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 Antoine Reicha (1770 - 1836)

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Euclide-Orphée

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MessageSujet: Antoine Reicha (1770 - 1836)   Lun 30 Oct - 16:06

Compositeur d'origine tchèque dont le nom peut s'orthographier de différentes façons. Il faut dire qu'à l'époque quand un compositeur voyageait il avait tendance à changer l'orthographe de son nom en fonction du pays d'accueil, ainsi on trouve Antonín Rejcha, Anton Reicha et Antoine Reicha.

Biographie :

Orphelin, il apprend le violon et la flûte avec son oncle Josef Reicha, violoncelliste et compositeur. En 1785, parti avec son oncle engagé à Bonn, Anton Reicha rencontre Beethoven qui a le même âge que lui. Les deux musiciens se côtoient jusqu'au départ de Beethoven pour Vienne le 2 novembre 1792. Reicha, fuyant les troupes françaises en 1794, passe ensuite quelques années à Hambourg, et après un détour par Paris, il se retrouve à Vienne, où il se lie avec Haydn et termine sa formation de compositeur auprès de Salieri et Albrechtsberger.

Il émigre à Paris en 1808. Il est nommé professeur de contrepoint et de fugue au Conservatoire en 1818 et écrit des ouvrages théoriques et pédagogiques à destination de ses élèves, au nombre desquels on compte George Onslow, Hector Berlioz, Franz Liszt, Louis Clapisson, Charles Gounod ou César Franck. Il compose le Te Deum demandé par Louis XVIII afin de célébrer la brillante campagne d'Espagne de 1823 et commandée par son neveu, le duc d'Angoulême.

Ses nom et prénom ont été orthographiés différemment au cours de sa vie : Antonín Rejcha en Tchécoslovaquie, il devient Anton Reicha à Vienne, puis Antoine à Paris. Il est naturalisé français en 1829 puis élu membre de l'Académie des beaux-arts en 1835.

Reicha a fait des recherches approfondies sur la fugue, dont il a voulu faire une forme moderne (au xixe siècle) permettant de moduler dans toutes les tonalités. Mais il est plus connu aujourd'hui pour ses pièces de musique de chambre pour instruments à vent (de nombreux quintettes) et ses pièces expérimentant l'utilisation de mesures impaires.

Son Traité de haute composition est sans doute le premier ouvrage à décrire la « forme sonate », sous le nom de « grande coupe binaire ».

Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (7e division).


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Le compositeur est tombé dans un oubli relatif lorsqu'on le compare à tous les individus qu'il a pu côtoyer sa vie durant (Beethoven, Haydn, Salieri, Liszt, Berlioz, Gounod, Franck ...), il n'en demeure pas moins une figure extrêmement intéressante du classicisme et romantisme naissant. Il s'éloigne toutefois bien moins que Beethoven ou Dussek des codes du classicisme, dans l'absolu ce n'est pas vraiment un romantique dans l'âme (ce qui ne me dérange pas du tout à vrai dire). Toutefois c'est un homme qui n'a résolument pas peur de la dissonance, sans doute est-ce le résultat de son amour du contrepoint.
Étant donné qu'il fait le lien entre des noms comme Haydn / Salieri et les Berlioz / Liszt tout en étant né la même année que Beethoven je pense qu'il est une figure qui mérite d'être analysée sur ce forum.
En écoutant plusieurs compositeurs des générations suivants Haydn & Mozart je pense qu'on peut se rendre compte que Beethoven, très atypique dans son genre, n'est pas forcément celui qui se rapproche le plus d'Haydn et / ou Mozart. J'entends parfois davantage Haydn chez Hummel, Reicha ou Schubert par exemple.

Pour se faire une idée de sa musique :

Symphonie en mi bémol majeur (1803) et fa majeur (1808):
 
1803 est une année particulièrement intéressante pour les comparaisons, notamment entre 3 symphonies en mi bémol majeur écrites la même année : l'héroïque de Beethoven, une symphonie absolument merveilleuse d'Eberl qui fut mieux reçue par le public que celle de Beethoven, et cette symphonie de Reicha (qui n'est assurément pas aussi aventureuse que ses 2 contemporaines).
Sa symphonie en fa majeur est bien plus intéressante et, je dois dire, particulièrement géniale (1808 si je ne dis pas de bêtise c'est aussi l'année des premières des symphonies 5 et 6 de Beethoven) en étant toujours bien plus attachée à l'esthétique fin XVIIIème que d'autres peuvent l'être à la même époque.

Quatuor en mi majeur, 1er mouvement (1824):
 
Ce CD, disponible sur Deezer, permet d'écouter bien d'autres oeuvres de musique de chambre et pour piano de Reicha, entre autre ce quatuor en entier bien évidemment.

Quintet pour piano et cordes en do mineur (1826?):
 

Un exemple de contrepoint pour le moins chromatique, ici sur le thème de la fugue du chat de Scarlatti. Reicha aimait réutiliser des thèmes d'autrefois pour les exploiter d'une manière nouvelle, il le fait aussi avec Frescobaldi par exemple, cela donne des sortes de "fugue-fantaisie".:
 
C'est en général pour son travail autour du contrepoint que le nom de Reicha n'est pas totalement oublié (ainsi qu'éventuellement pour sa musique de chambre pour instruments à vent mais à titre personnel les petites formations purement constituées d'instruments à vent ont tendance à m'ennuyer un peu).
Certainement a-t-il largement participé au retour en force du contrepoint avec Cherubini. Les deux sont assurément des contrapuntistes très sous-estimés bien que différents.
Globalement s'il reste assez classique par ailleurs (très efficace mais pas forcément en avance sur son temps) ses oeuvres pour piano solo sont souvent bien plus visionnaires.
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jdperdrix

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MessageSujet: Re: Antoine Reicha (1770 - 1836)   Mar 31 Oct - 1:18

On trouve pas mal d'oeuvres de Reicha en CD maintenant. Personnellement, j'ai un faible pour les quintettes à vent. Comme Haydn pour le quatuor et la symphonie, il n'a pas inventé le genre (c'est possiblement Cambini), mais il l'a porté à un sommet avec 25 quintettes de grandes dimensions, comparables aux grandes symphonies de l'époque. Ces quintettes ont obtenu un très grand succès en leur temps.
Si on est lassé par les ensembles à vent, on peut se reporter sur ses quintettes pour un instrument à vent et quatuor à cordes, tel que celui pour basson :


https://youtu.be/UAyIfwc1YOI

Et il avait l'esprit d'aventure aussi bien mélodiquement et harmoniquement (multi-tonalité) que rythmiquement comme le prouve l'ouverture en ré à 5/8
https://youtu.be/2S9Wko32Z10
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jdperdrix

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MessageSujet: Re: Antoine Reicha (1770 - 1836)   Mar 31 Oct - 1:30

J'ajoute ce lien vers la page wikipedia consacré aux 36 fugues, dédiées à Haydn par un long poème en français.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Trente-six_fugues_(Reicha)
On y trouvera sans peine des exemples de plusieurs fugues "atonales" ou suivant un "nouveau système harmonique", ainsi que d'autres originalités, par exemple la 12e, où les silences font partie du contrepoint (!)
C'est là une fantaisie assez haydnienne...
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Euclide-Orphée

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MessageSujet: Re: Antoine Reicha (1770 - 1836)   Dim 5 Nov - 23:41

Merci pour ces commentaires instructifs !

Je dois dire que je n'avais jamais particulièrement prêté attention au fait que le corpus de fugue de Reicha était dédicacé à Haydn. C'est intéressant, encore une preuve s'il en fallait une de la notoriété du compositeur de part l'Europe. Les frères Haydn sont par ailleurs parmi les compositeurs ayant réhabilités le contrepoint dans la période classique, dédicacer un livre de fugues à Joseph n'est donc pas innocent !
Ces 36 fugues sont toutefois assez inégales de mon point de vu. Certaines allient brillamment inventivité et musicalité (et ça suffit à faire de Reicha un des grands noms du contrepoint (par exemple avec cette réécriture de la fugue du chat !) de l'époque avec Beethoven et Chérubini, il y a vraiment des choses géniales) quand d'autres sombres dans quelque chose de peu compréhensible et donc de relativement plat à écouter. Par moment il est allé un petit peu trop loin négligeant l'aspect, tout de même très important, du mélodieux dans l'écriture de la fugue (des rythmes improbables tendent aussi parfois à casser la continuité de la fugue alors que d'ordinaire c'est plutôt quelque chose que précisément on cherche à éviter). Sans doute est-il le plus innovant de son temps en terme d'écriture contrapuntique mais il est peut être aussi le plus inconstant. C'est très juste, cela dit, de qualifier ce sens de l'audace et de la fantaisie d'assez Haydnien dans l'âme !
Cela dit je ne pense pas qu'Haydn aurait négligé à ce point la musicalité (dans le sens classique du terme) du contrepoint pour s'enfermer, par moment, dans une vision beaucoup trop théorique de la chose. Le contrepoint d'Haydn est toujours extrêmement charmant.
Il est intéressant de noter par ailleurs que connaissant très bien Bach et Handel (surtout Mozart et Beethoven) les grands classiques se sont en général plutôt inspirés d'Handel pour ce qui est l'écriture contrapuntique. Je pense qu'ils privilégiaient la clarté et efficacité du discours à l'épaisseur ou fantaisie contrapuntique (au final le contrepoint est plus un outil qu'une finalité), chose que Reicha a peut être tendance à oublier de temps en temps.

En ce qui concerne les quintettes à vent comme je l'ai dit à titre personnel j'ai un petit peu de mal à écouter ça en boucle. La musique est très intéressante, le problème c'est la formation, il y a quelque chose que mes oreilles rejettent dans l'excès d'instruments à vent ainsi configurés, à nu, sans autre soutien sonore.
Cela tend souvent au sublime dans les mouvements modérés ou lents, comme dans le fameux adagio de la sérénade de Mozart, toutefois dès lors qu'on parle de mouvements rapides ou de danse j'y entends parfois quelque chose de "grotesque", de surcroît pas très nuancé et éventuellement perçant. Je trouve qu'intégrés dans un orchestre les instruments à vent ont un charme presque inégalable, mais lorsqu'ils sont uniquement entre eux finalement on perd cette typicité du timbre qui n'est plus souligné par le décalage avec les cordes et autre (cela fonctionne aussi très bien avec de plus petites formations comme proposé ci-dessus avec ce très beau quintette pour cordes et basson, ici il y a un contraste qui fait ressortir l'intérêt du basson). Je trouve que le tout manque par ailleurs d'épaisseur, le son semble sonne un peu creux à mes oreilles (je ne saurais comment l'exprimer avec précision).
Il aurait pour mon plus grand plaisir que les grands compositeurs n'écrivent que des mouvements lents et résonnants pour ce genre de formation !
Cela étant il est justifié de dire que les quintettes à vent font parti de ce qui fait la réputation de Reicha et, certainement, ce qu'il a écrit de mieux, et avec le plus grand soin.

Je ne connaissais pas cette ouverture de Reicha.
Atypique en effet, bien qu'ici il allie son côté fantaisiste avec une esthétique très classique dans le phrasé, la mélodie.
C'est d'autant plus efficace je trouve, car on écoute cette oeuvre avec le sentiment que quelque chose ne tourne pas rond, qu'il manque un temps dans la pulsation.
Cela manque peut être d'un certain développement mélodique cela dit, malgré des audaces rythmiques et harmoniques ça m'a semblé un poil long et redondant.

Reicha est assurément un compositeur à explorer, qu'on connaît de toute façon en général trop peu et qui peut surprendre de bien des manières.
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Joachim

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MessageSujet: Re: Antoine Reicha (1770 - 1836)   Mar 7 Nov - 13:43

Reicha a composé énormément d'oeuvres, principalement instrumentales, dont ces 25 quintettes pour instruments à vents, une trentaine de quatuors à cordes et de nombreuses autres oeuvres de musique de chambre de toutes sortes, depuis un dixtuor jusqu'à la sonate.

Parmi les oeuvres pédagogiques se trouvent les 36 Fugues opus 36, 12 Etudes opus 30, 34 Etudes opus 97 et un "Art de varier" opus 57, qui sont 57 variations en fa majeur sur un thème original.

A noter aussi une "Musique pour célébrer la mémoire des grands hommes qui se sont illustrés au service de la nation française" pour orchestre d'harmonie.

En musique vocale, outre des opéras, on peut retenir 4 grandes oeuvres : Requiem, Te Deum, un Nouveau Psaume qui est une prière pour la Paix, ainsi que la ballade Lenora basée sur la ballade Lenore de Gottfried August Bürger, laquelle a inspiré d'autres musiciens, tels Theresia von Paradies, Joachim Raff, Liszt ou Duparc.

Parallèlement aux 36 Fugues, on peut citer en particulier son "Art de varier" (1804), 57 variations sur un thème (en fa majeur) qui devient tour à tour marche, menuet, gavotte, toccata, fugue et autres, et qui sous plusieurs aspects sont un "avant-goût" des variations Diabelli de Beethoven.

J'ai personnellement écouté beaucoup d'oeuvres d'Antoine Reicha, et je pense que ce compositeur est injustement méconnu, bien que, comme le souligne jdperdrix, on trouve pas mal de CD, mais il n'est jamais interprété en concert.
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Antoine Reicha (1770 - 1836)   Sam 11 Nov - 10:39

Chers amis. Merci pour cette discussion passionnante. Avec Reicha il y a du pain sur la planche et du grain à moudre!
Préparant plusieurs concerts avec les deux orchestres dans lesquels j'ai le plaisir de jouer, ma pile de CDs réels ou virtuels à écouter menace de s'écrouler.
Mais là vous me mettez l'eau à la bouche et je mets Reicha en tête de liste.
A très bientôt!
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