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 LA GROTTA DI TROFONIO Chef-d'oeuvre de Salieri

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Piero1809
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MessageSujet: LA GROTTA DI TROFONIO Chef-d''oeuvre de Salieri   Ven 15 Mai - 21:33

La Grotta di Trofonio, opéra d'Antonio Salieri sur un livret de Giambattista Casti fut donnée le 12 octobre 1785 au Burgtheater de Vienne. La Grotta était en préparation à Eszterhazà en 1790 sous la direction experte de Joseph Haydn lorsque la mort de Nicolas le Magnifique ruina inéxorablement tout projet de représentation. Il existe un dossier complet sur Salieri, La Grotta et l'interprétation de Christophe Rousset dans la référence (1). Je me permets simplement de donner mon point de vue sur l'oeuvre.

Synopsis: Aristone veut marier ses deux filles. Pour Ofelia, une intellectuelle férue de philosophie, il propose Artemidoro, jeune homme posé et studieux, portant toujours dans son habit un ouvrage du grand Platon. Pour Dori, vive, enjouée mais point sotte, son choix va vers Plistène, un garçon d'humeur joyeuse ayant bon coeur et un fonds d'honnêteté. Les propositions d'Aristone correspondent très exactement au choix des jeunes filles. Trofonio est un magicien habitant une grotte enfouie dans le feuillage d'une épaisse forêt. Quiconque entre dans la grotte et en sort par l'autre bout se trouvera changé de fond en comble. C'est ainsi qu'Artemidoro en passant à travers la grotte se retrouve avec les pensées joyeuses et un peu futiles de Plistène tandis que ce dernier se retrouve un livre de Platon entre les mains. A noter que le fonds de Plistène n'est pas aussi net qu'on le dit car c'est en recherchant une nymphe peu farouche, qu'il pénètre dans l'antre de Trofonio. Après de nombreux quiproquos et une série de transformations, tout revient à la normale et les deux unions peuvent être célébrées. Trofonio propose ses services ainsi que le parainnage des deux couples par Proserpine et Pluton mais les intéressés rejettent ses offres.

D'aucuns ont rapproché ce spirituel et amusant livret avec celui de Cosi fan Tutte de Da Ponte. Au départ les mêmes ingrédients: deux jeunes couples d'amoureux, un Deus ex Machina, un double échange de partenaires chez Da Ponte, un échange de caractères chez Casti. Toutefois les mêmes ingrédients ne produisent pas les mêmes effets. Alors que chez Da Ponte, les belles succombent aux avances de leurs tentateurs, la morale reste sauve chez Casti.

Style. Ne connaissant de Salieri, outre la Grotta di Trofonio, que Falstaff, Prima la Musica et son Axur, re d'Ormus, je pense, sur cette base restreinte, que cette musique est profondément différente de celle de ses contemporains, Mozart compris. Elle a un son, une couleur qui lui appartient en propre. Salieri s'exprime dans une langue simple efficace et souvent harmoniquement très hardie. En écoutant attentivement ses tournures musicales et comment ses phrases s'achèvent (2), on perçoit tout de suite sa spécificité. Dans ces conditions toute comparaison avec Mozart est oiseuse et sans intérêt.

Sommets. N'ayant pas l'outrecuidance de paraphraser tout ce qui a été dit sur l'oeuvre, en particulier par Christophe Rousset, son créateur (3), je me bornerai à ajouter mon grain de sel à tout ce qui a été dit.

La musique de Salieri est souvent d'une hardiesse étonnante notamment dans les scènes démoniaques où on est frappé par des dissonances plutôt rudes. De ce point de vue la scène 10 pendant laquelle Trofonio sort de sa grotte, "Spiriti invisibili...", est impressionnante, elle s'inspire des scènes infernales de Gluck dans Orfeo ed Euridice (1768), de Ferdinando Bertoni dans son Orfeo (1776), et surtout de Paisiello dans son Socrate immaginario (1775). Salieri y est redevable de ses prédécesseurs mais son originalité réside dans l'orchestration et en particulier l'utilisation des bois (clarinettes, bassons en particulier), des trompettes, utilisées abondamment dans leur registre aigu et des timbales mises à contribution sans aucune retenue. Cette remarque vaut également pour la scène XVII "Trofonio, Trofonio, filosofico greco..." et ses dissonances acerbes (basses et cors).

L'air d'Artemidoro "Di questo bosco ombroso..." relève aussi d'une longue tradition visant à décrire une ambiance pastorale et abondamment illustrée par Piccinni dans Cecchina, Gluck dans Armide, Cimarosa dans Il Fanatico Burlato etc...

L'air "Vieni, o Maestro e Duce", une invocation à Platon par Plistène après sa transformation, est un clin d'oeil à Joseph Haydn comme le dit C. Rousset et, à mon humble avis, à sa symphonie n° 22 en mi bémol majeur, Le Philosophe, qui partage avec le présent air une instrumentation comportant deux cors anglais.

L'air fameux de Dori dans l'acte II "La Ra La Ra La Ra" montre mieux que tout autre exemple l'originalité de la musique de Salieri.

Les deux finales d'acte sont remarquables. J'ai une très nette préférence pour celui qui termine le premier acte; commençant sur une note apaisée par l'air d'Ofelia "E un piacer col caro amante...", il se termine dans la confusion générale au terme d'une accélération impressionnante du mouvement (extraordinaire scène XVII si gluckienne) et de l'intensité dramatique (impressionnante scena ultima, "Oh nostra misera umanità").

En définitive, toute opinion concernant l'opéra de la deuxième moitié du 18ème siècle ne tenant pas compte de la Grotta di Trofonio risque d'être disqualifiée d'office.

(1) http://odb-opera.com/modules.php?name=Forums&file=viewtopic&t=1296&postdays=0&postorder=asc&highlight=grotta+++trofonio&start=0

(2) Marc Vignal, La Grotta di Trofonio, Le Monde de la Musique, février 2006. pp. 88.

(3) Christophe Rousset, notice, La Grotta di Trofonio, Sound Arts 2005. Le coffret contient un superbe DVD où Christophe Rousset exprime, merveilleusement, exemples à l'appui, sa très haute idée de l'oeuvre.
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