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 Rétrospective du pianoforte

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Euclide-Orphée

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MessageSujet: Rétrospective du pianoforte   Ven 24 Nov - 13:36

Ne savant pas trop dans quel parti du forum on pourrait évoquer ce sujet je le place ici.

Dans l'absolu mon idée ici était pour commencer de faire une petite perspective du pianoforte dans la continuité de exemples donnés concernant les piano Clementi. Je ne sais pas si ça intéresse réellement quelqu'un mais moi j'ai plaisir à l'écrire !

Pour se faire une idée de l'évolution de la sonorité du pianoforte (grand modèle) il faut partir de la base avec Cristofori.
Pianoforte neuf, modèle selon Cristofori de 1730:
 
Pianoforte d'époque selon Cristofori, le plus vieux piano dont on dispose de nos jours:
 
On constatera que le piano originel à l'italienne a une esthétique de clavecin italien (très fin), on retrouvera ce genre de coffre tout à fait comparable à un clavecin jusqu'à tradivement en France(*). Compte tenu de la sonorité j'émets volontiers l'hypothèse que la recherche d'un toucher dynamique était la quête davantage que le souci d'une nouvelle sonorité et, je serais tenté de croire que Cristofori ne cherchait pas à s'éloigner outre mesure de l'esthétique habituel du continuo (à savoir clavecin et luth, ces pianoforte ont assez clairement un timbre "jeu de luth").

Ensuite nous avons les modèles viennois que Mozart, Haydn et le jeune Beethoven ont connu.
Pianoforte selon Stein, originellement le facteur préféré de Mozart:
 
Pianoforte selon Walter, à la fin de sa vie le nouveau piano favori de Mozart mais aussi de Haydn et Beethoven (jeune):
 
Par rapport au piano italien il me semble que cette époque tend vers un son se rapprochant un petit peu des bois (clarinette par exemple) et de la voix humaine (les marteaux sont incroyablement rapides et réactifs, cela donne un discours très articulé et chantant, clairement la facture viennoise cherche à mimer le discours vocal). On est sur quelque chose de plus boisé qui s'émancipe petit à petit de la proximité sonore avec le clavecin.
Aujourd'hui le pianoforte selon Walter (même modèle que le pianoforte survivant de Mozart qui est d'ailleurs encore utilisé pour certains enregistrements et concerts, ce piano a été parfaitement conservé !) est en général ce qui sert de référence pour les interprétations sur pianoforte de concert. Il faut dire que c'est incontestablement le piano le plus abouti du XVIIIème siècle.

Lors de son séjour en Angleterre Haydn a eu l'occasion de découvrir et d'apprécier les pianos de facture anglaise, notamment Broadwood (d'esthétique comparable aux modèles Clementi). Les pianos Anglais sont plus puissants, plus orchestraux, mais plus lent de mécanique. Assurément ici c'est la puissance et l'orchestre qui est recherché, non la voix et les bois comme en Autriche, ce sont de véritables pianos de concerto certainement pensés pour la scène. Des exemples de pianos à queue Clementi peuvent être écouté sur le sujet le concernant.
Les pianos Érards (donc français), sans doute plus clairs, avaient aussi un grand succès auprès de Beethoven, Haydn ou Dussek. On peut écouter ici un piano Érard de 1802 :
http://collectionsdumusee.philharmoniedeparis.fr/0160034-piano-a-queue-erard.aspx

Peu après la mort d'Haydn le pianoforte a continué de se modifier. À Vienne un facteur nommé Graf continue d'innover et fournit les plus grands compositeurs. Un piano Graf surboosté (triple ou quadruple cordes) fut offert à Beethoven 1826 dans l'espoir que le piano lui serait audible. Ces pianos sont déjà beaucoup plus lourds et on sent qu'on tend vers le romantisme, d'ailleurs ce facteur a, plus tard, aussi fourni Liszt et Chopin (même si ces-derniers ont ensuite eu d'autres marques favorites, notamment Pleyel, Érard ou Bosendorfer).
Ces pianos ont une sonorité particulièrement adapté à la musique de Schubert (un côté pimpant et martial quand nécessaire ou, par ailleurs, une grande mélancolie un peu bohème).
Pianoforte selon Graf, 1819:
 
En terme de timbre on constate que dès 1819 on s'approche de plus en plus du piano moderne.
C'est par ailleurs souvent une époque un peu fourre-tout dans le piano, on trouve parfois des instruments avec un nombre extravagant de pédales permettant d'actionner des cymbales, des "turqueries" et autre. C'est une mode qui a vite été abandonnée mais c'est bon de le noter.

Finalement après la mort de Beethoven / Schubert et à l'époque de Chopin on arrive à la création du piano à queue qui, visuellement, est très proche de ce qu'on a aujourd'hui même si la construction est largement différente (encore presque totalement en bois, cordes parallèles etc...).
Pianoforte Pleyel de 1848, Chopin a joué sur ce piano qui était son favori:
 
Je ne sais plus si le double échappement était déjà présent dans ces pianos.
Par la suite le piano a gagné en puissance et robustesse (usage de plus en plus de métal et de fonte) pour devenir le superbe instrument qu'il est aujourd'hui. Dans l'absolu le piano a relativement peu changé depuis 1890 pour certaines marques (pas toutes) comme Steinway qui utilisait déjà les cordes croisées, carde en fonte etc... On peut dire que le Steinway de la fin du XIXème siècle est environ notre piano moderne bien que le piano continue son évolution.
On dira qu'entre 1730 et 1830 le piano a infiniment plus bougé (il faut voir ce que représente le passage du piano Cristofori au piano Pleyel que Chopin a connu !) qu'entre 1890 et 2017.
Globalement on constatera qu'en quelques décennies à peine le piano est passé par de nombreux stades et de multiples sonorités, qu'ainsi on peut facilement être surpris par le son d'un dit "pianoforte", d'autant que la terminologie est utilisé y compris pour parler des pianos contemporains de Chopin.

Aujourd'hui on peaufine davantage qu'on ne modifie réellement le piano qui est considéré (à juste titre) comme un instrument totalement abouti qu'on n'ose plus trop toucher, encore que Barenboim a fait construire un nouveau piano à queue avec cordes parallèles donc sait-on jamais, une nouvelle mode pourrait naître.
https://www.youtube.com/watch?v=xbIbaiNdzNs

(*) Pour ceux qui connaissent la facture de clavecin il faut savoir que Taskin a produit des pianos :
http://collectionsdumusee.philharmoniedeparis.fr/0162147-piano-a-queue-pascal-taskin.aspx
Les pianos français avaient un attachement particulier à la forme clavecin, c'était encore à la mode chez Pleyel, Gaveau et autre au XXème siècle (étrangement ces pianos ressemblaient presque plus aux clavecins historiques que les clavecins modernes)
Piano Gaveau et Pleyel respectivement de 1920 et 1929:
 
Il faut dire que la facture française de piano a toujours été dans une quête esthétique particulièrement fouillée.
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Rétrospective du pianoforte   Ven 24 Nov - 23:05

Merci infiniment Euclide-Orphée pour ce document que je trouve personnellement très intéressant car je suis fasciné par l'évolution de la technique des sonates pour clavier de Joseph Haydn bien que je n'y connaisse pas grand chose! Je prendrai donc le temps de lire ton texte avec attention.

Je crois que ce sujet Retrospective du pianoforte serait idéalement place dans le sous forum Généralités, on y trouve des sujets comme Haydn et les tonalités, Haydn et la fugue, Haydn et la musique baroque, la mineur....Dans le sous-titre Considérations générales concernant Haydn, on peut sous-entendre aussi l'étude des instruments de musique qu'il avait à sa disposition.

Avec ton autorisation, je pourrais translater ce sujet Rétrospective du pianoforte dans le sous-forum Généralités.


Dernière édition par Piero1809 le Sam 25 Nov - 11:03, édité 1 fois
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Euclide-Orphée

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MessageSujet: Re: Rétrospective du pianoforte   Sam 25 Nov - 2:15

Je dois dire que j'ai hésité à le placer directement dans les généralités.
Mais je me suis dit que c'était trop détaché de la personne de Haydn directement, il aurait fallu que j'axe davantage le message sur les liens à établir entre ses sonates et le modèle de piano qu'il avait sous la main (on peut grossièrement séparer en 3 catégories : la période d'indifférence entre le clavecin et le pianoforte, la période de l'apothéose du piano viennois (1780) et la période londonienne avec ses pianos aux potentialités si différentes).
Étrangement comparativement à Mozart dont l'inventaire des instruments est facile à se procurer le cas de Haydn est un petit peu plus périlleux à fouiller. Ici et là j'ai pu grapiller qu'il avait vraisemblablement utilisé des pianos Walter (comme Mozart), Érard (commandé spécialement en France) et Broadwood en Angleterre mais notre cher papa semble manquer de la déification qui peut toucher Mozart et tous les objets lui ayant appartenus. En même temps je ne suis pas sûr que l'inventaire des pianos ayant appartenus à Haydn, ou qu'il aurait particulièrement appréciés, soit un sujet de conversation particulièrement commun.
Dans l'absolu j'ai un peu dépasser les limites chronologiques de Haydn pour aller jusqu'à Chopin (il faut dire que l'exemple de cette évolution de Cristofori à Pleyel en 100 ans montre à quel point le piano était l'instrument phare et déchaînait l'inventivité et les passions des facteurs, musiciens et auditeurs pour se transformer incroyablement rapidement) puis au piano moderne brièvement évoquée mais ça ne me dérange pas du tout de mettre ce topic dans les généralités où il aura assurément toute sa place !

Ce que je trouve formidable avec l'histoire des instruments c'est qu'au fond on a parfois l'impression qu'à chaque époque l'instrument donné avait atteint une forme toute particulière de perfection, une petite niche, un écrin merveilleux, peut être assez limité aux usages musicaux de son temps (avec des potentialités de toute façon exploitées à merveille par les compositeurs contemporains), mais néanmoins absolument fabuleux, brillant d'inventivité et très touchant. La symbiose qui peut exister entre la musique d'une époque et les instruments disponibles à ce moment là est quelque chose de difficilement exprimable.
Le génie humain s'exprime parfaitement à toute époque pour des résultats très divers mais chacun de ces instruments est une oeuvre d'art à part entière.
Entre autre je dirais tout de même que l'histoire du piano est parmi les plus fascinantes !
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