Joseph Haydn

(1732-1809)
 
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 Antonio Soler (1729 - 1783)

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Euclide-Orphée

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MessageSujet: Antonio Soler (1729 - 1783)   Jeu 31 Mai - 0:35

Biographie Wikipédia :

Antonio Francisco Javier José Soler Ramos plus connu sous le nom de Padre Antonio Soler (baptisé le 3 décembre 1729 et mort le 20 décembre 1783) est un religieux, compositeur, organiste et claveciniste espagnol.

Antonio Soler est le principal compositeur pour le clavecin actif en Espagne du xviiie siècle si l'on excepte Domenico Scarlatti, Italien qui passa les trente dernières années de sa vie en Espagne et y introduisit son style si particulier, influencé par la musique populaire de son pays d'adoption. Antonio Soler se place directement dans le sillage et la tradition du maître napolitain.

Né à Olot dans la province de Gérone, il commence ses études musicales à l'âge de six ans à l'Escolania de Montserrat. Entré ensuite en religion dans l'ordre des Hiéronymites et ordonné prêtre en 1752, il fait partie de la communauté hiéronymite de San Lorenzo de l'Escurial et devait y passer le reste de son existence tout en exerçant ses dons musicaux en tant que maître de chapelle.

L'Escurial est à la fois palais royal pendant l'automne et couvent. En automne A. Soler rencontre Domenico Scarlatti, au service de la monarchie espagnole, et y recueille son enseignement, ou du moins ses conseils. Soler donne également des leçons à l'Infant Don Gabriel, fils préféré de Charles III. Le prince l'invite à participer à des concerts (des « academias ») organisés au Prado ou à Aranjuez : Soler s'absente ainsi de son couvent pendant plusieurs semaines.

Sa liberté et son succès fait des jaloux parmi les moines. On le surnomme « le diable en habit de moine ». La venue d'un nouveau supérieur au couvent, Julian de Villegas, très rigoriste, interdit au Padre Soler de quitter son couvent. Soler demande en vain sa mutation. Villegas lui trouve une « tête affaiblie par l'étude immodérée de la musique » ( [sic]).

Parmi les points communs entre Scarlatti et Soler, il faut relever leur importante production de sonates pour le clavecin ; ce terme ne correspond d'ailleurs pas, chez ces deux compositeurs, à la sonate classique en 3 ou 4 mouvements : celles de Scarlatti sont en général à un seul mouvement de coupe binaire (deux reprises), celles de Soler également, mais adoptent des structures plus variées.

Antonio Soler meurt à l'Escurial en 1783. Il meurt tristement en « demandant sincèrement pardon à toute la communauté ».


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J'avais déjà évoqué quelques compositeurs espagnols (un pays doté d'une très riche tradition musicale beaucoup trop ignorée !) mais celui-ci, beaucoup plus connu, a le mérite d'être aussi un contemporain de Haydn quand bien même tout oppose leur style respectif.
Génie inventif et ultra audacieux dans la digne lignée de Scarlatti, Soler est certainement un des grands noms de la littérature pour clavier. Il est captivant de constater à quel point la tradition musicale pouvait différer entre l'Espagne & l'Italie (sonate en 1 mouvement : voir Soler ou Cimarosa), la France (encore tardivement converti aux livres de pièces pour clavecin dans le goût baroque (avec un nom évocateur), éventuellement en suite) et le monde germanique où la sonate classique prend forme (notamment avec les fils Bach et Haydn). Au final dès lors que l'on creuse certains aspects de la musique qui semblent pourtant évidents, comme la sonate pour clavier à l'époque classique, on se rend compte que lorsqu'on élargit son champ de vision et qu'on sort du centre du classicisme (Autriche / Allemagne) on découvre un époque parfois beaucoup moins homogène qu'on pourrait l'imaginer (il suffit de comparer CPE Bach, Soler et mettons un Duphly ou Balbastre pour l'observer).
On constatera d'ailleurs que le clavecin a conservé très tardivement une immense popularité dans les pays latins là où le pianoforte lui a beaucoup plus rapidement été préféré dans les pays germaniques et l'Angleterre : allez savoir pourquoi ?


Naturellement l'oeuvre la plus connue de Soler est son fameux Fandango, intemporel et un brin rock :
A. Soler - Fandango:
 


Quelques exemples de sonates :

A. Soler - Sonate 84, Ré majeur, d'aucun y entendra une version majeure dans l'âme de la fameuse K141 de Scarlatti:
 

A. Soler - Sonate 117, Ré mineur :
 

De temps à autre on tombe sur une sonate à la sonorité plus classique :
A. Soler - Sonate 27, Fa majeur:
 

L'occasion au passage d'entendre une copie, si je ne m'abuse, d'un instrument de facture hibérique (probablement portugaise). On pense rarement à regarder du côté de la péninsule hibérique pour la facture instrumentale, c'est une erreur, ces instruments ont parfois des spécificités intéressantes. Par exemple les sonates de Soler et Scarlatti nécessitent parfois le sol5 qu'on ne trouve pas sur la plupart des clavecins, orgues ou pianoforte. En effet en Espagne et au Portugal on produisait souvent des clavecins dont l'ambitus était sol1-sol5 au lieu du traditionnel fa1-fa5.
Une autre spécificité intéressante est l'usage de pédales ou d'autres mécanismes actionnables aux genoux pour pouvoir changer la registration pendant qu'on joue (en France Taskin avait aussi pensé à l'usage de genouillères pour changer de registration plus facilement).


Une facette de Soler que je ne connaissais pas tellement est sa musique de chambre. Et ce fut une grande découverte.
Ces quintuors ont tout pour charmer, tantôt fidèle à sa musique pour clavecin solo, tantôt plus emprunt d'un classicisme dès plus réussi, l'ensemble forme quelque chose de grandiose.
On peut trouver une compilation bien longue :
A. Soler - Quintette pour orgue (/ clavecin):
 
Mais pour se familiariser cet exemple du quatuor mosaïque avec Scott Ross au clavecin en dit déjà à mon avis beaucoup :
A. Soler - Quintette N°6 en sol mineur:
 

Dans sa musique religieuse en revanche le conservatisme l'emporte, l'Espagne est très conservatrice sur le plan religieux et le compositeur est tout de même moine !
A. Soler - Magnificat:
 
Ce magnificat est très beau et d'une grande pureté, on y ressent encore l'héritage de la renaissance.
L'écriture montre un compositeur préservé de certains aléas du classicisme qui parfois tendait à faire de l'opéra ou de la symphonie dans la musique religieuse !

A titre personnel je n'ai aucun mal à classer Soler dans les génies négligés.
Je crois qu'il y a beaucoup à découvrir dans sa musique qui ne se limite d'ailleurs pas au clavecin solo. C'est aussi un compositeur qui est un petit peu considéré comme appartenant uniquement au répertoire "baroque" (un compositeur connu uniquement des clavecinistes quoi) ce qui est erroné tant sur le plan des dates que de sa musique parfois plus classique (dans les quintettes ou certaines sonates). Sa musique de chambre et ses sonates sont très intéressantes à mettre en parallèle avec ce qui se faisait ailleurs à ce moment là, on pense notamment à Haydn et aux fils Bach.
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Joachim

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MessageSujet: Re: Antonio Soler (1729 - 1783)   Jeu 31 Mai - 13:05

Ce Padre Antonio Soler, je l'ai découvert dans mon adolescence, il y a bien longtemps, évidemment par son Fandango, lequel m'a plus d'emblée. Bien que Soler ait écrit pour clavier, c'est-a-dire pour clavecin ou pianoforte, je trouve que ces sonates sont plus belles interprétées au clavecin, y compris et surtout pour le Fandango.
Personnellement je possède l'intégrale Van Esperen. A noter que plusieurs de ces sonates, et contrairement à celles de Scarlatti, sont en plusieurs mouvements (trois ou quatre).

Je possède aussi l'intégrale des 6 concertos pour 2 orgues et des 6 Quintettes pour orgue et quatuor à cordes (qu'il est préférable d'écouter avec orgue et non piano ou clavecin).

A noter que du Padre Soler, on connaît bien sûr le Fandango, quelques unes des sonates et un peu les concertos pour 2 orgues et les quintettes.

On commence tout juste à découvrir son oeuvre vocale, et elle semble à l'avenant de son oeuvre instrumentale.

N'oublions pas qu'il disposait à l'Escorial d'un effectif choral et instrumental d'importance, dont 5 chorales de petits chanteurs. Ses compositions, en grande partie détruites par les pillages des troupes françaises de Napoléon en 1808, comportent dans le domaine vocal pas moins de 60 Messes, 147 autres oeuvres sacrées, des musiques de scène pour les pièces de Calderon, et autres oeuvres dramatiques.

Et aussi quelque 132 Villancicos, dont 14 seulement ont été publiés récemment.. Ces Villancicos sont des mini cantates, ou saynètes, qui racontent un épisode de la Nativité ou bien une histoire imaginaire la concernant, prévues pour des spectacles mimés aux alentours de Noël. C'est en somme du théâtre populaire.
Elles sont composées pour quelques voix (en principe d'enfants et quelques adultes) se réunissant en choeur à la fin de la scène, accompagnées par un petit orchestre.

Ecoutez ce magnifique Miserere à 8 :



et ce villancico pour Noël 1763



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Euclide-Orphée

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MessageSujet: Re: Antonio Soler (1729 - 1783)   Ven 1 Juin - 1:52

Commentaire très intéressant
Je ne connaissais pas ce Miserere, d'une grande beauté en effet, dans la continuité d'un compositeur qui résolument ne déçoit pas ... J'apprécie la conservation de la tradition grégorienne au passage. Il y a quelque chose de résolument moderne et à la fois résolument admiratif et respectueux du passé dans cette musique.
Sa musique religieuse semble très sophistiquée et je suis sûr qu'elle regorge de trésors si tant est qu'ils soient conservés. Je serais ravi de pouvoir écouter ses requiems mais il y a tant de musique endormie ou perdue ...

Etrangement on parle de légende noire en ce qui concerne la couronne d'Espagne, avec nombres de souverains au destin ou à la personnalité tragique.
Lorsque l'on parle de musique religieuse force est de constater qu'on n'est pas loin d'une légende noire : pour un pays si chrétien dont la chapelle royale était une institution extrêmement importante l'incendie de l'Alcazar en 1734 qui a détruit la quasi totalité de la collection de la chapelle (d'où une profusion d'oeuvres de De Nebra, De Literes, Corseli, De Tores qui ont dû recomposer tout un patrimoine pour la chapelle) et les ravages de la guerre la pauvre Espagne a souffert d'immenses pertes malheureusement irréparables.
J'aurais aussi tendance à imaginer que le tremblement de terre de Lsibonne a éventuellement engendré quelques pertes de ce côté là, entre autres dégâts bien sûr ...

Au passage en ce qui concerne les sonates en plusieurs mouvements je note qu'on y trouve parfois des "intentos" (sonates 63, 66, 68 ... souvent en final d'une sonate à 3 mouvements), drôle d'appellation pout une fugue ou un Ricercare. A notre plus grand plaisir il se livre donc à l'exercice d'un contrepoint plus rigoureux que les sonates ne l'exigent ordinairement et c'est en général extrêmement réussi.
Entre la fugue (fuite), le ricercare (la recherche, parait-il que le mot a été utilisé en français pour nommer des pièces), l'intento (la tentative) on peut dire que les mots utilisés pour décrire ce type de composition sont pour le moins atypiques.
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