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 LA MAGA CIRCE Pasquale Anfossi (1727-1797)

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Piero1809
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MessageSujet: LA MAGA CIRCE Pasquale Anfossi (1727-1797)   Jeu 15 Jan - 17:04

La Maga Circe, farce en un acte de Pasquale Anfossi, fut composée en 1788 et présentée au théâtre Capranica de Rome. Selon H.C.Robbins Landon, cette oeuvre aurait servi de substrat principal à un spectacle monté à Eszterhazà par Joseph Haydn en 1789, intitulé Circe ossai l'Isola Incantata (HobXXXII.I) et comportant trois éléments: l'opéra L'Ipondriaco de Naumann, crée à Dresde en 1776, la farce de Pasquale Anfossi et diverses pages composées ou arrangées par Haydn dont trois compositions originales: les airs avec accompagnement d'orchestre (HobXXXII.1a, 1b, et 1c). Il est difficile maintenant de réaliser en quoi consistait ce montage complexe mais ce qui est certain c'est que le matériel choisi était de grande valeur. C'est le cas de la farce d'Anfossi (1,2).

Synopsis. Circe est une magicienne vivant sur une île. Au début de la pièce elle fait étalage devant ses serviteurs Lindora et Brunello de ses pouvoirs en transformant un horrible paysage désertique et menaçant en une espèce de paradis terrestre. Brunello et Lindora sont effrayés des pouvoirs de leur maitresse consistant à métamorphoser les humains en bêtes immondes; ils aimeraient trouver un moyen d'échapper à cette menace permanente. Deux voyageurs plus ou moins égarés, un baron napolitain et un Mr Petit, un français, débarquent sur l'île. Emerveillés par l'accueil de Circe, le baron tombe amoureux de sa servante Lindora tandis que Mr Petit tombe dans les rêts de la magicienne. Avertis par Lindora et Brunoro de la menace qui plane sur eux (transformation en lion et dragon), ils commencent à se méfier. Circe s'endort et le baron et Mr Petit munis d'une hachette entreprennent de lui couper la tête. Cette entreprise échoue lamentablement car Circé se réveille à temps et pour se venger transforme les deux visiteurs en statues. Circe, amoureuse de Mr Petit essaye de le garder en lui promettant monts et merveilles, mais ce dernier refuse ses avances, alors Circe tente de se débarrasser de tout le monde en invoquant un sort puissant. Echec complet car entretemps Lindora a subtilisé l'anneau siège des pouvoirs de la magicienne. Avec l'anneau, elle ramène le bateau à la côte et les quatre peuvent embarquer tandis que Circe, restée seule, se lamente.

Style. Le livret relève du dramma giocoso; alors que Circe est un personnage tragique animé de passions violentes, les trois hommes sont des bouffons plus ou moins ridicules. La véritable héroïne de l'histoire est Lindora. C'est elle qui fait marcher tout le monde, elle trompe sa maîtresse, elle séduit le baron et finit par l'épouser. Dans une analyse très fouillée, Cesare Orselli (3) compare même La Maga Circe à Don Giovanni de Mozart (1787), comparaison qu'il faut prendre évidemment au second degré. La musique est une merveille de charme mélodique et d'élégance. Anfossi est ici à la fin de sa carrière de compositeur d'opéras, désormais il ne composera plus que de la musique religieuse. Cette oeuvre est presque un testament. La musique en est très simple, sans modulations compliquées, sans aucune virtuosité. Elle est beaucoup plus modeste que celle, parfois très complexe, que composaient à la même époque et dans le même registre Cimarosa (Le Trame Deluse, 1786; Il Fanatico Burlato, 1787), Martin i Soler (Una Cosa Rara, 1786), et Salieri (La Grotta di Trofonio, 1786).

Les sommets. Il n'y a aucun morceau de bravoure, pas de grand air spectaculaire, pas d'ensembles étourdissants, tout se passe dans une ambiance plutôt intimiste. On peut remarquer cependant:

Une charmante sinfonia à l'italienne qui donne le ton.

Le délicieux terzetto introductif "Oh che paese orribile" avec une véritable débauche de thèmes plus beaux les uns que les autres et une orchestration discrète mais toute en finesse.

L'air de Lindora "Quasi in tutte le raggazze naturale è la magia" (La magie est naturelle chez toutes les filles...). Circé a, avec la magie, obtenue dans des circonstances mystérieuses et peut-être douteuses, un pouvoir énorme, mais toutes les femmes, grâce à leur beauté, leur charme et leur astuce, qualités eminemment naturelles, ne la craignent pas et se jouent de ses pouvoirs. Telle est la morale de l'histoire.

L'air de Brunoro "un visetto languido...", un air de type catalogue où Brunoro énumère toutes les transformations que Circe fait subir à ses amants: ours, chien, serpent et cheval volant!

Le quartetto de la scène 12 "Qual veleno crudel..."Circe, amoureuse de Mr Petit, avoue sa peur d'être trahie. Elle a raison car elle échappe de peu à la décapitation. Les gémissements des deux visiteurs transformés en rochers sont désopilants "Il corpo già le viscere mi fanno plà, plà, plà...).

L'air du baron "Tutta per voi...". Dans sa déclaration d'amour à Lindora, le baron lui dit qu'il a bâti une maison dans son coeur; dans cette maison se trouvera une petite pièce avec un lit où Lindora dormira et il demandera à son coeur de ne pas battre trop fort afin de ne pas la réveiller.

Il y a profusion de belle musique dans cette pièce, beaucoup plus que sa taille réduite ne le laissait supposer.


Bartha Denes, Somfaï Lazlo, Haydn als Opernkapellmeister, Budapest 1960, pp345-353.
Vignal Marc, Joseph Haydn, Fayard, 1988.
Orselli Cesare, La Maga Circe, Incisione Bongiovanni, Bologna 1987.
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Piero1809
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MessageSujet: Pasquale Anfossi   Ven 16 Jan - 11:04

Pasquale Anfossi né à Taggia (Province de Ligurie) le 5 avril 1727 et mort à Rome en février 1797 est essentiellement un compositeur d'opéras (quatre vingt environ) jusqu'en 1792. De 1782 à 1786, Anfossi est directeur du King's Theatre à Londres. A partir de 1792 il est nommé maître de chapelle de la Basilique Saint-Jean du Latran à Rome, un poste qu'il conserve jusqu'à sa mort. Il arrête de composer des opéras et se consacre uniquement à la musique religieuse (1). Contemporain de Tommaso Traetta (1727-1779), il connut comme ce dernier une grande réputation internationale mais après sa mort, sa renommée fut rapidement éclipsée par celle grandissante de Mozart. Joseph Haydn monta dix parmi les opéras d'Anfossi. Ces derniers eurent à Eszterhaza le plus grand nombre de représentations (184), plus que ceux de Haydn lui-même (143 représentations) (2,3).

Un des opéras bouffes d'Anfossi, "La Finta Giardiniera", représentée en 1774 au théâtre de Rome, servit de modèle à Mozart pour son opéra homonyme représenté en 1775 à Munich. Il est dommage que cette Finta Giardiniera d'Anfossi, pourtant représentée il y a quelques années (4), ne soit pas enregistrée de nos jours car sa confrontation avec celle de Mozart aurait un intérêt considérable. Une relation analogue exista entre Anfossi et Joseph Haydn. La Vera Costanza d'Anfossi (livret Francesco Puttini) fut crée à Rome en 1776. En 1778-9, puis en 1785, Haydn reprit le même livret pour sa Vera Costanza, un de ses plus beaux opéras. Un air d'Anfossi subsiste même dans l'opéra de Haydn. Il serait très souhaitable de ressusciter la partition d'Anfossi.

Les seuls opéras disponible sont "La Maga Circe", une farce représentée à Rome en 1788 et Il Barone di Rocca Antica (en collaboration avec Carlo Franchi) qui lui date de 1773, tous deux édités par le label Bongiovanni avec d'excellents interprètes. L'enregistrement de La Maga Circe possède l'avantage d'offrir les trois magnifiques airs d'insertion que Mozart composa pour des opéras d'Anfossi (Il curioso indiscreto et Le Gelosie Fortunate): Ah Spiegarti Oh Dio KV 178, Un Baccio di Mano KV 541, Per Pieta, non ricercate KV 420. Le second air est immortel pour avoir fourni le troisième thème du premier mouvement de la symphonie Jupiter, sur lequel sera construit le grandiose développement de ce morceau. Mozart, à la fin de sa vie, écrira une contredanse Il trionfo delle Donne KV 607 en utilisant des thèmes de l'opéra d'Anfossi: "La Forza delle Donne"

Charme et élégance sont les termes qui conviennent pour définir l'art d'Anfossi. Son style mesuré et sobre, à mon humble avis, proche de celui de Domenico Cimarosa, me semble toutefois moins hardi et novateur que celui du maître napolitain. On passe d'excellents moments avec La Maga Circe, un des derniers opéras que Pasquale Anfossi ait composé..


(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Pasquale_Anfossi

(2) Marc Vignal, Joseph Haydn, Fayard, 1988.

(3) http://haydn.aforumfree.com/haydn-directeur-musical-de-l-opera-d-eszterhaza-f12/haydn-et-l-opera-italien-t97.htm message du 25-12-2008.

(4) http://www.concertclassic.com/journal/articles/decouverte_20060223_1269.asp
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MessageSujet: Re: LA MAGA CIRCE Pasquale Anfossi (1727-1797)   Lun 19 Jan - 10:05

Parlons de l'interprétation dans l'unique enregistrement de la MAGA CIRCE, édité par le label Bongiovanni.

Giorgio Gatti exceptionnel Basso Buffo est parfait dans le rôle de Brunoro et on regrette qu'il n'ait qu'un seul air à se mettre sous la dent.

Giuseppe Sabatini remarquable ténor est excellent dans Monsieur Petit, personnage que d'aucuns ont comparé à Don Ottavio dans Don Giovanni.

Roberto Abbondanza baryton donne une interprétation sensible et nuancée du baron napolitain.

Anna Maria Ferrante soprano est une Lindora avec l'abattant et le dynamisme approprié et également dotée d'une voix très agréable.

Margaret Baker-Genovesi soprano donne une image pathétique de la magicienne Circé tout à fait conforme au scénario, son jeu très sensible est un peu altéré par des aigus quelquefois stridents.

Il Gruppo di Roma est magistralement dirigé par Flavio Colusso.
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MessageSujet: Re: LA MAGA CIRCE Pasquale Anfossi (1727-1797)   Aujourd'hui à 10:41

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