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 LES QUATUORS OPUS 20

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Piero1809
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MessageSujet: LES QUATUORS OPUS 20   Jeu 28 Mai - 22:36

Composés en 1772, soit un an à peine après l'opus 17, cette série de six quatuors à cordes de Joseph Haydn fut éditée peu après en 1774 chez Chevardière à Paris, puis en 1779 chez Hummel à Berlin (1). Ces quatuors ont  eu rapidement un retentissement considérable. Ils influencèrent de nombreux compositeurs et tout particulièrement Wolfgang Mozart et Ludwig van Beethoven comme nous le verrons plus loin. Leur succès ne s'est jamais démenti et actuellement ils sont avec la série de l'opus 76 composés à partir de 1796 les quatuors à cordes les plus célèbres de Joseph Haydn.

Ils présentent des caractères qui les distinguent des quatuors précédents:
-présence de deux ouvrages dans le mode mineur (quatuor n° 3 en sol mineur, quatuor n° 5 en fa mineur);
-le quatrième mouvement de trois d'entre eux consiste en une fugue (quatuor n° 2 en do majeur, quatuor n° 5 en fa mineur, quatuor n° 6 en la majeur), ces fugues ne sont pas de simples fugatos comme il en existe beaucoup dans la musique de chambre baroque mais des édifices d'une grande complexité;
-deux adagios dans le mode mineur, celui en la mineur du quatuor n° 2 en ut et celui en ré mineur avec variations du quatuor n° 5 en ré majeur;
-caractère général grave et même sombre et tension perpétuelle de nombreux mouvements faisant de ces quatuors les pendants des symphonies Sturm und Drang, n° 44 en mi mineur, 45 en fa# mineur, 52 en ut mineur contemporaines;
-audaces harmoniques et rythmiques dans tous les mouvements.
Haydn continue d'appeler ces oeuvres divertimenti

Nous adopterons dans ce qui suit l'ordre proposé par Hummel c'est-à-dire: n°1 en mi bémol, n° 2 en ut, n° 3 en sol mineur, n° 4 en ré majeur, n° 5 en fa mineur, n° 6 en la majeur qui est devenu l'ordre officiel. Cet ordre est différent de celui de l'EK (Entwurf Katalog, catalogue personnel de Haydn) qui présente d'abord les trois quatuors avec fugue et ensuite les trois autres avec un quatuor dans le mode mineur ouvrant chaque série de trois (n° 5 en fa mineur, n° 6 en la majeur, n° 2 en ut majeur; n° 3 en sol mineur, n° 4 en ré majeur, n° 1 en mi bémol). L'ordre présenté dans l'EK n'a pas été retenu par la postérité, je me demande pourquoi car cet ordre me semble très logique avec les trois quatuors les plus archaïques précédant les trois quatuors les plus modernes, avec le quatuor en mi bémol qui me semble le plus avancé des six, en dernier?

(1) Marc Vignal, Joseph Haydn, Fayard 1988, p.964-8.

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Dernière édition par Piero1809 le Mer 3 Juin - 14:54, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: LES QUATUORS OPUS 20   Ven 29 Mai - 21:48

Comme le quatuor à cordes Buchberger (Brilliant Classics) joue les six quatuors de l'opus 20 dans l'ordre indiqué par Haydn dans l'EK (Entwurf Katalog), j'ai changé d'avis et nous allons examiner ces quatuors dans le même ordre que celui adopté par les Buchberger avec successivement:

le n° 5 en fa mineur
le n° 6 en la majeur
le n° 2 en do majeur

le n° 3 en sol mineur
le n° 4 en ré majeur
le n° 1 en mi bémol majeur

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MessageSujet: Re: LES QUATUORS OPUS 20   Lun 1 Juin - 11:08

Quatuor en fa mineur  opus 20 n° 5 HobIII.35.

Avec le quatuor en fa mineur, n° 5 de la célèbre série d'après l'édition française, mais n° 1 dans le catalogue personnel de Haydn, nous voilà plongé dans le coeur du sujet. Le quatuor dans son ensemble surprend par ses dimensions plus vastes que celles des quatuors précédents et par le souffle puissant qui l'anime.

Allegro moderato en fa mineur 4/4. C'est une structure sonate à deux thèmes représentative du classicisme à son apogée. Un thème lyrique très long est exposé par le premier violon piano. Il est ensuite repris au relatif majeur, la bémol, forte avec un contre-chant qui accentue son caractère chantant, l'effet est magnifique. Le second thème est énoncé forte au premier violon et à l'alto et comporte un rythme pointé caractéristique qui va jouer un rôle important dans le développement et surtout dans la coda. Le développement (35 mesures) est basé sur les deux thèmes de l'exposition. Dans la réexposition, très différente de l'exposition, on note les géniales extensions  du premier puis du second thème (transposé en fa mineur) qui accentuent le caractère dramatique du mouvement. On arrive enfin à la coda qui est le sommet du mouvement et peut-être du quatuor. Cette coda (25 mesures) est exceptionnellement longue et est construite entièrement à partir du motif pointé du second thème. Sur un pianissimo, une extraordinaire modulation de ré bémol majeur à fa bémol majeur (1) donne le frisson, puis on revient à la tonalité principale du morceau avec un impressionnant crescendo sur le motif pointé aboutissant à un fortissimo. Fin pianissimo sur un accord de fa mineur.

Menuetto en fa mineur 3/4 et son trio en fa majeur 3/4 sont très longs. Il n'y a plus rien de dansant dans ce mouvement dans lequel la tonalité de fa mineur imprime un caractère très dramatique.

Adagio en fa majeur 6/8. Un rythme obstiné de Sicilienne se maintient du début à la fin. Ce morceau peut être considéré comme un thème varié sans barres de reprises mais également comme une aria avec da capo abrégé. La première variation dessine une délicate broderie en triples croches autour du thème. Dans La seconde variation, le thème module en ré mineur et possède une extension en triolets de doubles croches. Une troisième variation, notée mezza voce consiste en imitations entre les deux violons sur le début du thème et est terminée par de vastes volutes en triples croches du premier violon. Dans la 4ème variation confiée au second violon, on revient aux fondamentaux du thème orné de nouvelles figurations du premier violon. Tout ce mouvement est serein et contraste avec l'agitation des trois autres. Dans le quatuor en ré mineur K 421 de Mozart composé en 1783, l'andante également en fa et au même rythme 6/8 tient une place équivalente à l'adagio de Haydn.

Finale. Fuga a due soggetti. Fa mineur 2/2. Une fugue magistrale à deux sujets termine le quatuor. C'est une fugue régulière respectant les canons de l'art, totalement dépourvue de sècheresse et de pédanterie bien que Haydn s'amuse à indiquer les figures de contrepoint qu'il utilise comme la mention al rovescio pour indiquer le renversement du sujet principal. Ici la science la plus accomplie se fait oublier au profit d'un sentiment passionné et d'une tension croissante qui culmine dans une strette très dramatique (mesure 135) ou le canon de la mesure 140 (noté par Haydn in canone)). On notera que le sujet principal avec sa septième diminuée est un lieu commun de la musique baroque dont le représentant le plus connu est la fugue du Messie de Haendel sur les paroles: And with his stripes..., ce motif sera repris par Mozart dans le Kyrie eleison de son Requiem en ré mineur K 623. Les oeuvres citées de Haendel et Mozart sont admirables mais il y a un supplément de tension et d'intensité chez Haydn.

(1) Fa bémol majeur (huit bémols à la clé) est l'équivalent enharmonique de mi majeur (quatre dièses) dans la gamme tempérée. Haydn a noté des Si et des Mi double bémols pour bien marquer qu'il ne faut pas jouer des La et des Ré naturels. Ces dernières notes jouées par les cordes à vide conduiraient en effet à des sonorités déplaisantes.

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MessageSujet: Re: LES QUATUORS OPUS 20   Mer 3 Juin - 12:11

Quatuor en la majeur opus 20 n° 6 HobIII.36

Le quatuor en la majeur, n° 6 d'après l'édition française mais n° 2 après celui en fa mineur dans le catalogue personnel de Haydn, offre un surprenant contraste avec ce dernier. Le drame a complètement quitté la scène et c'est la comédie qui le remplace. Il ne faudrait pas en conclure que ce quatuor est plus léger que les autres car la même concentration et le même esprit règnent dans toutes les oeuvres de cette série.

Allegro molto Scherzando. La majeur 6/8. Ce titre est déjà tout un programme, il nous dit qu'il ne faut pas prendre la science qui règne dans ces quatuors trop au sérieux et que la plaisanterie n'est jamais très loin. Quel contraste entre les deux thèmes principaux de l'exposition! A la place de l'opposition dynamique du premier thème forte et du second piano de la structure sonate traditionnelle (1), Haydn introduit un nouveau contraste: stabilité tonale du premier thème bien arrimé à la tonalité de la majeur alors que le second thème (mesure 30) est remarquable par son instabilité tonale: débutant en mi mineur (dominante mineur), il module en ré majeur, mi mineur, si mineur, mi majeur, si mineur jusqu'à la mesure 50 où la tonalité de la dominante mi majeur s'installe jusqu'à le fin de l'exposition avec en prime un troisième thème très spirituel magnifiquement harmonisé. On trouve la même instabilité tonale dans le second thème du premier mouvement de la symphonie en la majeur n° 64, composée l'année suivante. La tonalité de la majeur est propice à l'utilisation de cordes à vide ce qui donne à ce mouvement une sonorité brillante radicalement différente de celle de tous les mouvements du quatuor précédent.

Adagio cantabile. Mi majeur 2/2. Comme dans l'adagio du quatuor en fa mineur, la structure de cet adagio oscille entre le thème varié et l'aria avec da capo (A,A1,B,C) mais ici c'est cette dernière forme qui domine car il y a dans cette sérénade, un caractère vocal très prononcé. Le premier violon est la prima donna et les trois autres instruments se distinguent par un accompagnement très riche et très expressif. Après une cadence de si majeur qui termine la partie A, la grande phrase du premier violon  est répétée à la mesure 28 avec une ornementation très différente (partie A1). On aboutit à une nouvelle cadence en si majeur  et à la mesure 52, le thème est énoncé cette fois en si majeur et module immédiatement en si mineur dans ce qui peut être considéré comme la partie centrale de l'aria da capo (C). Enfin la première partie très abrégée, amputée de moitié est reprise pour conclure dans la douceur. Ce mouvement d'une grande beauté mélodique se rattache encore par son style aux sérénades des quatuors des opus 1,2 et 9.

Menuetto allegretto. La majeur 3/4. Ce mouvement bien plus bref que le menuetto du quatuor en fa mineur est remarquable par son trio en la majeur également. Le second violon se tait et les trois instruments jouent uniquement sur leur corde la plus grave, sopra una corda, exercice difficile pour les exécutants. La sonorité obtenue est tout à fait originale.

Allegro. Fuga a tre soggetti. 4/4. Cette fugue à trois sujets est un tour de force contrapuntique. Pourtant la science sait se faire oublier au profit de l'harmonie suprême qui résulte de l'enchevêtrement des quatre voix et qui procure à l'auditeur le plus grand plaisir. La science ne se prend pas au sérieux et c'est l'humour qui domine. A mon humble avis, cette fugue est des trois de l'opus 20, celle qui renvoie le plus au monde baroque.

(1) Cette opposition entre le premier thème forte et le second piano deviendra chez Beethoven l'opposition entre l'élément masculin, viril et l'élément féminin, tendre, entre Mars et Vénus.

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MessageSujet: Re: LES QUATUORS OPUS 20   Ven 5 Juin - 14:48

Quatuor en ut majeur opus 20 n° 2 HobIII.32

C'est un des plus passionnants de la série et un des plus contrastés. Le contraste ici ne réside pas dans l'opposition forte, piano des thèmes ou dans celle des tonalités mais dans le style même de l'oeuvre. On passe en effet sans cesse entre le style baroque et le style moderne, entre l'opéra et la musique purement instrumentale.

Moderato, ut majeur 4/4. Il s'agit d'une structure sonate. Le magnifique thème principal énoncé par le violoncelle dans son registre aigu sonne baroque et ce caractère est accentué par la partie de basse jouée par l'alto dans les deux énoncés du thème. Il n'y a pas de second thème bien individualisé mais plusieurs motifs. L'un d'entre eux énoncé à la mesure 40 en sol majeur donne lieu à une subite modulation en mi bémol majeur et à un passage pianissimo mystérieux. Le développement est bâti sur un thème nouveau issu du thème principal, il donne lieu à de vigoureuses imitations entre le violoncelle et le premier violon, passage magnifique d'une puissance étonnante. Lorsque le thème principal revient à la fin du développement, il donne naissance à une marche harmonique dont l'écriture évoque Vivaldi! La réexposition est relativement concise et la belle modulation (de do majeur à la bémol majeur cette fois) revient plus expressive que dans l'exposition. Jamais jusqu'à présent Haydn n'avait tiré de pareilles sonorités d'un quatuor à cordes.

Adagio, ut mineur, 4/4. C'est un splendide récitatif accompagné, remarquable par ses grands gestes dramatiques très Sturm une Drang et par un thème d'une splendeur mélodique vraiment admirable. Le récitatif accompagné conduit tout naturellement à l'aria en mi bémol majeur notée cantabile par Haydn que le premier violon va chanter éperdument au dessus d'un superbe accompagnement de l'alto d'une richesse incroyable. Ensuite le discours est plus fragmenté avec une alternance de bribes de récitatifs et d'aria comme dans le largo du quatuor en sol majeur opus 17 n° 5. Ce mouvement spectaculaire s'achève pianissimo. Curieusement les trois mouvements lents des quatuors en fa mineur, la majeur et ut majeur rappellent d'une manière ou d'une autre l'opéra seria, un genre musical que Haydn avait pourtant délaissé depuis 1761 et la composition d'Acide (Acis et Galathée).

Menuetto, allegretto, ut majeur 3/4. Un thème asymétrique et syncopé du premier violon en doubles cordes est accompagné par des tenues des autres cordes. L'immobilité de ce début contraste avec la suite dans laquelle le premier violon fait preuve d'une étonnante virtuosité. Dans le trio en ut mineur, la sensation d'immobilité perdure et seul le violoncelle déroule ses volutes sous les tenues des autres instruments avec de savoureuses secondes mineures. L'utilisation prolongée des cordes graves dans le menuet et le trio confère à ce mouvement une sonorité fascinante.

Allegro, ut majeur 6/8. Fuga a quatro soggetti. Sempre sotto voce. Haydn n'a pas ménagé les indications dans cette fugue à quatre sujets. C'est la plus spectaculaire des trois qui terminent les trois premiers quatuors (selon la numérotation de Haydn lui-même). C'est aussi la plus mélodique, celle qui procure le plus grand plaisir auditif. Wolfgang Mozart fut certainement impressionné et intimidé par cette fugue quand il écrivit ses quatuors Viennois de 1773 dont le premier en fa K 168 et le dernier en ré mineur K 173 se terminent aussi par des fugues. Mais c'est dans la série des six quatuors dédiés à Haydn (1782-1785) que l'influence de Haydn sur Mozart est la plus visible notamment le très beau quatuor en la majeur K 464 dans le finale duquel, on retrouve des thèmes utilisés dans la présente fugue. Bien que cette fugue plonge ses racines dans l'univers baroque, il n'y a aucun archaïsme dans ce mouvement contrairement, nous dit Marc Vignal (1), à certaines fugues de Mozart. Je me risque même à avancer que cette fugue joue dans ce quatuor HobIII.32 le même rôle que le fugato qui conclut glorieusement le quatuor n° 9 en ut majeur opus 59, dernier des trois quatuors Razumovski de Beethoven.

A l'écoute de ce quatuor on réalise combien la numérotation adoptée par Haydn est judicieuse car avec cette fugue magnifique, Haydn met un point final à une première série de quatuors qui, bien que modernes à de nombreux points de vue, sont encore imprégnés de musique baroque.

(1) Marc Vignal, Joseph Haydn, Fayard, 1988, p. 976.

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MessageSujet: Re: LES QUATUORS OPUS 20   Ven 12 Juin - 23:00

Quatuor en sol mineur opus 20 n° 3 HobIII.33.

Il ouvre avec panache la série des trois quatuors sans fugue terminale, numéros 4, 5 et 6 dans le catalogue personnel de Joseph Haydn. Très différents de la première série, ils sont remarquables par leurs mouvements lents. Jamais encore Haydn n'avait composé des adagios aussi profonds. Si les trois quatuors précédents regardaient un peu vers le passé, ceux là sont résolument tournés vers l'avenir. Dans le quatuor présent on note le rôle très important joué par le violoncelle, égal du premier violon.

Allegro con spirito. Sol mineur 2/4. Il s'ouvre par un thème très richement harmonisé qui permet d'admirer la densité musicale de l'écriture de Haydn, sans commune mesure avec celle de la plupart de ses contemporains, du moins à ma connaissance (1). Le thème revient à la mesure 27 en si bémol majeur, subtilement modifié. Il n'y a pas de second thème bien caractérisé mais plusieurs motifs qui s'enchainent harmonieusement et notamment, mesure 70, un étonnant motif d'une grande complexité rythmique exposé par le premier violon sopra une corda. Après un développement bâti sur le thème initial, la réexposition, mesure 165 est entièrement refondue dans l'expression et on remarque une admirable extension du thème initial au violoncelle puis un allongement considérable du motif dont nous avons admiré plus haut l'audace rythmique, transposé en sol mineur. A la mesure 249, une longue coda très dramatique va résumer l'essence de ce magnifique mouvement. Un fragment du thème initial circule successivement aux deux violons, l'alto et le violoncelle sous les tenues des trois autres, une roulade ascendante et deux accords piano mettent un point final à ce mouvement.

Menuetto. Allegretto. Sol mineur 3/4. Ce mouvement n'a plus rien d'un divertissement dansant. Aussi dramatique que le premier mouvement, il est remarquable par sa longueur. La deuxième partie commence par un développement sur le thème du menuetto et se termine avec la romantique mention perdendosi. Le trio en si bémol majeur apporte une détente.

Adagio. Sol majeur. 3/4. Cet adagio aux vastes dimensions initie la longue série des sublimes mouvements lents qui jalonneront l'oeuvre future de Joseph Haydn. Dans ce mouvement, il n'est plus question de sérénade jouée par le premier violon mais d'un morceau d'une grande densité dans lequel le violoncelle a la partie principale. Toutefois les autres instruments ne sont pas en reste et on admire la souple polyphonie de ce mouvement. A noter la superbe reprise du thème initial en do majeur par l'alto qui semble initier une sorte de développement. On s'attend à une réexposition mais le thème retentit en ré majeur, à la dominante ce qui est contraire aux règles de la forme sonate, au premier violon puis au violoncelle Ce morceau d'exception se termine pianissimo et on retient son souffle pour ne pas manquer une seule note. La forme de ce mouvement est curieuse, si on fait la reprise de la première partie (ce qui ne semble pas prévu sur la partition), on aboutit à une structure (A,A,B,C) analogue à celle des mouvements lents des quatuors en fa mineur, la majeur et ut majeur que j'avais comparée avec l'aria avec da capo.

Finale. Allegro molto sol mineur. 4/4. Cette structure sonate par ses dimensions et son intensité, équilibre parfaitement le premier mouvement. C'est un mouvement d'une tension qui ne se relâche jamais mis à part un mystérieux passage dans l'exposition en valeurs longues joué sotto voce et de caractère très Beethovénien. Dans le développement les imitations sur le thème initial très serrées donnent à ce mouvement un caractère d'urgence. On remarque aussi l'abondance de passages joués spiccato ou bien staccato qui confèrent une certaine agressivité à ce morceau. La tonalité de sol mineur se maintient jusqu'à la fin du morceau. Ce n'est que bien plus tard que Haydn terminera dans le mode majeur des oeuvres commencées dans le mode mineur.

(1) Parmi les contemporains de Joseph Haydn, je ne connais que Carl Phillip Emmanuel et Wilhelm Friedmann Bach capables d'allier au même point la densité contrapuntique avec un fort sentiment dramatique.

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Dernière édition par Piero1809 le Mar 16 Juin - 16:59, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: LES QUATUORS OPUS 20   Sam 13 Juin - 12:54

Le quatuor Buchberger se montre souverain dans ce quatuor en sol mineur HobIII.33.
Les instruments anciens sonnent merveilleusement. J'ai énormément apprécié comment le premier violon fait la reprise du trio du menuet. Il s'agit en fait d'une improvisation remarquable de virtuosité, respectant parfaitement le style de Joseph Haydn, qui à elle seule justifie qu'on achète ce disque publié par le label Brilliant Classics. Le violoncelle est aussi magnifique.

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MessageSujet: Re: LES QUATUORS OPUS 20   Mar 30 Juin - 11:21

Quatuor en ré majeur opus 20 n° 4 HobIII.34

La variété de l'inspiration de Joseph Haydn est étonnante dans cette série de l'opus 20.

Allegro di molto ré majeur 3/4. Malgré l'indication allegro molto qui annonce un tempo très rapide, le magnifique thème principal de ce mouvement sonne lent et grave. Cela tient aux valeurs longues (blanches pointées) et au fait que les instruments opèrent dans leur registre grave. L'unisson du thème, à la mesure 25, sur un do bécarre pianissimo dans le registre le plus grave des quatre instruments est inoubliable (1). Le second thème en la majeur forte contraste vivement avec ses triolets agités. Dans la suite de l'exposition, on aura constamment une opposition entre les deux thèmes. Le développement est basé principalement sur le thème initial puis sur le thème en triolets qui donne lieu à une magnifique marche harmonique au violoncelle. On croit que la rentrée a été effectuée car le premier thème revient comme au début mais en sol majeur ce qui est anormal, ce n'est qu'une fausse rentrée qui amène la vraie à la tonique. Haydn nous ménagera bien d'autres surprises dans ce quatuor.

Un poco adagio affettuoso, ré mineur 2/4. Il s'agit d'un thème en deux parties encadrées de barres de reprises, suivi de quatre variations et d'une vaste coda. A l'écoute de ce mouvement écrit en 1772, on réalise combien il a pu influencer Wolfgang Mozart dans les mouvements en forme de thème varié qu'il écrivit par la suite dans la tonalité de ré mineur (andante du divertissement pour cordes et deux cors K 334 de 1779, andante de la sonate pour piano et violon K 377 de 1782, et évidemment mouvement final du quatuor à cordes en ré mineur K 421 de 1783). La première variation est une conversation entre le second violon et l'alto. La variation II est confiée au violoncelle. La variation III toute en triolets de doubles croches fait briller le premier violon. La variation IV revient aux fondamentaux du thème, il n'y a plus de barres de reprises et la seconde partie s'enchaine à une coda géniale par son intensité et son caractère pathétique. Cette conclusion, à mon humble avis, annonce la coda des variations pour pianoforte en fa mineur HobXVII.6 (piccolo divertimento) datant de 1793.

Menuetto. Allegretto alla Zingarese. Ré majeur 3/4 Ce pittoresque et énergique mouvement à la hongroise n'a plus rien d'un menuet avec ses contre-temps et ses syncopes, il est suivi par un trio dont la mélodie est entièrement confiée au violoncelle.

Poco scherzando. Ré majeur 4/4. Le thème vaste et fantasque frappe par sa subtilité rythmique. Il est suivi par un motif inattendu aux accents tziganes. Les rythmes d'Europe centrale emplissent ce mouvement. On remarque notamment à la fin de l'exposition un thème nouveau très incisif qui est visiblement un renversement du thème initial. Ces deux thèmes seront utilisés successivement dans le superbe développement d'une longueur égale à celle de l'exposition. Fin pianissimo.

Ce quatuor à cordes, par sa fantaisie et sa profondeur, est le témoignage d'un art arrivé à son zénith.

(1) http://imslp.nl/imglnks/usimg/9/9c/IMSLP05271-Haydn_-_Op._20__No._4.pdf

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MessageSujet: Re: LES QUATUORS OPUS 20   Jeu 9 Juil - 21:21

Quatuor en mi bémol majeur opus 20 n° 1 HobIII.31

Il porte le numéro 6 dans le catalogue personnel de Haydn (Entwurf Katalog) mais est le numéro 1 dans l'édition Hummel et dans les éditions successives de l'opus 20. Respectons le choix de Haydn, le fait qu'il soit dernier dans l'EK nous montre peut-être que Haydn a voulu finir en beauté ses six quatuors de  1772. Il est le plus aérien, le plus inspiré, le plus subtil. C'est surtout lui qui a le plus beau mouvement lent de la série et peut-être un des plus beaux mouvements lents jamais imaginés par son auteur.

Allegro moderato, mi bémol majeur, 4/4. Ce qui frappe dans le début de ce quatuor c'est la chaude sonorité conférée par la tonalité de mi bémol majeur, le lyrisme des phrases musicales et la plénitude sonore obtenue par quatre instruments dialoguant de façon spontanée. Le second thème très mélodieux apparait à la fin de l'exposition, il est chanté par le violoncelle dans son registre le plus aigu puis par le premier violon. Le développement est d'abord basé sur le thème principal puis sur un court motif de doubles croches quelque peu malicieux, joué au violoncelle en notes piquées au cours de l'exposition. Comme dans le quatuor précédent, le thème principal reparait à la sous-dominante à la fin du développement mais ce n'était qu'une fausse rentrée car ce même thème reparaît à la tonique et cette fois c'est le début de la réexposition. Le second thème reparait cette fois à l'alto puis au premier violon. Fin en douceur piano.

Menuetto allegretto, mi bémol majeur, 3/4. Alors que le menuetto du quatuor en ré majeur était tout sauf un menuet, il s'agit cette fois d'un vrai menuet très dansant et élégant. La deuxième partie est anormalement longue et débute par un véritable développement. On remarque l'étrange modulation lors de la dernière apparition du thème du menuet dans la deuxième partie qui jette un voile d'inquiétude. Le trio en la bémol majeur est un chant très mélodieux du premier violon qui s'enchaine avec beaucoup d'aisance au menuetto.

Affetuoso et sostenuto, la bémol majeur, 3/8. Le sublime mouvement lent est un des sommets de la littérature du quatuor à cordes de tous les temps. Tout commentaire est inutile, il faut l'écouter pour comprendre de quoi on parle! Mozart ne fut pas insensible à ce mouvement car il lui rendit hommage dans son quatuor à cordes en mi bémol majeur K 428 et tout spécialement dans l'andante con moto en la bémol majeur de ce quatuor. Même tonalité et même métrique: la croche. Tout rapproche ces deux mouvements composés à 10 ans d'intervalle mais chacun garde son caractère. Le mouvement de Mozart est également une réussite éclatante.
Chez Haydn, il y a un sentiment d'infini et de quasi immobilité dont il deviendra coutumier dans ses quatuors de l'opus 76. Ce mouvement mystique reste cependant serein et confiant jusqu'à la dernière note ce qui n'est pas le cas du mouvement de Mozart plus tourmenté et accidenté (2).

Presto, mi bémol majeur, 2/4. Cet étourdissant finale est un miracle de construction monothématique. Tout procède du thème initial. Le développement est un prodige de contrepoint. Beethoven l'admira tellement qu'il le recopia intégralement.

(1) http://burrito.whatbox.ca:15263/imglnks/usimg/5/5e/IMSLP05268-Haydn_-_Op._20__No._1.pdf
(2) La tonalité de la bémol majeur est rarement utilisée par Mozart (andante de la symphonie n° 39 en mi bémol majeur, adagio du divertimento pour trio à cordes en mi bémol K 563) et Haydn (trio n° 27 en la bémol HobXV.14, sonate en la bémol HobXVI.46) mais les oeuvres en la bémol sont toujours des merveilles.

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Dernière édition par Piero1809 le Dim 16 Aoû - 9:01, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: LES QUATUORS OPUS 20   Lun 13 Juil - 17:37

Le quatuor Buchberger a enregistré les six quatuors de l'opus 20 dans le cadre d'une intégrale. Le quatuor en mi bémol majeur HobIII.31 est particulièrement réussi et son poco adagio sostenuto est admirable.

Pour le quatuor K 428 de Mozart et son fameux andante con moto, la version toute récente du quatuor Cambini sur instruments d'époque est du niveau de l'irremplaçable version du quatuor de Budapest (celle éditée chez Phillips en 1961).

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MessageSujet: Re: LES QUATUORS OPUS 20   Aujourd'hui à 10:43

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LES QUATUORS OPUS 20
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