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 HAYDN ET LA MUSIQUE TURQUE

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Piero1809
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MessageSujet: HAYDN ET LA MUSIQUE TURQUE   Mer 23 Jan - 19:49

Joseph Haydn n'échappe pas à la mode des Turqueries. La manifestation la plus évidente de cet engouement pour l'exotisme se trouve dans l'opéra L'Incontro improviso HobXXVIII.6 (1775) dont l'action se situe entre Perse et Egypte, et particulièrement dans la Sinfonia qui ouvre cet opéra où il utilise la musique turque c'est-à-dire: le triangle, les cymbales et la grosse caisse. Plusieurs airs "turcs" très réussis et souvent désopilants, sortent de la bouche d'Osmin et de son acolyte Calandro. Un peu plus tôt dans l'opéra Lo Speziale HobXXVIII.3 (1768), l'air de Volpino à l'acte III présentait déjà un caractère turc ou peut-être hongrois (les deux styles sont souvent interchangeables chez Haydn et ses contemporains). Mais l'oeuvre dans laquelle la musique turque a le plus grand rôle est indiscutablement la symphonie en sol majeur n° 100 Militaire datant de 1794 et qui frappa au plus haut point les premiers auditeurs de la symphonie (1).

Cette musique à la turque enchantait le public ! Chaque fois qu’elle retentissait avec un fracas formidable, l’assistance frémissait, les dames surtout tressaillant d’aise, applaudissaient avec enthousiasme en poussant des petits cris de plaisir. L’attitude de la partie féminine est amusante à observer dans les concerts parisiens.

Il est possible qu'en 1794, Haydn se souvenait d'avantage des séculaires et incessantes guerres de l'empire austro-hongrois contre les turcs (2,3) que des guerres révolutionnaires (1794-5) alors en cours. Dans ces conditions, le fabuleux andante de cette symphonie pourrait évoquer probablement les champs de bataille (le siège de Belgrade sous la conduite du Maréchal Ernst von Laudon en 1789 par exemple) où s'affrontèrent ottomans et autrichiens et non ceux où les alliés se faisaient battre par les soldats de la Révolution Française. Cette musique turque traduit bien une certaine fascination faite à la fois d'admiration mais aussi de peur vis-à-vis des ottomans et de leur culture.

Haydn n'innove pas dans ce domaine et de nombreux compositeurs contemporains ont sacrifié à la mode des turqueries à commencer par Mozart avec le Singspiel l'Enlèvement au Sérail K 384, la fameuse Marche Turque, dernier mouvement de la sonate en la majeur K 331, le finale du concerto en la majeur pour violon K 219 et une autre oeuvre peu connue: l'étonnant Lied avec orchestre militaire Ich möchte wohl der Kaiser sein...K 539. Grétry avec La Caravane du Caire, Gluck dans les Pèlerins de La Mecque, Salieri dans la brillante sinfonia qui ouvre Axur, re d'Ormus (1788), et surtout Joseph Martin Kraus et son étonnant Suleiman II ou les trois Sultanes, opéra composé en 1789 intègrent également des éléments "turcs" dans leur musique..Enfin n'oublions pas la remarquable Marcia Turchese MH 601 pour 2 flûtes. 2 hautbois. 2 clarinettes. 2 bassons. 2 cors. 2 trompettes. petites cymbales. ... de Michael Haydn composée en 1795 et destinée sans doute à une représentation théâtrale.

La pittoresque marche turque des Ruines d'Athènes de Beethoven opus 113 et l'opéra de Rossini Le Turc en Italie montrent que le goût des Turqueries restait toujours vivace à Vienne ou en Italie au début du 19ème siècle. Dans tous les cas cités plus haut, il ne s'agit pas bien sûr de musique turque authentique mais d'adaptations plus ou moins habiles et(ou) fidèles d'éléments turcs ou plus généralement orientaux au goût européen (4).

(1) A. Dratwicki, La réception des symphonies de Haydn à Paris. De nouvelles perspectives de recherche… 1, Ann. Historiques de la Révolution Française, 340, 83-104, 2005.
(2) A noter que les ancêtres de Haydn furent décimés lors d'un épisode particulièrement dramatique de cette guerre.
(3) Marc Vignal, Joseph Haydn, Fayard 1988.
(4) http://www.apamee.com/turkeries/turkerieMusicale2.htm


Dernière édition par Piero1809 le Dim 5 Mai - 10:19, édité 3 fois
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Joachim

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MessageSujet: Re: HAYDN ET LA MUSIQUE TURQUE   Mer 13 Fév - 14:26

C'est curieux cet engouement pour la musique dite turque. Est ce une façon d'exorciser le péril turc (Vienne a été à deux doigts d'être envahi en 1683) ? Est ce un besoin d'exotisme ? Le fait est que cette musique turque est vite tombée en désuétude après Beethoven (Les Ruines d'Athènes) et Weber (Abu Hassan, 1811)).

De nos jours, c'est Mozart que l'on veut accrocher à l'Egypte, avec les romans de Christian Jacq, les spectacles Mozart l'Egyptien et les deux CD Mozart l'Egyptien. Des CD qui nous font entendre des musiques de Mozart adaptées aux instruments, non pas de l'Egypte antique, mais aux instrument arabes actuels, entrecoupés de chants arabes. Rien à voir avec l'Egypte antique sur lesquels se référait Mozart dans Thamos et la Flûte Enchantée !
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Piero1809
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MessageSujet: Re: HAYDN ET LA MUSIQUE TURQUE   Sam 9 Mar - 10:56

Joachim a écrit:
C'est curieux cet engouement pour la musique dite turque. Est ce une façon d'exorciser le péril turc (Vienne a été à deux doigts d'être envahi en 1683) ? Est ce un besoin d'exotisme  ? Le fait est que cette musique turque est vite tombée en désuétude après Beethoven (Les Ruines d'Athènes) et Weber (Abu Hassan, 1811)).

De nos jours, c'est Mozart que l'on veut accrocher à l'Egypte, avec les romans de Christian Jacq, les spectacles Mozart l'Egyptien et les deux CD Mozart l'Egyptien. Des CD qui nous font entendre des musiques de Mozart adaptées aux instruments, non pas de l'Egypte antique, mais aux instrument arabes actuels, entrecoupés de chants arabes. Rien à voir avec l'Egypte antique sur lesquels se référait Mozart dans Thamos et la Flûte Enchantée !

Même si l'empire Ottoman ne fait plus autant recette, l'Orient a continué à fasciner les compositeurs européens au 19 ème et au début du 20 ème siècle, Les Pêcheurs de Perles de Bizet (1863), la Salambô inachevée de Moussorgsky (1863) et surtout la Salomé de Florent Schmitt, celle d'Antoine Mariotte (1908) injustement méconnue et évidemment le génial chef-d'oeuvre au même titre de Richard Strauss (1905) en sont les plus brillants témoins.

D'accord avec toi, je trouve cette manie d'accrocher Mozart à l'Egypte ancienne tout à fait artificielle.
Les tentatives de mélanger des airs "orientaux" de Mozart ou de Kraus avec des chants arabes authentiques ont le mérite de mettre l'accent sur le fossé existant entre ces derniers et la vision qu'en avaient les musiciens du 18ème siècle.

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