoque-t-on furtivement le Dieu sage de la nature,  c'est donc un esprit panthéiste qui règne dans ce texte.

Sur cette trame, Haendel compose une musique extrêmement originale . Ne connaissant pas cette partition, j'ai trouvé qu'elle avait un son neuf par rapport à ses autres oeuvres. On y trouve surtout dans la première partie une puissante évocation de la nature avec de nombreuses pastorales et parmi elles, un passage extraordinaire : sweet bird that shun'st the noise of folly évoquant le chant du rossignol par le truchement d'un écho enchanteur entre un traverso et la soprano. Dans les choeurs Haendel frappe comme la foudre, comme le dit si justement Wolfgang Mozart, notamment dans le choeur du rire : laughter, holding both his sides ainsi que le brillant choeur avec trompettes et timbales qui exalte la cité : Populous cities please us then....   Le style change dans les deuxième et troisième parties, les passages méditatifs sont plus nombreux. Bien que le texte ne contienne aucune référence religieuse, Haendel nous gratifie en fin de deuxième partie, d'un choral : There let the pealing organ blow... suivi d'un austère solo d'orgue et finalement un vaste choeur dans le style de Palestrina. C'est également un magnifique choeur évoquant la musique religieuse de la Renaissance qui termine l'oeuvre.

Gillian Webster (Il Penseroso) occupa la scène de façon majoritaire et j'ai été impressionné par cette soprano écossaise que je ne connaissais pas bien qu'elle soit une mozartienne aguerrie dans les principaux rôles des opéras de Mozart. La voix est belle, servie par une technique impeccable, toujours empreinte d'une discrète émotion. Ses vocalises répondant aux volutes du traverso étaient brillantes. Aucun maniérisme chez cette chanteuse mais un sentiment juste toujours en phase avec le texte.  Jeremy Ovenden personnifiait l'Allegro. Un peu tendu au début, il s'est rapidement laché et a pu faire résonner son timbre magnifique dans le merveilleux duetto As steals the morn upon the night...Le baryton Ashley Riches a tenu son rôle avec autorité et nous a gratifié de sa voix retentissante. Laurence Kilsby, soprano garçon, prévu dans le programme, a été remplacé par la soprano adulte Ruth Provost. Cette dernière m'a aussitôt frappé par une voix angélique, pure, naturelle et parfaitement en résonance avec le texte chanté. Son interprétation du chant de l'alouette : And if I give thee honour due... était un régal.
Le Gabrielli Consort and Players est impressionnant. Chaque intervention du choeur était un événement en soi. Les solistes de l'orchestre ont pu exposer toutes les facettes de leur talent, notamment la joueuse de traverso qui lors de sa longue intervention nous a éblouis. Le corniste jouant sur un cor naturel (instrument très voisin d'un cor de chasse, donc dépourvu de pistons) a réussi à mettre en valeur un solo d'une difficulté énorme. Le pupitre des cordes, conduit magistralement par la première violoniste Sarah Bealby, fit preuve d'homogénéité et de nervosité. Il semble que le pupitre se soit équipé de violons type Monteverdi fabriqués par le luthier George Stoppani, ainsi que d'archets baroques dont la baguette présente une forte convexité. Ces caractéristiques expliquent peut-être ce son spécial qui m'a frappé.

(1) A noter que Alcide al bivio, de Vincenzo Righini (1790) procède de la même manière : Hercule arrivant à la croisée des chemins hésite entre le boulevard qui, semé de hauts faits d'armes et de succès amoureux, conduit à la gloire et le chemin accidenté et couvert de ronces qui, balisé par les épreuves et le renoncement de soi, conduit à la vertu. Finalement une troisième voie conciliant les deux premières s'offre à lui et fera de lui l'homme complet qui pourra réaliser ses grands travaux.

Ce texte a été publié sous une forme légèrement différente dans Odb-opéra.

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MessageSujet: Re: Georg Friedrich HAENDEL (1685-1759!   Ven 17 Juil - 22:42

Alcina
Georg Friedrich Haendel

Andrea Marcon, Direction Musicale
Katie Mitchell, Mise en scène

Patricia Petibon, Alcina
Philippe Jaroussky, Ruggiero
Anna Prohaska, Morgana
Katarina Bradić, Bradamante
Elias Mädler, Oberto
Krzysztof Baczyk, Melisso

Freiburger Barockorchester
Festival d'Aix-en-Provence 2015


Bienheureux G.F. Haendel qui bénéficie à un an d'intervalle de deux spectacles d'exception pour son Alcina.

Ayant dans les yeux et les oreilles le spectacle de Théâtre de la Monnaie mis en scène par Pierre Audi et dirigé par Christophe Rousset (voir mon post du 12 mars 2015 dans ce sujet), j'abordai avec méfiance l'Alcina de Mitchell/Marcon. C'est vrai que les deux productions sont aux antipodes.
Avec la première, dépouillement, décors et costumes Régence à la Watteau, on se concentre sur une seule scène et la divine musique de Haendel est au centre et Pierre Audi à son service.
Avec la seconde, prolixité, mélange des genres, on brouille les pistes, quatre scènes simultanées qui monopolisent l'attention au détriment de la musique en arrière plan. Contrairement au spectacle précédent, la musique est ici au service de la mise en scène.

Très réticent au début, je me suis pris au jeu des magiciennes au fur et à mesure que le spectacle se déroulait et lui ai trouvé une cohérence qu'il n'avait pas au début. Le fait que les deux magiciennes sont en fait des femmes agées que leurs artifices font paraître belles à leurs amants est une brillante idée qui a elle seule relève la mise en scène d'une certaine facilité (scènes de bondage tout à fait gratuites) et donne une conclusion bouleversante.

Comme  on l'a dit déjà plus haut, pour moi aussi la révélation de la soirée fut Katarina Bradic (Bradamante), rôle particulièrement difficile du fait des déguisements. La mezzo a un timbre d'une grande limpidité et vocalise avec art. J'ai adoré Anna Prohaska (Morgana) pour le timbre très pur de sa voix et son agilité vocale. Philippe Jarrousky (Ruggiero) m'a agréablement surpris à la fois par sa voix qui a retrouvé son éclat et par sa présence. Il joue parfaitement le rôle de guerrier pris dans les rets de l'enchanteresse. On lui a reproché injustement un manque d'énergie dans ce rôle. Pouquoi donc lui demander ce qui n'existe pas dans le caractère de son personnage ? Patricia Petitbon (Alcina) est admirable dans un rôle qui lui convient bien mieux que celui qu'elle jouait dans Ariodante. Elle peut faire briller tous ses talents de tragédienne ainsi qu'une très belle voix en dépit de quelques suraigus un peu stridents. Le jeune Elias Mädler incarne avec autorité un Oberto plein de vie.

Un spectacle très intelligent en définitive, avec un Freiburger Barockorchester au meilleur de sa forme.

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MessageSujet: Re: Georg Friedrich HAENDEL (1685-1759!   Sam 18 Juil - 10:46

Actuellement on ne peut plus visionner l'Alcina du couple Rousset/Audi mais on peut voir celle de Marcon/Mitchell sur :

http://concert.arte.tv/fr/alcina-de-haendel-au-festival-daix-en-provence-live

Une expérience inoubliable!

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MessageSujet: Re: Georg Friedrich HAENDEL (1685-1759!   Mer 22 Juil - 11:14

Cela a peut-être été dit sur un autre fil et je m'en excuse à l'avance si c'est le cas.

Joseph Haydn eut l'occasion d'assister en 1791 aux représentations de deux oratorios de Haendel: Israël en Egypte et Le Messie. En effet en mai 1791 se déroule à Westminster Abbey, un gigantesque festival à la mémoire de Haendel. On donne: Zadok the Priest, Esther, Saul, Judas Macchabé, Deborah, et les oratorios cités plus haut (1).

Ces exécutions mobilisèrent près d'un millier d'exécutants avec, selon les témoignages de l'époque, d'énormes contrebasses et des timbales sonnant un octave au dessous des timbales ordinaires. Ces oeuvres firent une impression durable et intense  sur Haydn et l'influencèrent dans la composition de ses futurs oratorios (La Création et Les Saisons) et les six messes composées entre 1796 et 1802.

(1) Marc Vignal, Joseph Haydn, Fayard, 1988, pp. 367-368.

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MessageSujet: Re: Georg Friedrich HAENDEL (1685-1759!   Ven 26 Aoû - 8:13

Agrippina
Dramma per musica, décembre 1709
Georg Friedrich Haendel, musique
Vincenzo Grimani, libretto
Theater an der Wien, mars 2016.

Thomas Engelbrock, Direction musicale
Robert Carsen, Mise en scène
Gideon Davey, Scénographie
Gideon Davey, Costumes
Robert Carsen et Peter van Praet, Lumières.

Patricia Bardon, Agrippina
Danielle de Niese, Poppea
Jake Arditti, Nerone
Filippo Mineccia, Ottone
Mika Pares, Claudio
Damien Pass, Pallante
Tom Verney, Narciso
Christoph Seidl, Lesbo
Balthasar Neumann Ensemble

Il est possible de visionner Agrippina dans le lien suivant :
http://culturebox.francetvinfo.fr/live/musique/musique-classique/agrippina-de-haendel-au-theater-an-der-wien-237005
Voici quelques mots sur ce spectacle. Une version abrégée a été donnée dans le forum Odb: http://www.odb-opera.com/viewtopic.php?f=6&t=17761

Moins souvent joué que bien d'autres opéras de Haendel, Agrippina est précieux pour bien des raisons. Il fait partie des œuvres de jeunesse de Haendel et nous renseigne sur la période de trois ans pendant laquelle le Caro Sassone fut immergé dans la culture italienne. Des œuvres comme le génial Dixit Dominus et Agrippina, ont une densité polyphonique, des couleurs et une fraicheur que ses œuvres futures plus équilibrées ne possèderont plus au même dégré. Il y a de plus dans ces œuvres un enthousiasme et un dynamisme très prenant.
Les qualités musicales de cet opéra sont sensibles dès la sinfonia liminaire. Cette dernière revêt la forme de l'ouverture à la française avec un largo dans lequel on entend des réminiscences de Lully et un presto, sorte de fugato d'une folle virtuosité. L'oeuvre regorge ensuite de morceaux de bravoure, souvent empruntés aux nombreuses cantates que Haendel écrivit en Italie. On peut reprocher à certains emprunts de ne pas toujour coller avec le texte du livret car parfois on constate que ce dernier contredit la musique.

La musique d'Agrippina est magnifique de bout en bout et on remarque tout particulièrement :
Acte I
L'air de Nerone, col saggio tuo consiglo il trono ascendero..., très belle sicilienne au caractère vivaldien.
L'air d'Ottone, Lusinghiera mia speranza..., d'une écriture polyphonique avec des harmonies acerbes qui contredisent les propos plutôt amènes de l'amant de coeur de Poppea.
L'air di Poppea vient immediatement après, Vaghe perle, eletti fiori, pastorale aux belles couleurs délicatement accompagnée de flûtes à bec et de théorbe.
Acte II
Magnifique aria de Claudio, Cade il mondo soggiogato...air majestueux et conquérant.
Le lamento d'Ottone Voi, che udite il moi lamento... est un des sommets de l'opéra, il fait suite au rejets successifs d'Agrippina, de Poppea et de Nerone...et se signale par des harmonies chromatiques descendantes à la manière de Monteverdi ou de Cavalli.
Aria d'Agrippina, Pensieri, pensieri voi mi tormentate...Magnifique arioso avec hautbois obligé aux harmonies chromatiques et aux dissonances très audacieuses, le sommet de l'oeuvre à mon sens.
Aria d'Agrippina, Ogni vento che al porto lo spinga...Aria di paragone, deuxième du genre dans cet opéra. Le nocher déploie les larges voiles du navire malgré la tempête. Le rythme de valse et le climat enjoué de la musique contraste avec la gravité du sujet traité !
Acte III
Aria di Claudio, Io di Roma il Giove sono...Dans cet Air majestueux, Claudio affirme avec brutalité l'autorité impériale.
Duetto Ottone, Poppea, Pur che io ti stringa al sen...Un autre sommet de l'oeuvre, les deux amants chantent leur amour avec un canon voluptueux et enchanteur...
Aria di Nerone avec hautbois et violon obligés, le plus virtuose de tout l'opéra. Come nube che fugge dal vento...

Dans un opéra qui mélange habilement les aspects dramatiques et les aspects comiques, la mise en scène de Robert Carsen gomme les premiers et ne retient que les seconds avec un côté burlesque et parodique que n'aurait pas  renié Jacques Offenbach! La mise en scène transpose l'action dans une Italie fasciste, nostalgique de l'ancienne Rome, comme le montrent les drapeaux omniprésents , les aigles impériaux, le pas de l'oie de l'empereur Claude etc...La scénographie de Gidéon Davey consiste en un décor d'arcades sur trois étages qui emplit la scène pendant les trois actes. Ces arcades délimitant un espace bleu de Prusse, ressemblent étrangement aux architectures, peuplées de statues, qui obsédèrent Giorgio de Chirico durant sa plus belle période métaphysique. Elles sont proches également des architectures mussoliniennes qui fleurirent dans l'Italie entre les deux guerres
Pas le temps de rêver  à la fuite du temps dans ce palais impérial où les scènes se succèdent à la vitesse de l'éclair. Les scènes au cours desquelles Agrippine séduit successivement ses amoureux Pallante et Narciso sont désopilantes. De même l'entrevue de Poppea et Claude tandis que les deux autres amants de Poppea, Ottone et Nerone sont chacun cachés derrière un fauteuil est digne de Georges Feydeau !. On ne peut le nier, tout cela fait mouche et on s'amuse beaucoup avec toutefois quelques dissonances entre ce qu'on voit et ce qu'on entend car la musique de Haendel n'est pas tout le temps loufoque, loin s'en faut ! Comme souvent chez Robert Carsen, il y a un côté esthétisant  et une volonté de faire joli. On admire par exemple une scène visuellement très léchée se situant au bord d'une piscine avec des fauteuils de plage alignés. Les costumes de Gideon Davey sont seyants;  les costumes deux pièces des hommes, les élégants tailleurs et jupes de cuir d'Agrippine, les tenues alanguies de Poppea, les bikinis brillamment colorés des admiratrices de Néron.
A la fin on célèbre l'union de Poppea et Ottone et la montée sur le trone de Néron dans une liesse qui dégénère rapidement en orgie. Une image fugace montre enfin Néron et ses sbires en train d'assassiner Agrippina...Robert Carsen est coutumier de ce genre d'ellipses pas toujours prévues dans le livret.

Le rôle titre était tenu par Patricia Bardon qui avec six airs est la mieux lotie. Dans des airs très variés, la mezzo irlandaise a fait preuve de grands talents de comédienne, de tragédienne et de beaucoup d'engagement.. Son timbre de voix est dense et puissant avec cependant quelques duretés dans l'aigu, elle vocalise remarquablement. Dans son aria Ogni vento...elle entraine son fils Nerone dans une valse improbable et s'y montre irrésistible. Danielle de Niese a incarné avec sensibilité et justesse le rôle de Poppea, personnage qui a ce stade de l'histoire apparaît comme sympathique, du moins sous ses traits ! La soprano australienne a brillé dans Vaghe perle...ainsi que dans son émouvant duo avec Ottone. Les personnages de Nerone et d'Ottone sont des fantoches un peu ridicules manipulés par Agrippine et Poppea respectivement. Nerone est interprété brillamment par Jake Arditti, contreténor à la voix claire et agile qui se joua des vocalises terribles de Come nube che fugge dal vento..., Ottone, matamore en tenue de combat, bénéficie des airs les plus tendres et les plus émouvants de la partition. Filippo Mineccia , contreténor, prête au personnage une voix pure et joliment timbrée bien que manquant un peu de projection. Les deux conseillers de Claudio, Pallante (Damien Pass, baryton) et Narciso (Tom Verney, ténor), manipulés par Agrippine, sont confondants de stupidité mais jouent et chantent leur partition avec beaucoup de talent. Mika Kares (basse) campe un Claudio impérial, aux postures Mussoliniennes. Avec sa voix puissamment projetée, il donne beaucoup d'autorité au personnage malgré un léger déficit dans le registre le plus grave. Dans un rôle plus important qu'il ne paraît, Lesbo est le hérault qui annonce les nouvelles et fait le lien entre les scènes successives. Christoph Seidl a montré un réel talent dans cet exercise.
Les deux contreténors ont été ovationnés par les spectateurs tandis qu'Agrippine et Poppée qui avaient fait l'essentiel du travail ont été moins applaudies ce qui m'a paru injuste.
Le Balthasar Neumann Ensemble est un orchestre réputé, encore aurait-il fallu l'entendre. Il m'a semblé en retrait. Impossible par exemple de reconnaître les instruments faisant partie du continuo : clavecin, harpe, theorbe, luth, violoncelle, viole de gambe, ou de distinguer traversos ou flûtes à bec ? Mais ce défaut est probablement du à la prise de son. La direction de Thomas Hengelbrock m'a semblé excellente et les tempi très convaincants.

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