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 Alessandro Moreschi (1858-1922)

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Euclide-Orphée

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MessageSujet: Alessandro Moreschi (1858-1922)   Ven 7 Sep - 16:24

Un autre sujet sur un musicien qui peut sans doute nous en apprendre beaucoup.
Lui est sans doute plus connu, mais aussi assurément controversé !

D'après Wikipédia :
Alessandro Moreschi, né le 11 novembre 1858 à Monte Compatri et mort le 21 avril 1922 (à 63 ans) à Rome, est un chanteur italien. C'est l'un des castrats les plus célèbres de la fin du XIXe siècle. Ce fut le seul castrat du répertoire de bel canto ayant réalisé des enregistrements sonores.

Il était plus connu que son aîné Domenico Mustafà, un ancien Direttore Perpetuo de la Chapelle Sixtine. Domenico Salvatori et Giovanni Cesari étaient également des castrats célèbres de cette période.

Alessandro Moreschi est né au sein d'une grande famille catholique, dans la ville de Monte Compatri, dans la province de Rome, dans la région du Latium, appartenant alors encore aux États pontificaux. Il a été suggéré qu'il fut castré aux environs de 1865, mais les raisons de cette opération demeurent incertaines : il se peut qu'elle soit due à un problème purement médical (notamment à une hernie scrotale) ou pour des raisons musicales.

Néanmoins, c'est en tant que castrat qu'il entra dans l'école de musique de San Salvatore in Lauro (en), où il fut remarqué par Gaetano Capocci, qui devint son professeur. En 1873, il fut nommé premier soprano de la chapelle du Latran. En 1883, il fut invité à rejoindre la Chapelle Sixtine, après avoir été entendu dans le rôle du Séraphin de l'oratorio Christus am Ölberge de Beethoven. À cette époque, Moreschi était soprano léger et doué d'une extraordinaire pureté et agilité. C'est ce qui lui valut le surnom d'Angelo di Roma et il fut nommé soliste de la Chapelle Sixtine par le pape.

En 1891, il devint secrétaire de la Chapelle. En 1898, Moreschi fut élevé au rang de directeur de chœur ; deux ans plus tard, on lui demanda de chanter lors des funérailles du roi italien Humbert Ier au Panthéon.

Durant le printemps de 1902, Moreschi réalisa le premier enregistrement pour phonographe de sa carrière. Il effectua d'autres enregistrements en 1904. En tout, il en fit 17, dont 8 où il chantait en solo.

Moreschi était aussi, mis à part ses rôles de soliste et de directeur de chœur, professeur de chant. Un de ses élèves écrivit un mémoire à propos des méthodes d'enseignement de Moreschi : l'élève dut traduire ses techniques et son intonation aussi véridiquement que possible. Moreschi tenta de faire admettre cet élève à l'école de musique du successeur de Mustafa, un certain Don Lorenzo Perosi, mais il n'y parvint pas. Curieusement, cet élève devint un excellent joueur de contrebasse.

En mars 1913, il se retira dans sa maison de Rome où il passa le reste de ses jours. Il continua de chanter pour certaines circonstances, comme lors d'une grande célébration à la Cappella Giulia en 1914. Il était également ami avec le compositeur allemand Franz Habock, auteur de l'œuvre Die Kastraten und ihre Gesangskunst (Les castrats et leur art du chant), où il prévoyait de revisiter le répertoire de Farinelli en 1914, avec Moreschi. Pourtant, ce projet n'aboutit pas en raison de plusieurs obstacles ; les raisons de la guerre et du dépérissement de la voix de Moreschi ont été avancées, jusqu'à ce que Habock lui-même annonçât les vraies raisons de cet échec : Moreschi, comme tous les chanteurs de la Cappella était incapable de chanter le répertoire baroque avec aisance.

Moreschi mourut d'une pneumonie pendant le printemps 1922, dans sa maison de Rome.


Opinion des critiques :

L'opinion des critiques est divisée à propos des enregistrements de Moreschi : certains prétendent qu'ils sont peu intéressants et que Moreschi était un chanteur médiocre, tandis que d'autres soulignent le talent du chanteur qui fut malheureusement victime de la mode des enregistrements. Il faut pourtant signaler que l'âge qu'avait Moreschi quand il enregistra (de 44 à 46 ans) est considéré par beaucoup de chanteurs lyriques comme l'âge d'or d'une voix.

D'autres critiques pensent qu'il était très bon chanteur, en considérant notamment son âge et le fait que quand Moreschi était jeune, les professeurs étaient incapables d'enseigner correctement aux castrats, voix qui avaient déjà presque disparu.

Beaucoup des attaques vocales de Moreschi étaient en fait des notes d'agrément (glissando ou port de voix). De plus, l'esthétique du chant de Moreschi qui impliquait une passion extrême et une sorte de perpétuel sanglot peut apparaître comme étrange pour l'auditeur moderne et être perçue comme une faiblesse technique ou l'effet d'une voix vieillissante.

La qualité de ses enregistrements est variable : le Crucifixus de Rossini est de mauvaise qualité (Moreschi le ré-enregistra en 1904) mais le Pie Jesu de Leibach est meilleur ; la chanson Ideale de Francesco Paolo Tosti l'est également, comme le prouvent les applaudissements des choristes à la fin de cet air.

La plus fameuse pièce que Moreschi ait enregistrée est l’Ave Maria de Gounod et de Jean-Sébastien Bach archive.org [archive]. Il s'agit peut-être ici de sa seule performance qui rappelle les castrats du répertoire baroque : est sensible une passion forte dans le chant - « un sanglot dans chaque note », comme le dit un contemporain[réf. nécessaire] - et Moreschi, malgré son âge, atteint le si aigu final sans effort audible.

En considérant les apparitions du castrat, Habock dit ceci, en 1914 :

« Moreschi était de taille moyenne et plutôt de petite stature ; il n'avait pas de poils faciaux et sa poitrine était large et surdéveloppée. Dans sa jeunesse, lorsqu'il chanta l'oratorio de Seraph à l'âge de 25 ans, sa tessiture s'étendait du Do 3 au Mi 5. Maintenant pourtant, à la fin de sa carrière, elle s'étend du La 3 au Sol 4. La voix parlée de Moreschi possède une certaine qualité, et fait plus penser à un contre-ténor. Pourtant, sa voix et son apparence donnent l'impression qu'il reste une personne jeune. » (Moreschi avait 56 ans à l'époque.)


----------------


Du coup, qu'on juge sa technique faible (un peu douteux pour un musicien aussi connu de son vivant), qu'on juge sa voix vieillissante (fort probable ! ça ne me surprendrait pas que les castrats aient une carrière plus courte que les autres chanteurs, de plus il semblait avoir une santé fragile), qu'on impute ça à la qualité des prises sonores ou qu'il soit simplement difficile pour des oreilles modernes de comprendre le goût avec lequel il a été formé (ça c'est une certitude), demeure que ces enregistrements sont inestimables.
Non seulement cela nous en apprend davantage sur l'enseignement au XIXème siècle (mais un enseignement religieux et non opératique), mais évidemment ça permet aussi d'entendre un castrat chanter ce qui est unique.
Après bien sûr on aurait aimé que le seul enregistrement historique de castrat (même bien après l'âge d'or) soit à couper le souffle ! Beaucoup de gens sont sûrement, plus diverses raisons, perturbés de l'existence de ces témoignages du passé ... Mais c'est tout ce qu'on a, et chacun se fera son opinion.

Tosti - Ideale:
 

Leybach - Pie Jesu:
 

Gounod/Bach - Ave Maria (sa performance la plus célèbre assurément):
 

Pour les plus courageux environ 50 minutes de musique religieuse (avec une qualité audio variable):
 
Fait intéressant à la fin (à partir de 50:43) nous pouvons entendre la voix de Leo XIII.
Le bougre est né en 1810 tout de même !

Bref, une curiosité, intéressante, un petit peu dérangeante sans doute, qui pose beaucoup de questions.
Je ne sais pas si vous êtes familier avec les enregistrements de Moreschi et ce que vous en pensez. scratch
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Piero1809
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MessageSujet: Re: Alessandro Moreschi (1858-1922)   Sam 8 Sep - 10:15

Très belle exécution de l'Ave Maria de Gounod. En effet Moreschi atteint le Mi 5. L'intonation est excellente. Pas de vibrato en effet et peu de portamento, par contre des sanglots dans la voix. C'était la mode et d'ailleurs on a continué à chanter Puccini avec des sanglots dans la voix jusqu'à nos jours alors que la musique ne le demande absolument pas. La voix est belle, douce.

Quelques remarques. A notre époque où les contre-ténors sont à la mode, je trouve que l'exagération est toujours néfaste. Ayant vu Artaserse de Leonardo Vinci dans une production récente avec cinq contre-ténors et aucune femme, je dois dire que très rapidement j'avais les oreilles cassées avec des chanteurs techniquement excellents mais qui faisaient des concours de puissance vocale et de vélocité.

Une chanteuse me disait récemment: si on m'interdit de vibrer alors je ne peux plus chanter. Il y a quand même un problème avec le vibrato systématique qui à mon sens de veut plus rien dire. Le même problème se pose avec le violon où le vibrato systématique est enseigné systématiquement. Pourtant ce vibrato est récent, on m'a dit qu'il a été introduit dans les années 1920 et que les romantiques vibraient peu! Leopold Mozart dit à ce propos des choses très sensées dans son traité de violon.

Enfin je n'aime pas cet Ave Maria qui incarne parfaitement l'esprit bourgeois et salonnard du milieu du 19ème siècle. Mais je suis hors sujet. Je m'expliquerai sur ce point.
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