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 LES QUATUORS OPUS 74

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Piero1809
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MessageSujet: LES QUATUORS OPUS 74   Ven 7 Oct - 16:50

Tout ce que nous avons aimé dans les quatuors à cordes opus 71 nous le trouvons magnifié et approfondi dans l'opus 74.

-le plan des quatuors opus 74 est plus ambitieux que celui des quatuors précédents, le cadre est notablement élargi pour accueillir les idées nouvelles et brillantes qui affluent;

-Haydn met en jeu des procédés harmoniques nouveaux, des modulations plus hardies. Haydn utilise les changements de tonalité pour modifier l'éclairage, apporter des couleurs nouvelles. Ainsi les trios des menuets commencent à être écrits dans des tonalités éxotiques qui contrastent vivement avec le menuetto. L'évolution vers le scherzo est en marche;

-les mouvements terminaux des opus 74 n° 1 et 2 sont les plus vastes et les plus complexes jamais écrits par Haydn pour un quatuor à cordes, ils ont un caractère symphonique marqué et se rapprochent des mouvements terminaux des symphonies Londoniennes;

-le quatuor opus 74 n° 3 en sol mineur est un véritable OVNI, il est très différent de ceux qui précèdent et s'apparente par certains côtés aux quatuors de l'opus 76. Il ménage ainsi une transition idéale entre les deux groupes d'oeuvres;

- dans ces trois quatuors la virtuosité atteint des sommets, cette virtuosité n'est jamais gratuite, elle sert à mettre en valeur les idées nouvelles du compositeur.

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Dernière édition par Piero1809 le Dim 16 Oct - 16:10, édité 2 fois
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Piero1809
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MessageSujet: Re: LES QUATUORS OPUS 74   Dim 9 Oct - 11:36

Quatuor en do majeur opus 74 n° 1 HobIII.72

Ce quatuor possède les caractéristiques des œuvres de Haydn en do majeur : clarté, majesté, brillant avec en plus des dimensions inusités dans la musique de chambre de son époque.

Allegro moderato, 4/4, structure sonate. Ce mouvement est précédé d'une minuscule introduction de deux mesures consistant en deux puissants accords. Le thème principal comporte deux parties, une en valeurs longues (des blanches principalement) et une autre consistant en une gamme descendante de doubles croches. Le thème est répété une fois. Le passage suivant est un pont consistant en un motif très différent du thème initial, en croches liées sinueuses pleines de charme. Haydn a du temps et de l'espace devant lui et se permet de lacher un peu la bride à son inspiration. Cet intermède est suivi par un retour du thème principal en sol majeur, en guise de second sujet. Suit ensuite un passage très virtuose et une cadence où le premier violon s'envole dans les hauteurs. Le véritable second sujet apparaît ensuite en sol majeur et s'épanouit jusqu'aux barres de reprises. Le développement débute avec une version chromatique de la première moitié du thème qui passe par tous les instruments souvent par groupes de deux ou trois tandis que le quatrième joue un contrechant hérissé de chromatismes. Tout ce passage a une sonorité magnifique. La suite du développement est consacrée au motif virtuose dont le premier violon fait briller ses doubles croches véloces. C'est maintenant la réexposition, partie la plus géniale du mouvement. Cette réexposition est totalement refondue et profondément différente de l'exposition, elle est centrée sur le thème initial qui maintenant fait l'objet, d'abord d'un magnifique mouvement canonique entre les quatre instruments, ensuite d'un travail harmonique poussé. On passe de do majeur à la bémol majeur, modulation très romantique, digne de Franz Schubert et on aboutit à un unisson puis à un magnifique passage écrit dans un contrepoint serré et se déroulant dans le registre le plus aigu des instruments. Un dernier unisson amène une brillante conclusion.

Andantino grazioso, sol majeur, 3/8, structure sonate. Le titre de ce mouvement nous renseigne précisément sur les intentions de Haydn : écrire un mouvement centré sur la beauté mélodique, le charme, l'élégance sans exclure la profondeur et l'émotion. A l'écoute, on entend des accents rossiniens dans certains passages. Pourquoi pas? Je le comparerais également avec l'andante amoroso, seconde Nachtmusik de la septième symphonie de Mahler (1). Les violons jouent souvent à l'octave ou en tierces moelleuses, les autres instruments accompagnent avec un tictac staccato (des octaves brisés en fait) souvent pianissimo, rappelant le mouvement lent de la symphonie n° 68 en si bémol majeur (2). A la fin de ce morceau enchanteur, le tissu musical se complexifie avec, suite à un point d'orgue, d'admirables modulations : sol majeur, mi mineur, do dièze mineur, sol majeur qui rappellent l'andante du quatuor en sol majeur opus 54, n°1. Il faut jouer ce morceau qui rappelle à bien des égards un scherzando, avec légèrete et dans un tempo animé comme le demande Haydn, et surtout sans trainer comme le font malheureusement certains exécutants, un contre sens total, à mon humble avis!

Par ses dimensions, le vigoureux menuetto allegretto ¾ annonce également le scherzo beethovénien. La deuxième partie du menuetto commence par un développement sur le thème du menuetto. Surprise totale avec le trio en la majeur, tonalité éloignée du do majeur du menuetto. C'est à ma connaissance la première fois que Haydn expérimente dans cette direction en utilisant la tonalité comme moyen supplémentaire pour marquer un contraste, changer l'éclairage ou encore apporter une couleur nouvelle. Le trio se déroule constamment dans les nuances piano. Une transition assure le passage harmonieux du la majeur du trio vers le do majeur du menuetto.

Finale, Vivace, 2/4, Rondo sonate. Nous arrivons au mouvement capital de ce quatuor, le plus long de l'oeuvre et celui dans lequel Haydn a mis toute son énergie, et sa science compositionnelle. Il débute comme un finale de symphonie et parfois on entend vraiment l'orchestre quand les deux violons d'une part, et l'alto et le violoncelle d'autre part, entreprennent de jouer à l'octave ! On aimerait entendre alors la présence bienfaisante d'un cor, de trompettes, de timbales. Mais rapidement la musique de chambre reprend ses droits. Les retours fréquents du thème principal au début de chaque épisode, ainsi que plusieurs épisodes de type couplet, évoquent le rondo mais la présence et la localisation des barres de reprises milite pour une structure sonate. Peu importe la forme, c'est le fond qui compte et de toute façon, la forme n'est jamais quelque chose de figé chez Haydn.. Le thème principal d'une énergie inépuisable reparait souvent avec un contrechant en doubles croches d'un dynamisme percutant. Thème plus contrechant sont exposés au milieu du mouvement dans un splendide fugato faisant office de développement (ou de couplet central). Encore plus étonnant apparaît le second thème ou bien couplet, une phrase chromatique syncopée de caractère balkanique exposée par le second violon et l'alto tandis que le violoncelle accompagne d'octaves brisés en croches piquées.. Ce thème se poursuit longuement et à la fin est accompagné par une puissante pédale de dominante aux deux instruments graves comme dans le mouvement final de  la symphonie n° 82, en do majeur également, appelée l'Ours. Cet épisode réapparait dans le développement et les rythmes deviennent de plus en plus complexes, quasiment bartokiens et on se demande même si les instruments ne vont pas  perdre pied ! Mais non ! Haydn avec une habilité diabolique ramène le thème bien carré du rondo ! La même situation avec des effets aussi spectaculaires se produira dans la grande coda au caractère cette fois vraiment orchestral. C'est le second thème plus puissant que jamais, joué à l'octave aux deux violons et accompagné des doubles cordes de l'alto et du violoncelle qui termine ce mouvement.

(1) http://haydn.aforumfree.com/t246-gustav-mahler-1860-1911 Post du 3 juin 2009.
(2) http://haydn.aforumfree.com/t291-symphonie-n-68-en-si-bemol-adagio-exceptionnel

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Dernière édition par Piero1809 le Jeu 20 Oct - 8:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: LES QUATUORS OPUS 74   Jeu 13 Oct - 11:13

Opinion mitigée sur l'interprétation du quatuor à cordes Festetics.

Les premiers et troisième mouvements ne sont pas mal mais manquent un peu de brillant et de punch (cordes en boyau?).

Contre sens pour l'andantino grazioso joué bien trop lentement. Son charme exceptionnel, sa légèreté, son humour très fin s'évaporent dans ces conditions. Je ne comprends pas, Joseph Haydn a pris la peine d'indiquer clairement le tempo andantino et d'ajouter la mention grazioso! Heureusement que la musique de Haydn résiste à toutes les maladresses car les notes sont belles.

Le meilleur mouvement est le quatrième avec un bon tempo très enlevé qui rend justice à la puissance quasi symphonique de ce fabuleux rondo-sonate et au couplet "balkanique" déchainé!..

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MessageSujet: Re: LES QUATUORS OPUS 74   Sam 15 Oct - 14:45

Quatuor en fa majeur opus 74 n°2 HobIII.73

Il ressemble beaucoup à l'opus 74 n° 1 HobIII.72. Aussi brillant, aussi serein, aussi conquérant que ce dernier, il en différe par la tonalité. Fa majeur a plus de plénitude, de moelleux que do majeur plus festif et impérial !

Allegro spirituoso. 4/4. Structure sonate. Avec esprit ! On ne peut pas mieux dire. Ce mouvement débute par une introductionà l'unisson de 8 mesures, la plus longue des cinq des opus 71 et 74. Cette introduction a la particularité de contenir l'essentiel du matériel thématique du mouvement. Ce dernier débute avec un thème magnifique, à la fois conquérant et chantant. Le thème est accompagné par une basse d'Alberti au second violon et à l'alto. La reprise de ce thème en fa mineur quelques mesures plus loin est particulièrement impressionnante. Comme dans le quatuor précédent, un pont assez important met en jeu un thème nouveau assez sinueux. Mais le thème initial reprend ses droits et, durant toute l'exposition, ce thème et notamment les quatre croches de la troisième mesure ne relacheront pas leur emprise. On arrive aux barres de mesure précédées de deux rondes mystérieuses. Le développement entièrement construit sur le thème initial est un des plus monumental et combatif de ceux de tous les quatuors de Haydn. Il représente l'équivalent, en taille (70 mesures) et en signification musicale, de celui du second mouvement Allegro du quatuor en fa mineur opus 55 n° 2, Le Rasoir. Ce développement consiste en un violent fugato mettant en jeu les quatre instruments. Le thème passe ainsi par les quatre instruments tandis que les autres énoncent divers contre-sujets. En passant par une strette énergique, on aboutit à un unisson qui amène la rentrée. Cette dernière est précédée de deux rondes qui, calmant le jeu, s'enchainent harmonieusement avec le thème initial. Désormais il n'y aura pas de changement important si ce n'est le retour de l'introduction à l'unisson à la fin du mouvement. C'est probablement le plus monumental des premiers mouvements de tous les quatuors à cordes jusqu'ici composés par Haydn.

Andante grazioso en si bémol majeur, 2/4. Thème varié. Le mouvement lent tient à peu près le même rôle que celui du quatuor précédent. Basé aussi sur la beauté mélodique, il n'a pas cependant le charme et l'originalité exceptionnels de l'andantino grazioso du quatuor précédent. Il est construit autour d'un superbe thème admirablement harmonisé par un contre-chant de l'alto puis du violoncelle suivi par trois variations. Dans la première variation, le thème est exposé par le violoncelle et l'alto en tierces moelleuses. Curieusement c'est maintenant l'alto qui fait la basse tandis que le violoncelle chante la mélodie et que le premier violon dessine des arabesques. La deuxième variation en si bémol mineur  assez mélancolique appartient entièrement au second violon. Après une répétition à l'identique de la première moitié du thème, la troisième variation consiste en un retour peu modifié du thème tandis que l'alto joue un accompagnement magnifique en sextolets. A ce propos on ne saurait trop insister sur l'importance nouvelle, je crois, de l'alto dans les quatuors de Hayn, instrument qui se voit confier des mélodies et traits beaucoup plus virtuoses qu'auparavant. Les sextolets passent ensute au violoncelle puis aux violons et enfin aux quatre instruments pianissimo dans une conclusion très poétique.

Menuetto Allegro ¾. Le menuetto, comme dans le quatuor précédent, est bien plus vaste qu'auparavant. On note également l'apparition brutale de la tonalité de ré bémol majeur dans le trio alors que le menuetto se terminait en do majeur. Comme dans le quatuor précédent il s'agit d'une innovation qui bouscule le schéma bien sage du menuet classique et qui annonce les scherzos de l'avenir.

Finale, Presto, 2/4 Rondo sonate. Plus encore que dans le quatuor précédent, ce somptueux finale a un caractère symphonique et s'apparente à ceux des symphonies n° 88, 92 et certaines parmi les douze Londoniennes. Le thème du rondo est encadré par des doubles barres de reprises, ce thème comporte un groupe de quatre doubles croches liées qui va jouer un rôle important par la suite. On a envie d'entendre des flûtes agiles ou encore les bois dans ce merveilleux thème aérien. Le premier couplet est plus ou moins basé sur le motif de quatre doubles croches et donne lieu à un travail contrapuntique serré mais, surprise saisissante, surgit piano en blanches un inquiétant thème balkanique en do mineur accompagné par des batteries issues des profondeurs du violoncelle. Le Daïmon de Haydn lâche son emprise et nous voilà revenu au refrain qui immédiatement donne lieu à magnifique fugato suivi par un retour aussi saisissant du thème balkanique en ré mineur cette fois. Le retour du refrain est amené avec une superlative habileté et donne lieu à un nouveau couplet qu'on peut considérer comme un nouveau développement sur les premières notes du thème. Le thème balkanique revient en fa mineur et une longue et virtuose coda ramène un dernier retour du refrain et une énergique conclusion sous forme d'accords sabrés par les quatre instruments.

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MessageSujet: Re: LES QUATUORS OPUS 74   Mar 18 Oct - 9:42

Bonne exécution du quatuor en fa majeur opus 74 n° 2 HobIII.73 par le quatuor Festetics. Mais rien d'enthousiasmant si ce n'est la virtuosité du premier violon. Si son violon a vraiment des cordes en boyau. Alors chapeau!

Le premier mouvement manque de puissance et d'ardeur  dans l'affirmation du superbe thème initial. Même chose dans le développement trop sage alors qu'il est probablement un des plus puissants et complexes de l'oeuvre de Joseph Haydn.

L'andante grazioso manque de charme et de mystère. Il y a dans ce mouvements des clairs-obscur et une chatoyance des coloris auxquels les Festetics ne rendent pas suffisamment justice.

Bon menuet mais ce n'est pas le mouvement le plus important.

Le presto final est en place et bien structuré mais tout cela manque d'engagement et d'un grain de folie notamment dans le fameux thème balkanique.

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MessageSujet: Re: LES QUATUORS OPUS 74   Ven 21 Oct - 14:05

Quatuor en sol mineur opus 74 n° 3 HobIII.74

Il est de loin le plus populaire des trois de l'opus 74 et sa célébrité est totalement justifiée. C'est le plus novateur de la série et son mouvement lent est indiscutablement le plus profond de ceux des autres quatuors de l'opus 74 et opus 71..

Allegro, 3/4, structure sonate. Contrairement aux trois quatuors de l'opus 71 et aux deux autres quatuors de l'opus 74, il ne débute pas par une introduction. On est plongé d'emblée dans le vif du sujet avec un thème initial à l'unisson, remarquable par les appogiatures sur lesquelles s'appuient presque toutes les notes de ce thème. On a entendu dans ce thème le galop d'un cheval d'où le surnom Le Cavalier de ce quatuor. Très curieusement ce thème va disparaître de la scène et cela pendant toute l'exposition. Cela est inhabituel car chez Haydn le thème initial parcourt généralement toute la première partie du mouvement.  Un thème nouveau prend le relai : un simple arpège sur l'accord de sol mineur au violoncelle auxquel répondent, par une plainte très expressive, l'alto, le second violon puis le premier violon. Un deuxième motif composé de deux noires suivies par des triolets de croches contraste pas son énergie avec ce qui précède. Ce motif en triolets prend une grande importance et nous amène au second thème proprement dit. Ce dernier en si bémol majeur  de caractère joyeux s'épanouit largement et est bientôt combiné avec le motif en triolets. Ce second thème doit être joué sul una corda, sur une corde, ce qui rend son exécution périlleuse. On arrive aux barres de mesure et au delà, au développement. C'est le motif en triolets de croches qui ouvre le développement et bientôt le thème initial dont nous avions souligné les appogiatures revient en scène. Très agressif, il combat vigoureusement le motif en triolets durant treize mesures magnifiques. Le motif en triolet continue tout seul et passe par de belles modulations. Le second thème prend le relai, passe par d'admirables et pathétiques modulations qui amènent la réexposition. Cette dernière ne montre d'abord pas de changements importants sauf que le second thème reparait en sol majeur, tonalité sur laquelle s'appuie la coda. Deux accords finaux de sol majeur en doubles et triples cordes, scèllent ce superbe mouvement.

Largo assai, mi majeur, 4/4, forme Lied. Nous voici arrivé au sublime mouvement lent, sommet incontesté du quatuor. Le quatuor avait débuté en sol mineur. Mi majeur, tonalité du mouvement lent, extrêmement éloignée de sol mineur, surprend l'oreille.  Ce mouvement au tempo très lent et en valeurs longues frise l'immobilité, caractère signalé par de nombreux auteurs (1,2) et commun à certaines œuvres du passé (largo de la symphonie n° 64 et de la symphonie n° 86) et à plusieurs quatuors de l'opus 76. On peut aussi penser au lento final du quatuor à cordes n° 2 de Bela Bartok. Le thème, énoncé mezza voce, a un  profil ascendant et s'oriente vers la dominante si majeur quand survient une extraordinaire modulation aboutissant à un accord fortissimo  de sol majeur comportant une quinte juste et une sixte augmentée. Ce passage, un des sommets de toute la musique, a longtemps constitué un mystère pour moi et pendant longtemps, je ne comprenais pas ce que le compositeur avait voulu dire. Il m'a fallu du temps pour qu'enfin, il s'impose à moi. Après les barres de mesures ce thème passe par d'admirables modulations, do dièze mineur forte puis sol majeur pianissimo. Après les barres de mesures on arrive à un intermède dans la tonalité de mi mineur. Le thème est maintenant renversé et module constamment, on atteint un climax d'expression sur un accord de la bémol majeur comportant une quinte et une septième. On assiste ensuite à un pathétique échange de ce thème renversé entre le violoncelle et le premier violon assorti de dissonances troublantes. Le retour du thème initie une géniale variation de la première partie avec des broderies de triples croches. On remarque tout particulièrement deux mesures magiques en trémolos de triples croches tandis que l'accord fortissimo qui m'avait tant frappé revient avec une vigueur renouvelée. La fin du mouvement est constamment pianissimo et tout s'achève dans un murmure évanescent.

On revient sur terre avec le menuetto ¾ en sol majeur et son trio en sol mineur. Ce dernier est typique des menuets et trios en sol mineur du classicisme viennois en général et ceux de Wolfgang Mozart en particulier, comme le menuetto du quintette en sol mineur K 516 ou bien le trio du quatuor en sol majeur K 387 faisant partie de la série dédiée à Joseph Haydn.

Finale, Allegro con brio, 4/4, structure sonate. Il débute par un thème  énergique et incisif remarquable par ses syncopes et ses oppositions de nuances. On remarque un groupe de quatre doubles croches liées qui jouera un rôle important tout au long du morceau. Sans transition le premier violon attaque le second thème en si bémol majeur, le relatif majeur de sol mineur, avec un accompagnement syncopé du second violon et de l'alto. Ce thème aérien est issu du premier même si sa gaité insouciante et son humour le différencient fondamentalement de lui. Ce thème s'étale confortablement et est enrichi d'un pittoresque canon entre les deux violons. Cette présence d'un second thème épanoui est une caractéristique de ce quatuor (3). A la fin de l'exposition, la virtuosité atteint des sommets au propre et au figuré avec un premier violon naviguant autour du si bémol suraigu. Le magnifique développement comporte trois parties, une première partie basée sur le second thème suivie d'un travail harmonique et rythmique sur le  premier thème mettant en relief les oppositions de nuances signalées au début du morceau. La troisième partie, très dramatique, est fondée sur le motif de quatre doubles croches liées qui aboutit à un climax fortissimo du premier violon qui répète obstinément l'incipit du second thème, accompagné par un martellement sauvage des trois autres instruments. C'est la réexposition qui, après un ostinato très dramatique du violoncelle sur les quatre croches liées, aboutit rapidement à un point d'orgue. L'armature change alors et comme dans le premier mouvement, on passse en sol majeur avec le second thème plus entrainant que jamais. A partir de là plus aucun nuage ne vient ternir le déroulé de la musique et la brillante péroraison finale.

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MessageSujet: Re: LES QUATUORS OPUS 74   Ven 21 Oct - 14:44

Merci Piero pour cette superbe et très complète analyse de ce quatuor ! Peut-être vous attaquerez vous aux opus 76 et 77 maintenant ?
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MessageSujet: Re: LES QUATUORS OPUS 74   Mer 26 Oct - 19:14

Napo a écrit:
Merci Piero pour cette superbe et très complète analyse de ce quatuor ! Peut-être vous attaquerez vous aux opus 76 et 77 maintenant ?
Merci Napo pour votre appréciation.
Je vais certainement poster des textes sur les quatuors opus 76.

Votre point de vue sur ces quatuors à cordes serait évidemment bienvenu!

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MessageSujet: Re: LES QUATUORS OPUS 74   Ven 28 Oct - 9:14

Exécution excellente du quatuor Festetics.
Il me semble plus à l'aise dans ce quatuor que dans les cinq autres des opus 71 et 74.
Les tempi sont ceux qui trottent normalement dans ma tête.
Dans le premier mouvement, ils font, en jouant le deuxième thème, un portamento un tantinet canaille que je trouve plutôt surprenant. A part ça ce mouvement est magnifiquement et rondement mené.
Les Festetics rendent justice au sublime largo mais parfois je trouvais que les contrastes ne sont pas assez appuyés notamment le terrible fortissimo de la mesure 9! C'est parfaitement en place et très émouvant, le phrasé est très beau.
Menuet et trio parfaitement en place.
Finale d'abord féroce comme il doit l'être puis spirituel et léger. Superbe!

Je ne peux pas imaginer que ceux qui me lisent actuellement n'aient jamais écouté ce quatuor.
Alors quelle est votre opinion?
Que pensez-vous de la version que vous connaissez?
Si vous en connaissez plusieurs, quelle est votre version favorite?

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MessageSujet: Re: LES QUATUORS OPUS 74   Ven 28 Oct - 9:17

Le numéro actuel du BLOG Rundinella est consacré au quatuor en sol mineur opus 74 n° 3 Le Cavalier

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MessageSujet: Re: LES QUATUORS OPUS 74   Ven 28 Oct - 21:07



Quatuor en sol mineur opus 74 n° 3 par le quatuor Festetics

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MessageSujet: Re: LES QUATUORS OPUS 74   Dim 30 Oct - 23:43

Merci Pierro pour la vidéo, c'est en effet la version (excellente) que j'avais écouté du Cavalier. Je l'ai réécouté, et je confirme ce quatuor est génial tout particulièrement son étrange et superbe 2e mouvement...
Et par ailleurs je trouve votre blog super ! Smile
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MessageSujet: Re: LES QUATUORS OPUS 74   Aujourd'hui à 22:46

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