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 L'INCONTRO IMPROVVISO HobXXVIII.6

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Piero1809
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MessageSujet: L'INCONTRO IMPROVVISO HobXXVIII.6   Dim 3 Fév - 11:01

L'Incontro Improvviso (Dramma giocoso per musica de Joseph Haydn, Hob.XXVIII.6) fut crée à Eszterhaza le 29 aoüt 1775 et ne semble avoir été représenté qu'une fois. Le livret est de Carl Friberth. Il s'agit d'une adaptation italienne du livret de l'opéra comique de Gluck: La Rencontre Imprévue ou Les Pèlerins de la Mecque (1764) d'après Dancourt (1,2). Carl Friberth ne se contenta pas de traduire le livret mais réduisit le nombre de personnages à 7, augmentant ainsi la clarté et l'efficacité du livret ainsi que le rythme de l'action.

Synopsis (1,4) Le prince Ali de Balsora, chassé de son pays, a en outre perdu sa fiancée, la princesse Rezia, fille du roi de Perse, enlevée par les pirates. Ali arrive au Caire avec son valet Osmin sans savoir que Rezia a été vendue au Sultan d'Egypte dont elle est devenue l'esclave favorite. Dans une rue de Caire, Osmin rencontre Calendro, chef des derviches et se lie d'amitié avec lui. Après quelques péripéties, Rezia rencontre Ali, ils se reconnaissent et tombent dans les bras l'un de l'autre. Ils décident de s'enfuir mais restent provisoirement cachés chez les derviches en attendant que Calendro puisse leur faire quitter la ville. Calendro livre les fugitifs à la garde du Sultan. Ce dernier pardonne les deux amants et condammne à mort Calandro pour sa trahison. Emu par les supplications de tous les protagonistes de l'intrigue, le Sultan gracie Calandro. Un chant de louange en l'honneur du Sultan, met un terme à l'aventure.

Evidemment, ce livret fait l'éloge du souverain éclairé du Siècle des Lumières. Il présente aussi quelques éléments subversifs et en particulier une critique du Clergé. A travers le derviche corrompu, c'est bien le moine paresseux et paillard qui est visé (1,4).

L'opéra, très ambitieux, s'affirme le plus vaste composé par Haydn à ce jour. C'est le 6ème après La Marchesa Nespola, Acide et Galatea, La Canterina, Lo Speziale, Le Pescatrici.
En cette année 1775, Haydn compose deux oeuvres majeures: Il Ritorno di Tobia (oratorio italien) et le présent opéra. Ces deux chef-d'oeuvres présentent des analogies importantes: prédominance du goût long, présence de nombreux airs avec da capo dans le style napolitain, même vigueur et solidité de la construction, caractère symphonique qui deviendra de plus en plus la marque de fabrique des futurs opéras de J.Haydn. L'instrumentation de l'opéra est importante, l'orchestre comporte une musique turque (cymbales, triangle, grosse caisse) utilisée avec sobriété, des cors anglais en plus des flûtes, hautbois, bassons, cors, trompettes, cordes et le continuo.

Le premier acte est particulièrement vif et dynamique. Les dialogues bouffes entre Calendro et Osmin sont irresistibles (n° 1 à 9 et 17 à 18 ). L'utilisation d'onomatopées par Calandro et Osmin "Castagno, castagna..." est certes un procédé facile mais la musique de Haydn aux accents "turcs" transfigure le tout. Le sommet de ces passages est l'air désopilant d'Osmin (n° 18 ) "Che siano i Calandri...". Osmin énumère les merveilles gastronomiques contenues dans le garde-manger des derviches avec un débit ultra-rapide. Cette scène chantée dans la version Antal Dorati par le magnifique baryton Domenico Trimarchi (3) annonce de près Rossini.

Le deuxième acte est musicalement tout aussi riche que le premier. On y trouve deux grands airs "napolitains" avec da capo: une "aria di guerra" d'Ali (n°30) "Il guerrier (Attention !!!) armi avvolto" et l'air de Rezia (n° 29) "Or vicina a te, mio cuore..." Le finale du second acte (n°39) "Fuggite in quest'istante..." est bref mais concentré et dramatique, il décrit l'affolement des fugitifs à l'annonce de l'arrivée des gardes du sultan. Ce finale suit immédiatement un magnifique duo d'amour entre Ali et Rezia (n°38 ) "Son quest'occhi un stral d'Amore..."

Sans aucun doute, le sommet de l'opéra est le terzetto n°12 chanté par Rezia et ses suivantes, Dardane et Balkis "Mi sembra un sogno..." avec un accompagnement de deux cors anglais. La sensualité, la splendeur sonore et l'émotion qui émanent de cette musique divine, annoncent de près les plus beaux passages de Cosi fan Tutte.

Ce chef-d'oeuvre est le digne prologue d'une série de six grands opéras que Joseph Haydn composera ultérieurement. On a cité les noms de Baltassare Galuppi, Nicola Piccinni et Giovanni Paisiello comme sources d'inspiration. Toutefois, la couleur locale "turque", la profondeur de certaines scènes, l'importance de l'orchestre, partenaire à parts égales des voix, ne doivent rien à personne et annoncent très nettement l'Enlèvement au Sérail de Mozart. Visiblement ces deux chef-d'oeuvres ont germé sur le même terreau (2).

(1) Marc Vignal, Joseph Haydn, Fayard, 1988.
(2) Helmuth Wirth, L'"Enlèvement" de Haydn, 1993.
(3) L'Incontro Improvviso, Antal Dorati direction musicale, avec Claes Ahnsjö (Ali), Linda Zoghby (Rezia), Domenico Trimarchi (Osmin), Benjamin Luxon (Calandro), Margaret Marshall (Balkis), Della Jones (Dardane), Phillips. Cet enregistrement contient en prime des oeuvres peu connues de Haydn, des airs d'insertion et un terzetto génial destiné à s'insérer dans un pasticcio dont la partie principale est un opéra de Pasquale Anfossi composé en 1788: La Maga Circé.
(4) Le synopsis et l'historique sont tirés de la référence 1. Le reste correspond à mon opinion personnelle.
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Piero1809
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MessageSujet: Re: L'INCONTRO IMPROVVISO HobXXVIII.6   Dim 18 Avr - 14:51

L'année 1775 vit naître en plus de l'Incontro improvviso de Joseph Haydn, Socrate Immaginario de Giovanni Paisiello et La Finta Giardiniera de Wolfgang Mozart suivant de près l'opéra homonyme de Pasquale Anfossi, quatre parmi les meilleurs compositeurs d'opéra bouffes de l'époque.

Dans cette liste, l'Incontro improvvisoapparaît comme une des plus brillantes réussites. Les éléments bouffes et seria y sont les mieux équilibrés et fondus ce qui n'est pas le cas de la Finta Giardiniera de Mozart où certaines distorsions existent: par exemple l'héroîne principale chante de manière "bouffe" quand elle s'appelle Sandrina la jardinière mais de façon seria lorsqu'elle devient Violanta la marquise. Les éléments bouffes dominent nettement dans Socrate immaginario mais les "scènes infernales" sont trop influencées par l'Orfeo de Gluck d'où une impression de "déjà vu" ou plutôt de déjà entendu.

Dommage que l'Incontro improvviso soit si rarement produit, il a tout pour plaire!
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